Pa - 9

PA - 9 (Drone Sweet Drone, 2013)
Au centre du dispositif utilisé par Pa, l'interaction entre l'acoustique et l'électronique, l'instrument (violoncelle) et sa transformation. Le dispositif d'Amaury Bourget consiste à placer des capteurs et des micros sur le violoncelle de Soizic Lebrat, la source instrumentale se trouvant entre les mains du dispositif et diffusé par plusieurs petits haut-parleurs disséminés sur les lieux de performance. Je ne veux pas trop faire de comparaison, je ne crois pas que ce soit utile, mais même si la méthode d'improvisation et de composition utilisée par ce duo n'est pas exactement similaire, elle reste assez proche de celle du duo John Butcher/Phil Durrant, une formation inégalable dans le genre, qui m'a longtemps marqué, et à laquelle je n'ai pu m'empêcher de penser à l'écoute de ces sept pièces.

Mais à la différence du duo anglais, les deux voix du duo Lebrat/Bourget restent généralement distinctes, et leur musique est moins fusionnelle. Et tant mieux. Car de l'opposition entre la source acoustique et les transformations électroniques, il en émerge une musique électroacoustique (forcément...) et hautement interactive. Si le violoncelle peut se faire narratif et lyrique ou mélodieux par moments, les transformations n'en sont que plus bruitistes et déconstruites. Les voix ne se rencontrent que rarement tout en étant intimement liées, ce qui à mon goût est le plus réussi dans cette formation. Il y a une véritable corrélation entre les deux procédés, entre l'instrument et l'électronique (l'un étant la source de l'autre) - ce qui pourrait apparenter cette musique à de l'eai plutôt classique - mais la distinction et la séparation entre les voix, la personnalité et la sensibilité de chaque musicien étant mises autant en avant, il en ressort une musique électroacoustique au sens premier, une musique qui unifie les voix dans un dialogue commun et non-hiérarchique.

Ceci-dit, le plus marquant dans ce duo est peut-être la variété des atmosphères et des modes de jeux. Non pas qu'il y ait profusion de techniques étendues et démonstrations de force constantes, au contraire, c'est assez simple en général, mais le duo parvient à dégager des atmosphères vraiment différentes à partir de matériaux assez simples. Souvent, c'est plutôt énergique, réactif et puissant, d'accord, mais il y a aussi de grands moments de calme et/ou de mélodie (pas si éloignés de wandelweiser), des moments d'exploration (pas si éloignés non plus du réductionnisme), et une magnifique conclusion harsh noise aussi courte qu'intense. Une musique qui ressemble à beaucoup d'autres mais toujours légèrement décalée, décalée par la personnalité et la singularité de Lebrat & Bourget.

Sept belles pièces variées, où la tension se maintient en permanence quelque soit l'atmosphère, qui explorent de nombreux territoires sonores tout en maintenant une proximité et une interaction dans le dialogue et le dispositif. Beau travail, bien content d'en voir la publication quatre ans après l'enregistrement.

[présentation, informations & écoute: http://dronesweetdrone.bandcamp.com/album/9]

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