mpld - one more episode in between recollection and amnesia (Unframed, 2006/2011)


Nouvelle édition de one more episode in between recollection and amnesia, un disque publié en 2006 en seulement dix exemplaires sur le label de Gill Arnò (alias mpld), également compositeur de cette œuvre. Cette fois-ci, la réédition valait vraiment le coup pour cette œuvre ambient et expérimentale, riche et éclectique. 

mpld débute sa suite avec une très courte introduction de 45 secondes au piano préparé, où flottent quelques accords épars aux résonances très métalliques. A partir de ce matériau introductif, des sons sont repris et manipulés par différents procédés numériques, auxquels s'ajoutent également les drones et les sons extraordinaires fournis par les rétroprojecteurs préparés, instrument qui est la signature même de ce sculpteur sonore new-yorkais. Sur les premières pièces, on entend surtout de drôles de triturations métalliques et mécaniques, comme une préparation et un ajustement du matériel, des bruits surprenants brisent l'espace aéré et lent des pièces. Pièces méditatives, qui plongent l'auditeur dans l'attente et dans l'expectative, jusqu'à ce que son attention soit retenue par une des nombreuses aspérités qui fracturent irrégulièrement cette structure apparemment aléatoire. A partir de la quatrième pièce, les drones typiques de mpld prennent places, et agrippent l'auditeur. Ces étranges drones mécaniques produits par de très courtes vagues régulières, par des battements qui rappellent facilement les hélices d'un hélicoptère avant qu'elles ne soient recouvertes par d'épais brouillards hallucinogènes. 

Voilà pour les quatre premières pièces, vient ensuite "four flashbacks", la plus longue de toutes (vingt minutes) et surtout la plus belle! Des flashbacks, il y en a durant les premières minutes, où mpld réutilise des matériaux déjà entendus tels les manipulations métalliques et des extraits de drones, auxquels il ajoute quelques ondes sinusoïdales légères et mouvantes. Tout ceci ressemble à du drone toujours, sauf qu'il n'y a pas grand chose de statique ni de linéaire, progressivement et imperceptiblement, l'univers s'épaissit, s'aère, se rétrécit, s'élargit, prend des couleurs ou s'assombrit, l'espace change de dimensions au fil de la pièce sans que l'on ne s'en rende compte et sans qu'on l'attende non plus. Puis une ligne s'installe tout de même, une ligne néanmoins discontinue sur laquelle se succèdent différents types de textures. Magnifique pièce qui lie savamment continuité et discontinuité, dans un étirement du temps fait de ruptures, pour une espace linéaire et sinueux.

Quant à la dernière pièce, elle est composée de field-recordings manipulés et retravaillés. Sculpture sonore d'éléments disparates qui forment de longues nappes avec leurs longues aspérités sinueuses, "afterthought: 061211" reste dans un univers proche du drone toujours, dans son aspect lisse et continu, où le temps s'étire infiniment mais où l'auditeur peut se raccrocher à des éléments signifiants parfois, tels ceux qui étaient déjà présents dans les précédentes pièces, des souffles qui ne sont pas sans rappeler un vent marin, et des bricolages aléatoires d'objets divers. Un territoire sonore froid, inquiétant et envoûtant, un peu à l'image du reste de cette suite où les grands espaces sinueux laissent place à une confrontation magistrale entre le chaos des ruptures irrationnelles et des bourdons obsessionnels et obsédants. En somme, un très bon disque original et absorbant!

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