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Oren Ambarchi, Kassel Jaeger, James Rushford - Pale Calling

Que ce soit dit, Pale Calling est peut-être le disque électroacoustique rafraichissant de l'année. Oren Ambarchi, Kassel Jaeger et James Rushford fuient les stéréotypes : pas d'exploration noise des field-recordings, pas de montages et collages électroacoustiques virtuoses, pas de déconstruction sonore ; non c'est tout autre chose que ce trio propose : une musique électroacoustique nouvelle, fraîche, posée, mélodique et onirique. Je trouve ça étonnant qu'on ne parle pas plus de ce disque publié il y a quelques mois, et pourtant, car ce trio vraiment quelque chose hors du commun, il a su composer une musique innovante, poétique, et très bien réalisée.


Des orgues lointains, un harmonica tout droit sorti de Bagdad Café, des enregistrements de terrain obscurs, des voix très discrètes, étouffées et fantomatiques, des rythmiques lentes et épurées, des nappes ambiant moites, des machines qui déraillent discrètement, des ponctuations électroniques improbables. La liste n'est pas exhaustive, j'en oublie sûrement. Les sources techniques, instrumentales et sonores à la base de ces deux pièces sont nombreuses, mais le trio les utilise avec parcimonie, elles sont assemblées en plusieurs niveaux dans un mixage parfait. Rien ne sort du lot, rien n'est étouffé, tout se mélange en une délicate masse sonore composée de différents cycles. Les sources possèdent leur propre rythme et leur propre cycle qui sont superposés pour fabriquer deux pièces au déroulement fluide et progressif, mais inattendu et onirique, irréel et liquide.

Les deux pièces de Pale Calling sont toutes les deux des longues formes fluides, lentes, cycliques, et répétitives. Il y a quelque chose de sombre et d'inévitable, une ambiance un peu pesante et moite qui pourrait faire penser à Bohren & der club of gore, surtout la première pièce avec son orgue spectral et sa basse profonde. Mais la comparaison s'arrête là, car ce trio est incomparable. On peut reconnaître la patte d'Oren Ambarchi éventuellement, cette touche ambiant électroacoustique composée de couches sombres et délicates, mais quant à Rushford et Jaeger, je ne les avais jamais entendu auparavant, donc je ne peux rien en dire.

De toute manière, je ne crois pas que l'important soit de savoir qui fait quoi, et comment, et encore moins de chercher des influences ou des comparaisons, car ce serait passer à côté de ce disque. S'il y a bien une chose qui fait tout son intérêt, c'est son aspect unique et hors du commun. Pale Calling est d'une fraîcheur suprenante, c'est un disque qui pourrait nous bercer pendant des heures, qui peut nous accompagner à tous moments. C'est un disque extrêmement dense techniquement, et d'une simplicité déroutante. Toutes les couches et tous les cycles sont assemblés pour former une musique douce, fine, soyeuse, mélodique. Le trio propose ainsi une sorte de voyage construit comme un rêve, avec sa logique propre, avec son déroulement et ses associations irréels, un voyage beau et déroutant, moite et lumineux, poétique et berçant.


OREN AMBARCHI, KASSEL JAEGER, JAMES RUSHFORD - Pale Calling (LP, Black Truffle, 2016) : http://www.blacktrufflerecords.com/



Oren Ambarchi - Audience of One (Touch, 2012)

Nouvel album solo du guitariste australien Oren Ambarchi, Audience of One a de quoi surprendre, mais également de quoi laisser dubitatif... Pour cette suite de quatre compositions, qui font appels à plusieurs musiciens que je ne connais pas, hormis Eyvind Kang, Ambarchi propose une suite qui navigue entre le drone et la chanson... 

Les trois courtes pièces qui entourent "Knots" varient d'un style à l'autre, entre ambient, electro-rock et folk assez sombres. Si elles ont en commun d'être toutes teintées de mélancolie et de noirceur, ce qu'elles partagent également avec "Knots", elles sont néanmoins plus faciles d'écoute du fait de leur caractère mélodique, mais également du fait de leur durée moins excessive, ainsi que grâce à leur caractère plus propre et lisse. Certains les jugeront trop lisses et creuses peut-être, d'autres crieront à la nouveauté, au courage et à l'audace. Quant à moi, je me rangerai plutôt parmi les premiers, car exceptés quelques airs assez beaux et un aspect tout de même assez intime et sensible, je n'arrive tout de même pas à supporter les mélodies mielleuses de "Fractured Mirror" par exemple. Et même s'il y a quelques compositions plutôt sensibles et réussies pour "Salt" et "Passage", ces trois pièces n'ont pas forcément des masses d'intérêt. Mais peut-être certains y trouveront leur compte...
 
Quant à "Knots", du haut de sa trentaine de minutes, elle est sans aucun doute la pièce la plus importante et la plus réussie de cette suite. Une pièce épique, incendiaire, qui commence par un drone électrique, abrasif, fluctuant, sur lequel se grefferont petit à petit une batterie impatiente et nerveuse (Joe Talia), des cordes, un cor anglais, et quelques percussions. Sans oublier les guitares, bien sûr. Discrètes au début, dans une veine acide-psychédélique, les longues vagues acides d'Ambarchi prennent petit à petit une ampleur de plus en plus conséquente, dense, charismatique, électrique, corrosive et puissante. Car formellement, la construction de "Knots" est simple, il s'agit d'un crescendo, mais un crescendo total, où le volume monte, mais également la tension, l'intensité, la densité et la puissance. De ce fait, le drone prend progressivement, très lentement, une ampleur qui deviendra vite pachydermique, monstrueuse, notamment lorsque les effets de réverbération, de saturation et de distorsion qui médiatisent la guitare seront poussés à leur paroxysme. Avant que tout ne redescende calmement, convenablement, afin que la fin ne brusque pas la sensibilité des auditeurs, déjà mise à vif tout au long de cette descente aux enfers.

Un album qui aurait facilement pu être hallucinant s'il n'était composé que de cette pièce formidable, mais qui est malheureusement un peu trop noyé par les trois airs un peu trop creux qui l'entourent (chansons et morceaux qui ouvriront peut-être l'audience d'Oren Ambarchi à un public plus élargi, ce qu'il semble aussi rechercher à travers ses multiples projets et collaborations)... Mais tout de même recommandé pour l'épique "Knots".