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The Luzern-Chicago Connection - Live at Jazzfestival Willisau (Veto, 2012)

Six musiciens: trois états-uniens et trois suisses. A l'occasion du Jazzfestival Williasau et dans le cadre d'un jumelage entre les villes de Lucerne et de Chicago, Isa Wiss (voix), Jeb Bishop (trombone), Hans-Peter Pfammater (piano), Marc Unternährer (tuba), Jason Roebke (contrebasse) et Frank Rosaly (batterie) ont pu se rencontrer pour un enregistrement live de près d'une heure.

Il s'agit de sept pièces écrites à chaque fois par un musicien différent. Sept pièces où se succèdent avec équilibre compositions et improvisations, où une écriture bop fait suite à une écriture jazz moderne, où les soli de swing font place à des improvisations libres collectives, entre une musique inspirée des fanfares, un swing nostalgique et une composition polyphonique ou polyrythmique complexe. Mais ne vous y trompez pas, il ne s'agit nullement d'un collage surréaliste ou d'une superposition improbable de genres et d'esthétiques, la même énergie traverse ces sept pièces, ainsi que la même joie de se réunir et de collaborer. Il y a une unité et une cohérence qui traversent ce concert: l'unité d'une interaction et d'une intimité sensibles, mais aussi l'unité d'une volonté commune de création et de renouvellement.

Dans l'ensemble c'est très jazz, le swing et les phrasés ternaires sont omniprésents, mais les structures sont modifiées au profit de breaks d'improvisation libre où techniques étendues, phrases atonales et arythmiques arrivent en profusion, ou encore au profit de ponts écrits d'une manière originale, entre la fanfare, le sound-painting, le minimalisme, et la musique populaire. Oui, c'est un album éclectique, l'ambiance joyeuse et énergique est toujours là, mais les procédés d'écriture comme l'opposition entre composition et improvisation sont constamment renouvelés. Un sextet à la recherche permanente de la forme adéquate et parfaite. Mais cette forme n'existe pas, la perfection semblant être un renouvellement permanent des formes nouvelles et anciennes.

Certes, ce n'est pas la première fois qu'on tente de mélanger des formes anciennes à des formes avant-gardistes et/ou expérimentales, mais la virtuosité et l'énergie de chacun des musiciens font tout de même de cet album un disque vraiment plaisant et agréable, un disque plein de joie et d'humanité, qui ravira certainement les amateurs de free jazz plus classique et les fans de jazz moderne. 

Erb/Lonberg-Holm/Roebke/Rosaly - Sack (Veto, 2011)

Après un trio et un solo sur ce nouveau sous-label de Veto dédié à la musique improvisée chicagoanne: Christoph Erb (clarinette basse et saxophone ténor) revient avec un quartet composé par le violoncelliste et guitariste Fred Lonberg-Holm, Jason Roebke à la contrebasse et Frank Rosaly à la batterie (et quelque fois à l'électronique).

Enregistrées lors de la résidence de Christoph Erb à Chicago, ces quatre improvisations sont à tendance très fortes, libres et collectives. Du gros free jazz en somme. Sauf qu'il ne suffit pas toujours de jouer fort et en crescendo pour que ça marche, ce qui semble être le seul but de ces improvisations. Même s'il y a quelques moments plus calmes, et quelques duos plus espacés, ces parties sont toujours tendues vers une improvisation collective bordélique et forte (comme on peut parfois les aimer). J'avoue que j'ai vraiment eu du mal à m'immerger dans ces quatre pièces, à part quelques passages en formation réduite (notamment un duo sax/batterie où le ténor joue des multiphoniques en mode lyrique) où l'écoute marche très bien, le reste du disque se compose d'improvisations collectives souvent intenses mais où le dialogue ne prend pas réellement. Quatre improvisations où chacun fait preuve de virtuosité avec son lot de techniques étendues et de jeux très rapides (tel l'infatigable Rosaly, et le "guitariste" Lonberg-Holm fraichement émerveillé par quelques effets sommaires), mais cette virtuosité semble n'avoir qu'un seul but: une densité et une intensité maximales.

C'est pas mauvais, mais juste trop dense, trop fort, trop free ai-je envie de dire. Beaucoup de déjà-entendu d'une part, mais surtout un manque d'écoute et de dialogue véritables extérieurs à quelques clichés du free jazz.

Tracklist: 1-Karung / 2-Kott / 3-Kadhananlo / 4-Meshok