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Great Waitress - Hue

Great Waitress, voilà un excellent trio qu'on aimerait entendre plus, mais qui publie "seulement" un disque tous les deux ou trois ans, et qu'on voit rarement en programmation par ici. Pour les concerts, ça se comprend, Magda Mayas vit en Allemagne, tandis que Monika Brooks et Laura Altman résident en Australie, donc niveau logistique et défraiement, ce n'est pas simple. Mais quand même, je suis sûr qu'en cherchant bien, elles possèdent assez d'enregistrements pour mulitplier les disques, et on serait ravis d'en entendre plus. Ceci-dit, c'est peut-être cette rareté qui fait le charme de chacun de ces disques aussi, et c'est peut-être le choix de ce trio de ne pas être omniprésent, pour que chaque instant conserve sa magie.
Tout ça pour dire que l'arrivée de Hue, leur troisième disque (en LP cette fois), a été accueilli avec enthousiasme ici. La formule n'a pas vraiment changé depuis leur premier disque en 2011, mais le charme opère toujours. Un accordéon, une clarinette et un piano, quelques techniques étendues, des textures abstraites, de l'improvisation réductionniste. Ca ne donne pas forcément envie dit comme ça, parce qu'on en a entendu beaucoup, voire trop du réductionnisme, ces dernières années. Mais avec Great Waitress, il y a un quelque chose en plus.

Leur univers sonore est bien particulier, il a quelque chose d'absorbant, de magique, les sons nous enveloppent comme un drone réussi. Il y a des longues notes, des extrêmes, des frottements et tout ce qu'on peut trouver dans l'improvisation réductionniste de ces dernières années, avec en prime une sorte de mélodie abstraite qui relie chaque musicienne. Une mélodie holistique où chaque individualité a sa place et est nécessaire à la création sonore. Il ne s'agit pas de s'imiter les unes les autres, ni de se démarquer, mais de créer un univers sonore et musical ensemble, en accordant autant d'importance à chaque musicienne, quelque soit sa place, son instrument ou sa personnalité.

Et Great Waitress compose ainsi un monde sonore à la fois poétique et liquide, onirique et lisse, étrange et doux. Un univers qui nous attire puis nous englobe, qui stimule et rafraichit.


GREAT WAITRESS - Hue (Another Dark Age, LP, 2016) : http://anotherdarkage.bigcartel.com/product/great-waitress-hue-pre-order


Great Waitress - Lucid (Splitrec, 2011)


Pour ce dernier disque publié par le label australien dirigé par Jim Denley, la pianiste Magda Mayas a rejoint un duo australien composé de l’accordéoniste Monika Brooks et de la clarinettiste Laura Altman. Ce trio à l’instrumentation singulière se nomme Great Waitress, et l’ensemble de ces cinq pièces forme l’album Lucid.

D’un côté, le souffle relie la clarinette à l’accordéon, et ce dernier partage un clavier avec le piano, mais la réunion de ces trois instruments n’est pas évidente lorsque la musique jouée tend vers l’homogénéité du son. Et pourtant, la symbiose est ici profonde et réelle, des connections très fortes et très intenses se mettent en place entre chaque musicienne. Les harmoniques de la clarinette rejoignent les suraigus de l’accordéon, les résonances du piano soutiennent le souffle de l’accordéon, ou alors ce sont les attaques percussives du piano qui déploient les nappes des deux autres instruments. Great Waitress rejoint Hubbub ou AMM dans l’aspect homogène et synergique, toutes formes d’individualités restent souvent enfouies sous la masse sonore, mais les textures prennent de l’ampleur et de la profondeur grâce à l’intervention nécessaire de chacune. Il y a un contraste très impressionnant entre ce qui sépare les instruments en tant que tels, et ce qui les réunis et les fondent dans la musique. Toutes les différences et les dissemblances entre les individualités et les instruments sont maintenues sans ne jamais gêner l’homogénéité de ces nappes sonores, de ces textures statiques. Car l’évolution du son est minimaliste et lentement progressive, les réponses surgissent les unes après les autres, mais prennent toujours le temps d’être pleinement déployées avant d’être insérées dans un quelconque dialogue.

La richesse des textures et le lent déploiement de chaque timbre, dans ces improvisations réductionnistes, sont franchement saisissants. Un univers bizarre se déploie et se dévoile subtilement et délicatement, mais la spontanéité et l’individualité restent présentes dans les réponses possibles, l’individu ne reste cependant qu’un possible (en tant qu’il est surtout présent dans ce qu’il peut ou pourrait répondre au son), tandis que le vrai réel est le son lui-même, dans sa globalité, une pure musique holiste. Holiste tout en maintenant les personnalités, statique tout en étant progressif, abstrait tout en étant chaleureux. Lucid, à travers ses cinq pièces de durées inégales (entre trois et vingt minutes), évolue dans des territoires abstraits mais attractifs, personnalisés notamment par les formes de réponse, et par les techniques instrumentales particulières de chacune.

Tracklist : 01-Breath / 02-Drifting needless / 03-Lucid / 04-Dusted birds on furnished trees / 05-Grain