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Nate Wooley & Seymour Wright - About Trumpet and Saxophone

NATE WOOLEY & SEYMOUR WRIGHT - About Trumpet and Saxophone (Fataka, 2013)
L'un des plus grands intérêts de la musique improvisée et de l'improvisation libre plus particulièrement est surtout la possibilité de rechercher et d'explorer des langages instrumentaux toujours nouveaux. Un intérêt parfois oublié par des musiciens qui ne cherchent plus vraiment et se contentent de multiplier des techniques étendues mille fois entendues, mais que d'autres ont toujours à l'esprit. Le trompettiste américain Nate Wooley et le saxophoniste alto britannique Seymour Wright font partie de ces musiciens qui continuent de faire vivre l'improvisation libre - et d'autres musiques encore puisqu'ils ne se cantonnent pas exclusivement à l'impro libre, ce qui fait peut-être aussi qu'ils la jouent si bien - en développant une pratique originale et singulière.

Depuis que j'ai découvert chacun de ces musiciens, j'ai toujours essayé de suivre leur production le plus assidument possible à vrai dire. Si j'aime beaucoup ce que peut faire Nate Wooley dans le groupe de free bop rock Puttin' on the Ritz ainsi que dans ses formations plus jazz, c'est surtout la découverte de son travail en solo (aussi bien composé qu'improvisé) qui m'avait amené à le considérer comme un des trompettistes les plus intéressants des musiques improvisées. Et quant à Seymour Wright, c'est son duo avec Keith Rowe que j'avais trouvé vraiment recherché et savant, mais malheureusement, assez peu de travaux avec Wright ont été publiés par la suite. C'est donc une chance de les trouver aujourd'hui l'un à côté de l'autre dans cette publication de l'excellent label fataka, un jeune label anglais qui sait redonner confiance en la musique improvisée.

Quant au contenu de ce disque, il s'agit d'une suite de neuf pièces pas très longues (elles ne dépassent pas les neuf minutes) et totalement improvisées. Oui c'est de l'improvisation libre avec toutes les techniques étendues que l'on connaît déjà, de l'improvisation libre intéressée principalement par le timbre et les textures. Mais pas seulement à mon avis, ce n'est pas aussi cliché que ça le paraît. Un saxophoniste comme Seymour Wright par exemple est encore capable de développer des sonorités inattendues venant d'un saxophoniste - comme les notes ultra pincées aux résonances plastifiées qui font penser à une sorte d'appeau. Et Nate Wooley surtout, que j'aime beaucoup pour son développement des écarts de volume vertigineux, pour son approche très réfléchie de la gestion de l'intensité, fait vivre le dialogue entre les deux musiciens de manière très savante. Wooley et Wright développent leur langage, ils les font interagir, mais en prenant soin de véritablement composer la musique ; le duo joue beaucoup sur les variations de volume et de densité afin que la tension soit toujours maximale. Ce n'est pas forcément très énergique ni très fort, mais la musique du duo est toujours intense, quelque soit le volume ou la densité, du simple fait de la construction des improvisations, et du mode de narration adopté. Le langage de chacun est assez original même s'il n'est pas révolutionnaire, disons que les deux langages ont vraiment leur particularité, mais en tout cas leur musique paraît vraiment singulière, libre et personnelle pour de l'improvisation libre réalisée en 2012.

Neuf pièces d'improvisation libre très bien réalisées, Nate Wooley et Seymour Wright font chacun preuve d'une grande attention à la construction, à la personnalité du langage dans une certaine mesure aussi, et à l'interaction. Un bel exemple de free improvisation dans ce qu'elle a de meilleur, vivement conseillé aux fans d'improvisation.

Sebastien Lexer / Eddie Prévost / Seymour Wright - Impossibility in its Purest Form (Matchless, 2012)

Sebastien Lexer au piano préparé (piano +), Eddie Prévost aux percussions, et Seymour Wright au saxophone alto. Trois duos qui explorent toutes les combinaisons possibles (ma préférée étant Wright/Lexer), et un trio pour fêter tout ça - la plus profonde et la plus réussie de ces quatre pièces à mon avis. Impossibility in its Purest Form, titre qui fait référence au triangle impossible de Penrose (celui qui orne la pochette), cherche la fusion impossible de trois instruments et de trois individualités à travers le son envisagé comme texture.

Dans ses notes, Eddie fait beaucoup référence aux concepts de possibilité ("ce qui va arriver", "ce qui pourrait arriver"), d'impossibilité, d'aptitudes à l'erreur cognitive et perceptive, pour justifier et théoriser sa pratique de l'improvisation et la spontanéité à l’œuvre durant ses improvisations. Comme si chaque improvisation était un plongeon vers l'inconnu. Pourtant, ce qui frappe au premier abord, et ce n'est pas un mal - mais cela remet en cause la spontanéité de ces improvisations -, c'est la continuité et la ressemblance entre chaque duo (d'abord Prévost/Wright, puis Prévost/Lexer et enfin le magnifique Lexer/Wright). Chaque duo, ainsi que le trio, sont principalement constitués de notes très longues, aiguës, riches, pleines d'harmoniques (cymbales et cordes du piano frottées, harmoniques et souffle continu au saxophone). Une même structure linéaire semble conduire chaque pièce vers une exploration de la fusion des timbres, et vers une recherche d'un timbre uniforme entre trois instruments sans rapports les uns avec les autres.

C'est peut-être seulement à partir du duo Lexer/Wright, 'Trilinear γ', et de plus en plus durant le trio qui donne son titre au disque, que le silence trouve sa place, et qu'une part d'inconnu semble à l’œuvre dans l'interaction. Plus le disque avance, moins le terrain semble certain - à l'image des longues et puissantes notes instables de Wright -, des écarts et des reliefs se creusent, des timbres neufs apparaissent, le silence agit comme une texture, les résonances vivent leurs vies, le risque devient prépondérant et le dialogue entre deux ou trois semble effectivement plus spontané et/ou aléatoire parfois.

Je n'avais pas écouté Seymour Wright depuis l'excellent trio avec Keith Rowe et Martin Küchen, et je reste encore assez émerveillé par ses interventions simples mais puissantes, ses notes très serrées qui résonnent dans notre tête pendant des secondes interminables - très bien mises en avant par le piano de Sebastien Lexer. Des textures simples mais inusuelles et inhabituelles, créatives et inventives en somme, tout en étant puissantes et intenses, instables tout étant sûres d'elles. 

Mais de manière générale, ce sont les trois musiciens (même si ce sont surtout SW et SL qui m'impressionnent le plus) qui savent faire preuve de créativité dans cette longue exploration de plus d'une heure dix. Une recherche épique avant tout axée sur la texture, des textures souvent simples et minimalistes mais riches et intenses. Des dialogues à deux et à trois très sensibles et attentionnés, où différentes dynamiques sont à l’œuvre, avec ou sans silence, dans une osmose et une fusion souvent impressionnantes. Du beau travail!

Informations: http://www.matchlessrecordings.com/impossibility-purest-form-mrcd82