d'autres cordes

Après un bref séjour au beau milieu du Périgord noir et de ses alentours - territoire hallucinant pour ses vestiges préhistoriques, antiques et médiévaux - ainsi que dans les Causses du Larzac - territoire géographiquement ahurissant quant à lui -, je me remets à écrire des chroniques. On recommence donc avec trois disques beaucoup plus modernes, qui ne puisent pas vraiment leur inspiration dans le passé. Trois disques électroniques et électroacoustiques produits par Franck Vigroux (qui est basé en Lozère), sur son label D'autres cordes.


annabelle playe - matrice (d'autres cordes, 2012)

Annabelle Playe est une artiste pluridisciplinaire qui chante, écrit et compose des musiques électroacoustiques. Pour son premier album matrice, elle nous propose 14 pièces électroniques et électroacoustiques composées en 2011. Une suite de miniatures/vignettes plutôt variées. Les ambiances diffèrent parfois du tout au tout, on peut se trouver plonger dans des territoires électroniques purs, rythmés, industriels et agressifs, ou bien sur des terrains électroacoustiques plus "sérieux" et expérimentaux qui traitent les bandes magnétiques directement à la main. Mais le plus souvent, les matériaux électroniques et électroacoustiques s'entremêlent indistinctement pour former des univers à tendance ambient et originaux. Une musique qui peut être lente et continue, mais aussi rapide et rythmée, agressive ou douce. Mais dans tous les cas, la matière sonore est explorer avec originalité. La singularité d'Annabelle Playe est de reprendre certains codes esthétiques (de la musique concrète parfois, de la musique industrielle aussi, de la noise, techno, etc.) sans se contraindre ni se restreindre. Les différentes esthétiques présentes sont intégrées à la singularité d'Annabelle Playe, elles sont avant tout soumises aux intentions de la compositrice. Elles perdent ainsi leur caractère normatif tout en gardant leur puissance et leur intensité. Une musique rafraichissante, singulière, plaisante, et prometteuse.


franck vigroux - we (nous autres) (d'autres cordes, 2012)

Comme Annabelle Playe (qui participe à un morceau, très rock, de cet album), Franck Vigroux est quelque peu bercé dans les performances pluridisciplinaires (lecture-concert, vidéo-concert), mais son principal intérêt semble tout de même être la musique électroacoustique. En tant que compositeur et improvisateur, on peut le trouver à l'électronique, électroacoustique, guitare, percussions, platines, seul ou aux côtés de Marc Ducret, Zeena Parkins, Bruno Chevillon, ou encore Philippe Nahon (inoubliable dans le nihiliste Seul contre tous), pour des performances et des compositions entre le rock, la musique improvisée, le sound art et la noise.

we (nous autres) est un album solo qui n'est pas sans point commun avec matrice. Une suite de dix pièces où se succèdent des ambiances hétéroclites, variées et créatives. Du rock au breakcore, de la composition électroacoustique aux expérimentations bruitistes, quand tout n'est pas savamment mélangé et entremêlé avec un équilibre jouissif. Comme matrice, we (nous autres) peut tout aussi bien être calme, lent, continu, ambient, ou agressif, violent, rythmé, fracturé et discontinu. De l'électronique crade, lo-fi et archaïque succède à des pièces très propres, fines et claires. Un album inattendu qui sait également réutiliser les codes avec singularité, qui parvient à travailler les normes esthétiques comme un matériau sonore pur. Inventif, puissant, singulier, et jouissif. Du bon travail.


eRikm - Austral (d'autres cordes, 2012)

Nouvelle production d'eRikm, cette fois-ci en DVD. Austral est une œuvre multimédia pour orchestre, électronique, et vidéo. L'orchestre est ici l'ensemble contemporain Laborintus: Hélène Breschand à la harpe, Sylvain Kassap aux clarinettes, Franck Masquelier aux flûtes, Anaïs Moreau au violoncelle et Philippe Cornus aux percussions. Aux platines, électronique, direction et vidéo, on retrouve eRikm. Ce dernier est parti d'une suite d'images glanées en Amérique du sud, images de paysages urbains ou naturels. Des images modifiées et traitées comme une matière sonore dans le style d'eRikm: des manipulations qui transforment ces paysages en dessins proches de l'abstraction, parasitées jusqu'à ressembler à des traits et des formes dessinées au charbon, à des flaques d'aquarelle ou des palettes d'encre de Chine. Et c'est cette vidéo live qui sert de partition à l'ensemble Laborintus. Une partition graphique ouverte et indéterminée qui permet à chaque musicien de laisser libre cours à sa mémoire, ses habitudes, ses habitus, son corps, sa pensée, à travers des interprétations personnelles. Car le but d'Austral est pour eRikm de sortir de ses habitudes à lui. Travailler sur un matériau sonore préenregistré et préexistant ne lui suffit plus. Ici, il s'attaque à une matière humaine, l'ensemble Laborintus, une matière organique qui possède une mémoire singulière, des instruments particuliers, des désirs imprévisibles et des possibilités musicales surprenantes. Une matière au premier plan, mais qui forme aussi une sorte d'aplat qu'eRikm transforme, construit, déconstruit, manipule, bascule, monte, etc. Un échange organique entre plusieurs pratiques (montage vidéo, interprétation instrumentale ouverte, improvisation et manipulation électronique), entre plusieurs médias, mais surtout entre plusieurs individualités. Une composition ouverte à de multiples possibilités.
ERIKM "Austral" from dautrescordes on Vimeo.

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