Jason Lescalleet - Songs About Nothing (Erstwhile, 2012)

Jason Lescalleet est le troisième artiste publié dans la série ErstSolo, après Keith Rowe et Toshimaru Nakamura. Et c'est peut-être la meilleure publication pour le moment. En tout cas la pus étonnante! Car la musique de JL est plus que surprenante, une musique informelle, singulière au-delà de ce qu'on peut imaginer, une musique qui ne cesse de surprendre et d'interroger.

Songs About Nothing est un album divisé en deux CD intitulés "Trophy Tape" et "Road Test". Le premier des deux proposent quatorze pièces assez courtes, quatorze miniatures basées principalement sur des samples. Modifications et distorsions de musiques populaires, préparations électroacoustiques et magnétiques. On ne sait jamais trop ce qui se passe, les sources se révèlent parfois, sous forme de samples, ou restent éternellement cachées. Qu'est-ce que peut bien bidouiller ce mec avec ses machines se demande-t-on souvent. Est-ce son ordinateur qui est la source sonore principale? son lecteur MD? son Revox? ses installations rudimentaires? On passe du larsen à des field-recordings, de la modification de prières, de morceaux de dub ou de pop à des drones, de l'ambient ou du harsh noise. Les miniatures s'enchaînent sans rien laisser prévoir, on peut s'attendre à tout. JL ne semble avoir qu'un seul principe de composition ici: aller là où on ne l'attendra pas, explorer des univers qui sauront surprendre dans tous les cas, qu'on l'écoute maintenant ou dans dix ans.

Quant à "Road Test", c'est différent sans vraiment l'être. D'une part, très formellement, il ne s'agit que d'une piste ici - une piste plus longue que la totalité des quatorze qui l'a précède... Une piste qui prend son sens je trouve par rapport à la première partie de SAN. Une pièce aussi surprenante dans la mesure où on ne pouvait s'attendre à un disque plutôt ambient, assez continu et linéaire, après la succession étonnante des 14 vignettes de "Trophy Tape". Ici en tout cas, l'ambiance est plus à l'heure de l'immersion sonore. JL s'engouffre dans le son et nous plonge dans un univers de micro-modulations, de sampling très minutieux et subtil, à partir de...je ne sais toujours pas s'il s'agit des captations de manif qu'on entend au début, des quelques field-recordings présents ou du morceau de pop qui émerge à la fin du disque après une longue nappe purement sonore et abstraite. On ne sait pas de quoi il s'agit mais on est en plein dedans tout du long en tout cas. Une longue immersion sonore dans l'inconnu.

Le point commun entre ces deux disques? la volonté de toujours surprendre certainement. On ne sait pas ce qu'il se passe, on se demande ce qui va suivre, dans combien de temps, et pour combien de temps. Difficile même de savoir si c'est sérieux, si JL rend hommages aux musiques qu'il sample pour construire la sienne, ou s'il souhaite les détourner, ou bien les détruire pour les détruire - de manière sarcastique et cynique, façon "vous voyez bien qu'avec la plus grosse merde musicale la plus formatée possible on peut faire de l'avant-garde aussi radicale qu'en utilisant des field-recordings ou des installations électroacoustiques ultramodernes et ingénieuses; pourquoi vous vous emmerdez avec tout ces problèmes de source sonore?". Si vous pensez que les musiques expérimentales tournent en rond, écoutez JL, l'empêcheur de tourner en rond justement. Impossible de rester indifférent, JL interpelle, questionne, mais surtout, il parvient à complètement  hypnotiser l'auditeur, et à nous maintenir dans un état constant et perpétuel d'éveil, d'attente, de surprise et de questionnement. Une expérience incroyable.

Assez difficile de parler de cette musique, car elle est beaucoup trop singulière, complètement freak, et peut-être au-delà du langage. Je ne suis pas sûr de l'avoir très bien chroniqué, le plus simple étant de l'entendre à mon avis. Du coup, je vous mets la captation d'un concert (assez représentatif) aux Instants Chavirés (en 2011), pour mieux vous faire une idée ;)

Sinon, vous pouvez toujours trouver des extraits sur le site d'Erstwhile: http://www.erstwhilerecords.com/catalog/ES003.html

2 commentaires:

  1. Je n'ai pas écouté ce disque, mais il semblerait à la vue de la cover et à la lecture des 14 titres qu'il pastiche le fameux album "Songs About Fucking" de Big Black...

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  2. clairement. j'en ai pas parlé parce que je n'ai pas du écouter l'album de big black plus de deux fois en dix ans, donc mis à part la tracklist et la pochette, je ne sais pas dans quelle mesure il l'a pastiché. après - comme souvent avec JL - il y a encore de multiples références qui jalonnent ce disque (genre un remix improbable de Depeche Mode sur le deuxième disque!)

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