[gruenrekorder]


Mark Lorenz Kysela - Eins + (Gruenrekorder, 2013)

Alors là, voici une étrange suite de pièces interprétées aux saxophones alto, ténor et soprano ainsi qu'à la clarinette par Mark Lorenz Kysela. Autant de bois systématiquement accompagnés d'électronique, d'ondes sinusoïdales et de bandes légeres et discrètes la plupart du temps. Au moins sur deux pistes, on croirait entendre de l'improvisation électroacoustique (surtout les pistes 1 et 3), mais il s'agit pourtant bien de musique écrite - peut-être pas mal à partir de partition graphique ou d'indications sommaires. Quant aux compositeurs, ils me sont tous - hormis Alvin Lucier - complètement inconnus: Christoph Ogiermann, Thomas Stiegler, Martin Schüttler, Michael Maierhof, Uwe Rasch.

Mises à part les deux pièces proches de l'eai déjà citées, les quatre autres sont plutôt minimales et axées sur des paramètres restreints. Des variations microtonales aux jeux de timbre sur un saxophone avec un résonateur en plastique intégré, MLK ajoute également des interventions électroniques simples et sommaires, mais toujours renouvelées. Une suite de pièces expérimentales, entre l'improvisation, la composition et l'art sonore. Les frontières se brouillent, ce que j'adore, mais les idées et l'interprétation manquent parfois de consistance. Le tout sonne plutôt bien, mais il y a un quelque chose de convenu et d'attendu qui affaiblit cette suite je trouve. Peut-être est-ce simplement le fait que les frontières entre la musique contemporaine, l'art sonore et l'improvisation sont plus embrouillées et manipulées maladroitement que brouillées comme je l'aime habituellement. Une suite assez originale et singulière, qui se veut un questionnement sur les performances solo et la nature radicale du langage musical, ce que je n'ai pas vraiment ressenti, mais qui reste tout de même assez riche et diversifiée, ainsi que puissante et intense par moments.

[présentation, informations & extraits: http://www.gruenrekorder.de/?page_id=9585]

Budhaditya Chattapadhyay - Eye contact with the city (Gruenrekorder, 2013)

Avec Eye contact with the city, le label Gruenrekorder revient à une forme musicale plus habituelle, le field-recordings et les installations sonores et/ou musicales qui s'en revendiquent. C'est le deuxième album que Budhaditya Chattapadhyay publie pour ce label, un album tiré d'une d'une installation sonore et vidéo

L'artiste sonore indien propose ici une version longue d'une pièce basée sur des enregistrements effectués sur des sites de construction en milieu métropolitain (à Bangalore, dans le sud de l'Inde), à l'intérieur d'une ligne de métro en travaux, ainsi que sur des cassettes trouvées sur les marchés attenants. Il s'agit d'une seule pièce intitulée "elegy for bangalore", une longue pièce divisée en deux parties d'une vingtaine de minutes chacune. Une première partie proche du drone et de l'ambient, où les enregistrements semblent étirés et ralentis pour former une ambiance fantomatique, spectrale, aux résonances étranges et plutôt sombres. Une ambiance abstraite formée par les résonances du trafic routier dans la ligne de métro, pour des musiques déformées, et par l'atmosphère souterraine du lieu d'enregistrement. Puis dans la seconde partie, tout prend une tournure plus concrète. Les sources deviennent facilement identifiables, des sonorités industrielles apparaissent (bruits de tôle, marteaux, engins de gros œuvre, etc.), des boucles et des apparitions de musique populaire et carnatiques surgissent, les voitures et leurs klaxons se font entendre, ainsi que différentes voix. Toute la métropole surgit des profondeurs sombres et infernales du souterrain, une métropole grouillante, où se côtoient une modernité en construction et un folklore en déconstruction.

Une pièce construite avec sensibilité et intelligence qui propose une immersion dans le son puis dans le réel. Des enregistrements panoramiques qui reproduisent un environnement très vaste envers et contre l'aspect claustrophobe de la source sonore. Très bon travail.

[présentation, informations & extrait: http://www.gruenrekorder.de/?page_id=9517]

David Rothenberg - Bug Music (Gruenrekorder, 2013)

Je n'avais déjà pas franchement apprécié le dernier duo Rothenberg/Scanner paru chez Monotype, alors autant le dire de suite, c'est pas avec ce solo que je vais commencer à aimer son travail. La démarche est intéressante, David Rothenberg a voulu ici produire un duo entre les insectes et sa musique, un duo censé mettre en avant les liens entre la production sonore des insectes et les productions sonores humaines, qu'elles soient rythmiques, mélodiques, ou noise. On en tend donc pas mal de samples d'insectes, d'oiseaux et du monde naturel de manière général, ainsi que ses habituelles clarinettes. Une musique douce, mélodieuse, où les mondes animal et humain sont évidemment en parfaite harmonie. Outre l'aspect très easy-listening que j'ai du mal à apprécier, c'est aussi la manière de trop plier les productions sonores naturelles aux intentions musicales que je ne trouve pas forcément très juste.

Une musique qui tend souvent vers de nombreux idiomes, entre musique électronique et world-jazz, entre free jazz et field-recordings, mais le tout de manière très édulcorée.

[présentation, informations & extraits: http://www.gruenrekorder.de/?page_id=9530]

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