Parque – The Earworm Versions (Shhpuma, 2013)

Le label portugais Shhpuma n’a décidément pas fini de nous surprendre. Avec ces Earworm Versions, par le groupe Parque, on se retrouve ici face à une musique épique, proche de l’art total comme aurait pu le concevoir Wagner. Le groupe est composé de six musiciens : Nuno Torres (saxophone alto), Ricardo Jacinto (violoncelle, percussion), Nuno Morão (mélodica, percussion), João Pinheiro (vibraphone, percussion), Dino Récio (percussions) et André Sier (électronique). Composée par Ricardo Jacinto et jouée à l’occasion d’une de ses expositions, cette suite en trois mouvements bien distincts est principalement basée sur une installation sonore composée de miroirs suspendus, une installation monumentale qui se révèle d’une grande richesse. Même si tout s’apparente à de l’art sonore, le plus étonnant dans cette suite est peut-être l’aspect très mélodieux et musical des compositions, ainsi que l’utilisation souvent traditionnelle des instruments. Un espace musical où l’art sonore est au service de la musique populaire, et où la distinction entre musique improvisée et musique écrite se brouille.

Sur le premier mouvement de ce disque (c’est-à-dire les trois premières pistes), on est face à une musique calme, aérée (rarement plus de deux musiciens jouent simultanément, et le silence est assez présent), ponctuée de quelques arpèges et glissandi au violoncelle,  d’un saxophone langoureux, et des inévitables percussions, qui donnent ici un son proche de plaques de tôles frottées. L’espace se resserre au fur et à mesure et la pièce devient de plus en plus tendue, jusqu’à l’explosion programmée durant la troisième partie de ce mouvement où les interventions électroniques d’André Sier prennent une place de plus en plus importante et imposante, et où le dialogue entre chaque musicien devient proche de l’eai, un dialogue énergique et réactif.

« OS », le deuxième mouvement de cette suite, et aussi le plus important – notamment en termes de durée, puisqu’il dure plus de trente minutes sur les 75 minutes que dure ce disque – se caractérise par l’introduction d’un enregistrement vocal et une utilisation de hauteurs déterminées sur les percussions. Un mouvement fantomatique où la voix récite un texte qui émerge de percussions spectrales aux allures de cloches. Une expérience étrange aux sonorités improbables, avec une voix théâtralisée qui ajoute une nouvelle dimension (poétique ? théâtrale ? épique ?) à cette musique déjà riche. Les miroirs suspendus sont joués comme des gongs, ou des balafons, ou des instruments percussifs à usage rituel, les cymbales ajoutent des harmoniques, et le saxophone toujours aussi émotif répond parfaitement à cette voix prophétique survenue d’on ne sait où. 

Et enfin, pour conclure ce voyage intense et épique, une dernière pièce basée sur le balancement d'une enceinte. Tous les instruments (violoncelle, saxophone, vibraphone, cymbales et mélodica) tentent au mieux d'imiter ce mouvement mécanique de pendule, et joue sur la hauteur et l'intensité d'une note répétée à chaque mouvement. Très belle réalisation spatiale où le son devient cinétique.

Beaucoup d'éléments mélangés dans cette longue suite, des éléments théâtraux et poétiques, architecturaux et scénographiques, musicaux et acousmatiques. Un mélange (d-)étonnant pour un art total aux relents wagnériens. Une musique vraiment originale et personnelle, riche et construite intelligemment, savante et réfléchie. Vivement conseillé.



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