Ferran Fages - Radi d'Or

FERRAN FAGES - Radi d'Or (Another Timbre, 2013)
Depuis plusieurs années, Ferran Fages a accompli un parcours plutôt remarquable tout en restant relativement discret. Un parcours fait de rencontres entre l'improvisation, la composition, l'installation, la guitare, l'électronique, la musique acoustique, électroacoustique, les radios et la platine acoustique. Autant de pratiques et d'instruments qui modifient constamment son esthétique, qui font de Ferran Fages un musicien capable d'éditer plusieurs disques par an, tout en sachant surprendre.

Pour cette nouvelle publication, le musicien espagnol propose une partition/idée réalisée par le Ferran Fages Ensemble, soit : FF lui-même à la guitare, Lali Barrière (sinusoïdes), Olga Abalos (saxophone alto et  flûte), Tom Chant (saxophones soprano & ténor), Pilar Subira (percussions). Cette pièce de 36 minutes est plutôt simple, mais bien réalisée, avec précision, intérêt, et sensibilité. Construite en deux parties, Radi d'Or se compose d'un premier bloc où les musiciens jouent sur des écarts harmoniques pour les vents et des écarts de fréquence pour les autres. Le quintet joue de longues notes ou de longs bruits tenus, mais tout en effectuant un parcours. Chaque sinusoïde arrive toujours plus haut que son point de départ, les vents partent d'une note pour se diriger vers une autre (toujours plus haute aussi), legato ou non. Idem pour les percussions, peaux de grosses caisses frottées avec dureté ou cymbale délicatement frottée à l'archet. Que ce soit par le biais de longs glissandos, d'esquisses mélodiques, de trilles, de bruits, de notes, ou de phrasés détachés, le quintet explore un écart donné sous toutes ses formes et les évènements se distinguent bien les uns des autres.

Ce n'est qu'au sein de la deuxième moitié du disque que les évènements se rejoignent en un son qui fait bloc. Tous les musiciens explorent la tenue d'une note, qui apparaît et disparaît au fil du temps. La musique est ici beaucoup plus homogène et plus linéaire : elle apparaît plus pauvre en terme d'évènements, mais l'interaction entre chaque son est pourtant riche et m'a paru encore beaucoup plus dense, riche et profonde que la première moitié. Au final, cette composition de Ferran Fages surprend encore pour sa nouveauté d'une part, mais se révèle aussi intelligente pour l'équilibre entre l'exploitation des écarts entre deux sons d'un même instrument, suivie d'une exploration de l'écart et de la différence entre chaque instrument. Une belle exploration de l'écart entre l'écriture horizontale et l'écriture verticale en somme, menée en parallèle d'une recherche sonore délicate, douce, et belle, car le son du groupe est aussi vraiment beau dans sa simplicité. Bon travail.

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