Jean-Luc Guionnet & Eric La Casa - Home: Handover

Potlatch, comparé à d'autres labels, ne sort pas énormément de disques, mais quand ce label en sort un il se fait remarquer tout de suite généralement. Et en cette fin d'année, avec un coffret de quatre CD, composés par deux des plus remarquables musiciens français, Jean-Luc Guionnet et Eric La Casa, une fois encore, cette sortie ne passera pas inaperçue dans le milieu des amateurs de musique expérimentale. D'autant plus qu'à défaut d'être une très bonne initiative éditoriale, Home: Handover est un également un projet musical et conceptuel très surprenant.

C'est le genre de projet à faire couler beaucoup d'encre, et il en fera couler je pense. C'est toute une méthode de travail, toute une approche du son, de la matière musicale, de la performance et de la perception (de ces éléments, mais aussi de manière générale) qui sont en jeu ici. Autant d'éléments théoriques et philosophiques sur lesquels on peut multiplier les gloses. Et pour dire la vérité, je n'ai pas très envie de rentrer dans ce jeu, et j'aimerais me contenter de parler uniquement de ce qu'il se passe sur ce disque, le plus simplement possible, car je pense que la mise en forme, les indications du livret, et les articles parus ou à paraître orienteront suffisamment la lecture de ce disque. C'est passionnant, perturbant, très perturbant comme projet, mais de quoi s'agit-il finalement.

Chacun des quatre disques est structuré de la même manière. La première piste est un enregistrement d'une personne dans son appartement, cette personne qui change à chaque disque décrit l'endroit idéal pour écouter de la musique, lit son morceau préféré in situ, puis commentent différentes choses sur l'expérience qu'elle vient de vivre, qu'est-ce qu'elle en penserait dans d'autres conditions, etc. La seconde piste est un enregistrement en situation de concert où cinq personnes interprètent à sa manière l'enregistrement précédent. Deux personnes parlent (imitation ou commentaire) et trois musiciens interprètent les mélodies, rythmes et bruits de l'enregistrement (Lucio Capece, Seijiro Murayama et Neil Davidson). La troisième piste est réalisée par un musicien (Keith Beattie sur chaque disque) qui propose une lecture différente des enregistrements en appartement. Il se situe dans une maison, joue un morceau de musique, parle librement et se déplace en intérieur comme en extérieur en accordant beaucoup plus de place à l'acoustique du lieu où il se trouve et à l'environnement sonore global. Quant à la dernière piste, qui ne fait pas partie de la commande originelle d'Arika, c'est une édition et un mixage des trois précédentes pistes qui ressemble beaucoup à ce qu'on peut attendre d'une pièce de musique concrète, avec ses rythmes et ses mélodies bruitistes et environnementaux.

Voilà. Il y aurait beaucoup à dire, mais je n'y tiens pas. Je pense que rien ne vaut l'expérience vraiment singulière de l'écoute de ce disque. Une expérience qui pose question sur l'écoute, sur la matière musical, sur la perception générale et musicale, sur l'audition dans un environnement intime ou public, sur l'interprétation et plein d'autres choses. Et c'est cette remise en question ainsi que le fait que les questions soient la matière musicale elle-même qui font que Home: Handover est une oeuvre si perturbante, une suite de pièces qui nous plonge dans la confusion  la plus totale en faisant perdre tous les repères possibles. C'est pour cette raison que je trouve ce disque admirable, profond, et unique. Je n'ai pas envie de le commenter plus que ça, car je ne me sens pas de le faire, je me sens trop dépassé par cet univers qui s'ouvre, et c'est pour cette raison que je l'aime, car il ouvre réellement de nouvelles perspectives.

JEAN-LUC GUIONNET/ERIC LA CASA - Home: Handover (4CD, Potlatch, 2014) : lien

7 commentaires:

  1. blah blah 'moi je' complètement nul et mal écrit, où est la musique dans tout ça ?

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    1. Cher "Anonyme", auriez-vous de la boue dans les oreilles, les yeux et plein le cœur ?

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    2. Second Anonyme défendant le Premier Anonyme : une chronique qui regorge de "je n'ai pas envie de le commenter" et autres "je n'ai pas très envie de" n'a pas besoin d'être publiée, et d'autant moins quand elle est, objectivement, c'es vrai, très mal écrite. Monsieur Duplant, la boue, ma boue (je suis très sérieux), mérite davantage d'égards : ne donnez pas de leçons à VOS auditeurs - ou donnez votre adresse afin que je vous réexpédie vos disques achetés ces dernières années.

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  2. Bon, bien écrit, mal écrit, on s'en fout non? c'est juste un blog avec des chroniques de disque, pas une thèse de philo ni un recueil de poésie...
    Et pour cette chronique, effectivement j'avais pas envie de commenter les enjeux ou les idées de ce disque, mais juste de parler de comment je l'ai reçu, et de comment il est conçu pour le présenter brièvement. Et la plupart des chroniques publiées ici sont comme ça, j'essaie juste de dire comment j'ai entendu les disques, les ai ressentis, et en quoi consistent ces disques. Elles sont toutes à peu près pareilles, plus ou moins ratées ou réussies.
    La question, c'est pas de savoir si elles doivent être publiées, mais si elles doivent être lues...

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    1. Ne seriez-vous pas la plume de Jean-Marc Ayrault, Julien ?! Je vous éviterai dorénav(r)ant. Merci.

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  3. En attendant la chronique, que je trouve personnellement très bien, a été reprise sur le site du label, ce qui est quand même le signe qu'il n'y a pas d'incongruité dedans ni de contre-sens. Je ne sais si elles doivent être lues mais elles ont le mérite d'être très lisibles... C'est déjà pas mal.

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