Tetuzi Akiyama, Jason Kahn, Toshimaru Nakamura - ihj / ftarri

Sur ihj / ftarri (références aux deux lieux qui ont accueilli les performances présentées sur ce disque), on se retrouve face à trois figures dorénavant légendaires des musiques électroniques et improvisées : Tetuzi Akiyama (guitare), Jason Kahn (synthétiseur analogique), et Toshimaru Nakamura (table de mixage bouclée sur elle-même). Donc, il n'est certainement pas besoin de présenter ces monstres des musiques réductionnistes et électroniques, je pense que tous les lecteurs de cette page les connaissent.

En 2012, Jason Kahn faisait une tournée au Japon, durant laquelle il en a profité pour rencontrer de nombreux musiciens, ou rejouer avec de nombreux autres, collaborations qui sont présentées sur plusieurs disques récents (Yugue, Two Sunrises). Ainsi, durant cette résidence au Japon, c'était l'occasion pour l'artiste suisse d'origine américaine de retrouver deux collaborateurs avec qui il avait déjà joué, Akiyama et Nakamura, deux des principales figures du mouvement onkyo. Et c'est avec plaisir que j'ai découvert cette rencontre très fertile.

Akiyama, avec une simple guitare folk, produit des notes et des accords disséminés, espacés et distants, Jason Kahn, au synthé analogique, fabrique régulièrement des nappes ou des formes de bourdons en mouvement, du bruit de fond hautement imprégné de vie, de motifs aléatoires et de filtrages constants, et Nakamura agite sa table de mixage pour produire des interventions hachurées, découpées, soudaines et brusques, des interventions corrosives et dures. Trois langages personnels et créatifs s'entremêlent pour former des mélodies, des boucles, des échantillonnages, des interruptions ; en langage plastique, on parlerait peut-être de formes circulaires, linéaires, longilignes et de points. Et si on continue dans ce sens, on pensera toujours à Kandisky et une sorte une sorte d'entrelacement très équilibré de formes et de couleurs.

La musique de ce trio n'est pas réductionniste, ni électroacoustique au sens académique. Bien sûr, ça ressemble à de l'improvisation électroacoustique, c'est d'ailleurs de l'eai, mais de l'improvisation régie pour une écoute très attentive et qui prend pleinement en compte les personnalités de chacun, et surtout de l'improvisation régie par des idées musicales fortes, des langages bien ancrés, dirigée par une virtuosité incontestable et un sens de l'à-propos indéniable. Bref, deux excellentes improvisations électroacoustiques, riches, denses, intenses et créatives. Conseillé.

TETUZI AKIYAMA, JASON KAHN, TOSHIMARU NAKAMURA - ihj / ftarri (CD, winds measure, 2014) : lien

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