Sur ihj / ftarri (références aux deux lieux qui ont accueilli les performances présentées sur ce disque), on se retrouve face à trois figures dorénavant légendaires des musiques électroniques et improvisées : Tetuzi Akiyama (guitare), Jason Kahn (synthétiseur analogique), et Toshimaru Nakamura (table de mixage bouclée sur elle-même). Donc, il n'est certainement pas besoin de présenter ces monstres des musiques réductionnistes et électroniques, je pense que tous les lecteurs de cette page les connaissent.
En 2012, Jason Kahn faisait une tournée au Japon, durant laquelle il en a profité pour rencontrer de nombreux musiciens, ou rejouer avec de nombreux autres, collaborations qui sont présentées sur plusieurs disques récents (Yugue, Two Sunrises). Ainsi, durant cette résidence au Japon, c'était l'occasion pour l'artiste suisse d'origine américaine de retrouver deux collaborateurs avec qui il avait déjà joué, Akiyama et Nakamura, deux des principales figures du mouvement onkyo. Et c'est avec plaisir que j'ai découvert cette rencontre très fertile.
Akiyama, avec une simple guitare folk, produit des notes et des accords disséminés, espacés et distants, Jason Kahn, au synthé analogique, fabrique régulièrement des nappes ou des formes de bourdons en mouvement, du bruit de fond hautement imprégné de vie, de motifs aléatoires et de filtrages constants, et Nakamura agite sa table de mixage pour produire des interventions hachurées, découpées, soudaines et brusques, des interventions corrosives et dures. Trois langages personnels et créatifs s'entremêlent pour former des mélodies, des boucles, des échantillonnages, des interruptions ; en langage plastique, on parlerait peut-être de formes circulaires, linéaires, longilignes et de points. Et si on continue dans ce sens, on pensera toujours à Kandisky et une sorte une sorte d'entrelacement très équilibré de formes et de couleurs.
La musique de ce trio n'est pas réductionniste, ni électroacoustique au sens académique. Bien sûr, ça ressemble à de l'improvisation électroacoustique, c'est d'ailleurs de l'eai, mais de l'improvisation régie pour une écoute très attentive et qui prend pleinement en compte les personnalités de chacun, et surtout de l'improvisation régie par des idées musicales fortes, des langages bien ancrés, dirigée par une virtuosité incontestable et un sens de l'à-propos indéniable. Bref, deux excellentes improvisations électroacoustiques, riches, denses, intenses et créatives. Conseillé.
TETUZI AKIYAMA, JASON KAHN, TOSHIMARU NAKAMURA - ihj / ftarri (CD, winds measure, 2014) : lien
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Jason Kahn & Bryan Eubanks
Si j’ai déjà entendu plusieurs projets auxquels a participé Bryan Eubanks, je pense qu’Anamorphosis
est le premier solo que j’entends de ce musicien américain résidant en
Allemagne. Edité sur son propre label, ce disque regroupe trois compositions
qui datent de 2011 et 2012, réalisées aux Etats-Unis et à Berlin, entre mai
2012 et juillet 2013. Ce solo est aussi l’occasion d’entendre des pièces
beaucoup plus structurées et écrites que d’habitude, des pièces clairement
écrites et plus minimales, qui n’ont rien à voir avec les nombreux duos
d’improvisation électroacoustique ou de post-eai et autres projets où officiait
Bryan Eubanks, à l’électronique et au saxophone.
La première pièce présentée est sans doute ma préférée de ce
disque. Il s’agit d’une composition d’un quart d’heure pour field recordings,
bruit, sinusoïdes et saxophone soprano ; une pièce intitulée Double Portrait. La notion de double et
de dichotomie est le concept fondamental dans l’écriture de cette pièce sans
aucun doute. Bryan Eubanks utilise une sinusoïde et de longues notes tenues au
saxophone soprano à la même fréquence, ou légèrement désaccordées. Puis toutes
les cinq secondes, pour une durée exacte de cinq secondes, soit un
enregistrement du tintement d’une cloche avec du trafic urbain soit un
enregistrement aux environs d’une gare ferroviaire apparaît par-dessus la
longue vague de fréquences accordées ou nom. Le bruit quotidien est ici opposé
à la forme de la musique, il est également mis en forme pour devenir musical,
mais il est aussi, comme chez Pisaro, rendu musical grâce au jeu des fréquences
qui se superposent ou se fondent les unes aux autres. La réalisation est
précise et méticuleuse, la structure est rigoureuse, simple et puissante, tout
est réuni pour faire une pièce passionnante et forte en somme. Spectral Pattern est une autre pièce
également composée en 2012 et réalisée à Berlin. Pas de doute, il s’agit aussi
d’une œuvre minutieusement écrite, mais dont la structure paraît plus
fluctuante, moins systématique, et qui semble aussi opposer deux éléments. Ce
ne sont plus le bruit et la musique ici, mais les réalisations instrumentales
et électroniques qui s’opposent. La partie électronique est composée d’une
sorte de fréquence pulsée, une fréquence dont la hauteur et le rythme peuvent
progressivement varier, elle dure une bonne partie des trente minutes de cette
pièce, jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par un bruit blanc. Si cette partie
électronique est continue, les parties instrumentales sont quant à elles
discontinues. Elles arrivent à intervalles réguliers d’un peu de moins d’une
minute pour une dizaine de secondes maximum. Il s’agit d’accords composés de
sinusoïdes, d’une note tenue au soprano, et de deux notes au violon alto
(jouées par Catherine Lamb et Johnny Chang). Des accords à l’unisson, avec une
prédominance des cordes au début, et quand apparaît le bruit, avec une
prédominance du soprane et de la sinusoïde, et là encore, si l’unisson est
parfaite entre quelques sources, les fréquences tendent à s’écarter au fur et à
mesure et à créer des battements dus aux intervales microtonaux. Une belle
composition claire où la structure oppose divers éléments continus et
discontinus, électroniques et instrumentaux, précis et fluctuants. Aussi clair
et précis que beau et fort. La dernière pièce de ce disque, qui dure une
quinzaine de minutes, est celle à laquelle j’ai le moins accroché, peut-être en
partie parce que les dichotomies sont moins présentes. Enclosed Space Phenomena est une composition de 2011 qui a été
enregistrée dans une citerne de Fort Warden aux Etats-Unis. Des sinusoïdes sont
mises en résonances dans cette citerne et tout un jeu de questions et de
réponses, d’échos et de réverbérations a lieu dans cette large cuve métallique.
Une exploration de l’interférence entre les différentes fréquences ainsi qu’une
recherche sur les liens entre l’espace de diffusion (très spécifique) et le
son ; c’est original, l’atmosphère est vraiment singulière :
harmonieuse et onirique, éthérée et limpide, mais c’est comme si les idées de
base manquaient de force ou d’intérêt, elles ne paraissent pas aussi riches que
celles qui guident les deux premières compositions en tout cas.
En bref, Bryan Eubanks semble avoir choisi la voix de
l’écriture et de la composition, des idées directrices et des structures
formelles et rigoureuses dorénavant. De tout ce que j’ai entendu de ce musicien
auparavant, je n’ai jamais trouvé qu’il était un grand virtuose en quelque
sorte, mais que ce qui faisait sa force, c’étaient surtout les idées qui
étaient derrière. Bryan Eubanks n’est pas un instrumentiste virtuose, mais il a
des idées musicales singulières et fortes, et cette nouvelle orientation vers
l’écriture est certainement un choix qui met beaucoup plus en valeur chacune de
ses excellentes idées musicales. Recommandé en tout cas.
Américain émigré en Suisse depuis pas mal d'années maintenant, Jason Kahn est également un musicien reconnu pour sa pratique de l'électronique, même s'il officie également à la batterie et à la voix maintenant. C'est aussi un musicien qui a eu de nombreuses occasions de pratiquer l'improvisation, mais qui a tendance à s'en écarter de plus en plus. Preuve en est Noema, le dernier vinyle qu'il vient de publier sur son propre label.
Ce disque regroupe 37 petites pièces enregistrées en 2012 lors d'une résidence au Japon. Il s'agit uniquement de field-recordings, d'enregistrements en tous lieux et en tous genres, édités et mixés en 2013 à Zurich. Un peu de la même manière que Bryan Eubanks, je n'admire pas Jason Kahn pour sa virtuosité, mais pour la force de ses idées le plus souvent. Et ici, c'est encore le cas. Les enregistrements de Kahn ne sont pas tellement exceptionnels, leur mixage non plus. Mais l'écoute et la sensibilité de Kahn doivent bien l'être pour que ces enregistrements se révèlent aussi passionnants. Il y a quelque chose de profondément musical dans ces enregistrements, Kahn a su capter une ambiance sonore particulière lors de chaque enregistrement (qu'il contienne ou non de la musique). Qu'il soit dans un temple bouddhiste, dans un parc, un magasin, une station de métro, un restaurant, ou que sais-je encore, dans tous les lieux qu'il a eu l'occasion de visiter et d'explorer durant ces quelques mois, Jason Kahn a su capter comme l'essence sonore de ces lieux. Les enregistrements décrivent très bien l'atmosphère des lieux, et semblent capturés pour leur intérêt sonore et musical, mais lors du mixage, Jason Kahn a également su rendre compte de sa manière d'envisager chaque atmosphère, de rendre compte d'environnements drôles, intrigants, oppressants, austères, bruyants, calmes, musicaux, bruitistes, mystiques, citadins, naturels, etc.
Il ne s'agit pas là d'une grande composition de musique concrète, ni de field-recordings remarquables. Il s'agit de partager des moments sonores avec un musicien à l'oreille et à l'attention fines. De partager des ressentis, des impressions sonores, et des souvenirs. C'est fin, personnel et sensible, c'est beau et intime.
J'en profite pour parler de la première publication sur le label Editions, géré par Jason Kahn et consacré uniquement à ses travaux. Il s'agit d'un LP édité en 2011 et intitulé On Metal Shore. Sur ce disque, Jason Kahn utilise principalement des sources acoustiques, instrumentales ou non, mais toujours métalliques. Muni de cylindres industriels, de cymbales, et d'objets divers, Jason Kahn met ces différents outils en vibration grâce à des baguettes, à d'autres objets, ou capte leur vibration "interne" avec des transducteurs.
Ainsi il compose une longue pièce sur les différentes vibrations possibles du métal, les vibrations d'objets trouvés comme d'instruments prennent tout de suite un sens musical et s'inscrivent dans un long continuum d'harmoniques, de percussions incantatoires. La résonance de ces objets, ainsi que leur inscription dans l'espace (extérieur ou studio), leur richesse harmonique, tous ces éléments ont quelque chose de cosmique. La musique de Jason Kahn parvient toujours à toucher l'essentiel je trouve. Ici, elle trouve l'essence du métal, à travers le mixage des différents enregistrements, à travers le choix varié des instruments et outils, à travers les différentes manières de les faire résonner, ainsi qu'à travers la relation avec l'environnement. Et cette musique paraît cosmique dans le sens où tous les éléments semblent se rejoindre dans cette composition, il y a quelque chose d'organique dans cette approche du son et dans le travail de composition.
Jason Kahn a composé avec On Metal Shore une excellente pièce qui explore de manière très sensible et organique les qualités sonores du métal sous différentes formes. Un long continuum d'harmoniques fantomatiques, de résonances lourdes, et de poésie métallique. Excellent travail sur la percussion.
En 2011, je me rappelle de la très bonne surprise que j'ai eu en découvrant la première publication du duo Bryan Eubanks & Jason Kahn, collaboration qui date pourtant de 2008 maintenant. On y retrouvait le premier à l'électronique surtout ("circuits ouverts") et le second au synthétiseur modulaire. Mais aujourd'hui, pour ce nouveau disque, le duo des deux musiciens natifs des Etats-Unis propose une nouvelle formule avec Jason Kahn à la batterie cette fois enc ompagnie de Bryan Eubanks au saxophone soprano, aux oscillateurs, à la radio et à "l'open-circuit feedback", ce que le titre du disque ne manque pas de souligner : tout simplement drums saxophone electronics.
Cinq courtes imrpvosations sont proposées sur ce disque, et toujours, comme on peut s'y attendre, il ne s'agit pas tant d'improvisations virtuoses ou techniques, mais d'une attention subtile au son et d'idées musicales fortes. Que ce soit Eubanks à l'électronique ou Kahn à la batterie, les deux musiciens s'intéressent surtout à produire un type de son précis, une certaine texture, et explore ensuite l'interaction possible entre les deux. Il ne s'agit pas non plus de chercher la facilité (de frotter les cymbales par exemple), le duo cherche bien à explorer des techniques plus personnelles ou pas trop communes en tout cas, il joue sur la percussion des peaux, sur des textures électroniques limpides et claires, mais le duo cherche surtout les points d'accroche entre les instruments et les sons. Eubanks & Kahn explorent les différentes croisées possibles entre le son produit par une batterie et des baguettes, et le son des parasites électroniques et des oscillateurs.
Des nappes électroniques ou instrumentales (avec le saxophone) enrichissent la palette sonore de Jason Kahn, ses percussions légères, sinueuses et fluides sont complétées par des lignes claires, pures et droites. Aucun son n'est gratuit tout est complémentaire. Une musique qui ressemble à de l'improvisation électroacoustique, mais qui tente d'innover en esquivant certaines facilités (l'électronique harsh et découpée, les cymbales frottées, etc.). Mais surtout, une musique qui démontre encore une fois la finesse et la sensibilité de l'écoute de ces deux musiciens. Du bon travail.
J'en profite pour parler de la première publication sur le label Editions, géré par Jason Kahn et consacré uniquement à ses travaux. Il s'agit d'un LP édité en 2011 et intitulé On Metal Shore. Sur ce disque, Jason Kahn utilise principalement des sources acoustiques, instrumentales ou non, mais toujours métalliques. Muni de cylindres industriels, de cymbales, et d'objets divers, Jason Kahn met ces différents outils en vibration grâce à des baguettes, à d'autres objets, ou capte leur vibration "interne" avec des transducteurs.
Ainsi il compose une longue pièce sur les différentes vibrations possibles du métal, les vibrations d'objets trouvés comme d'instruments prennent tout de suite un sens musical et s'inscrivent dans un long continuum d'harmoniques, de percussions incantatoires. La résonance de ces objets, ainsi que leur inscription dans l'espace (extérieur ou studio), leur richesse harmonique, tous ces éléments ont quelque chose de cosmique. La musique de Jason Kahn parvient toujours à toucher l'essentiel je trouve. Ici, elle trouve l'essence du métal, à travers le mixage des différents enregistrements, à travers le choix varié des instruments et outils, à travers les différentes manières de les faire résonner, ainsi qu'à travers la relation avec l'environnement. Et cette musique paraît cosmique dans le sens où tous les éléments semblent se rejoindre dans cette composition, il y a quelque chose d'organique dans cette approche du son et dans le travail de composition.
Jason Kahn a composé avec On Metal Shore une excellente pièce qui explore de manière très sensible et organique les qualités sonores du métal sous différentes formes. Un long continuum d'harmoniques fantomatiques, de résonances lourdes, et de poésie métallique. Excellent travail sur la percussion.
En 2011, je me rappelle de la très bonne surprise que j'ai eu en découvrant la première publication du duo Bryan Eubanks & Jason Kahn, collaboration qui date pourtant de 2008 maintenant. On y retrouvait le premier à l'électronique surtout ("circuits ouverts") et le second au synthétiseur modulaire. Mais aujourd'hui, pour ce nouveau disque, le duo des deux musiciens natifs des Etats-Unis propose une nouvelle formule avec Jason Kahn à la batterie cette fois enc ompagnie de Bryan Eubanks au saxophone soprano, aux oscillateurs, à la radio et à "l'open-circuit feedback", ce que le titre du disque ne manque pas de souligner : tout simplement drums saxophone electronics.
Cinq courtes imrpvosations sont proposées sur ce disque, et toujours, comme on peut s'y attendre, il ne s'agit pas tant d'improvisations virtuoses ou techniques, mais d'une attention subtile au son et d'idées musicales fortes. Que ce soit Eubanks à l'électronique ou Kahn à la batterie, les deux musiciens s'intéressent surtout à produire un type de son précis, une certaine texture, et explore ensuite l'interaction possible entre les deux. Il ne s'agit pas non plus de chercher la facilité (de frotter les cymbales par exemple), le duo cherche bien à explorer des techniques plus personnelles ou pas trop communes en tout cas, il joue sur la percussion des peaux, sur des textures électroniques limpides et claires, mais le duo cherche surtout les points d'accroche entre les instruments et les sons. Eubanks & Kahn explorent les différentes croisées possibles entre le son produit par une batterie et des baguettes, et le son des parasites électroniques et des oscillateurs.
Des nappes électroniques ou instrumentales (avec le saxophone) enrichissent la palette sonore de Jason Kahn, ses percussions légères, sinueuses et fluides sont complétées par des lignes claires, pures et droites. Aucun son n'est gratuit tout est complémentaire. Une musique qui ressemble à de l'improvisation électroacoustique, mais qui tente d'innover en esquivant certaines facilités (l'électronique harsh et découpée, les cymbales frottées, etc.). Mais surtout, une musique qui démontre encore une fois la finesse et la sensibilité de l'écoute de ces deux musiciens. Du bon travail.
BRYAN EUBANKS - Anamorphosis (CD, Sacred Realism, 2014) : lien
Jason Kahn, Takahiro Yamamoto, Takaji Naka - Yugue
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| JASON KAHN/TAKAHIRO YAMAMOTO/TAKAJI NAKA - Yugue (akuseku, 2014) |
Improvisations bruitistes et parasitaires avec ondes radio, larsens corrosifs, souffles de saxophone, techniques étendues, silences et nombreuses ruptures dynamiques. Les objets et les instruments sont manipulés avec soin et précision, quand une action a lieu, elle n'a jamais lieu pour rien. Chaque intervention sert à dessiner un espace, ou à le fracturer, cherche à agrandir l'espace, ou à le réduire ; en jouant notamment sur les volumes et la densité. En tout cas, ce n'est jamais gratuit, et chaque musicien semble très bien savoir ce qu'il fait. Même si c'est improvisé (enfin j'imagine), les musiciens font attention à la forme, à ne jamais jouer trop longtemps sur une dynamique donnée ou sur un volume et une densité trop forts. De la même manière, on passe de textures très simples ou très silencieuses à des beaucoup plus complexes, denses ou fortes. Récemment, je réécoutais Conflagration de Ground Zero, et ce trio m'y fait aussi un peu penser, du moins dans les sons utilisés, avec une forme plus proche de l'improvisation libre et de l'eai que du zapping "précieux" de GZ.
Quant à la seconde pièce, plus calme et linéaire, avec moins de rupture, elle sonne aussi plus instrumentale. Peut-être que Takuji Naka utilise plus son saxo que dans la précédente, et Jason Kahn n'est plus là, en tout cas, on est plus dans un territoire proche de l'eai et du réductionnisme, avec une espèce d'ambiance un peu industrielle. Les deux musiciens jouent sur des textures métalliques et sombres dans une atmosphère poisseuse et inquiétante. Une longue improvisation post-tout. Il n'y a plus de différence entre les instruments, les objets, l'électronique, l'acoustique, la réverbération naturelle et les effets, tout est déshumanisé et remis à niveaux égaux.
Un trio avec Jason Kahn peut-être convenu mais jouissif, et une belle découverte pour ce duo sombre et créatif qui navigue sur un territoire très personnel. Beaucoup de choses sont convenues et attendues, telles les techniques étendues au saxo et la radio de Kahn par exemple, mais l'atmosphère et l'ambiance générales de ce disque sont vraiment particulières. Du bon travail en somme.
Jason Kahn & Tim Olive - Two Sunrise
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| JASON KAHN & TIM OLIVE - Two Sunrise (845 audio, 2014) |
Two Sunrise documente la première collaboration entre Tim Olive (musicien canadien installé aujourd'hui au Japon) et Jason Kahn (artiste américain installé en Suisse), lors d'une tournée japonaise, qui nous montre donc surtout la facette de Jason Kahn en tant qu'improvisateur à l'électronique. Un duo purement électronique, harsh et abrasif mais espacé et aéré tout de même. Tim Olive se sert ici d'une sorte de guitare préparée à une corde en utilisant surtout les pick-ups tandis que Jason Kahn est crédité à l'électronique (table de mixage, pédales et synthé analogique je pense).
La musique proposée par ce duo fait partie de ces nouvelles formes d'improvisation électroacoustique dont on ne sait pas vraiment s'il faut les qualifier de purement abstraites ou de vraiment concrètes. D'un côté, c'est du bruit pur, des parasites électriques et électroniques, des vibrations matérielles transformées en électricité puis en son, des larsens, etc. Mais d'un autre côté, c'est de l'électronique très organique au sens où les musiciens agissent avec leur corps plus qu'avec des potards pour produire le son. La musique de ce duo laisse ressentir l'action corporelle des musiciens comme s'ils utilisaient un instrument. Car les deux musiciens semblent utiliser de nombreuses sources concrètes et matérielles (pas seulement électroniques je veux dire). Des objets métalliques, des sortes de percussions, ce qui reste de la guitare, tout ce qui peut tomber sous la main est transformé en électricité et forme une source sonore potentielle et réelle. La matière sonore composée par le duo est vraiment puissante car très organique, elle forme un superbe mélange d'abstraction pure et d'action concrète sur le matériau.
Quant à la forme, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une sorte d'improvisation libre électroacoustique. De nombreuses ruptures avec des blocs ultra denses qui succèdent à des sortes de plages plus contemplatives. Le duo est dans le son avant tout, il plonge dans la matière sonore de manière apparemment très spontanée et instantanée et réfléchit dans l'action à la forme que prend la matière sonore. En tout cas, j'aime beaucoup le subtil mélange d'actions physiques et d'abstraction parasitaire, l'équilibre entre l'utilisation organique d'objets concrets et l'utilisation plus froide mais tout aussi réfléchie de parasites électroniques plus statiques. Une rencontre intense, originale, dure, abrasive et recherchée.
JASON KAHN
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| JASON KAHN - Things fall apart (Herbal International, 2013) |
Les quatorze pièces sont très variées et disparates : on trouve aussi bien des recherches très abstraites à base de fréquences radios, ou d'amplifications saturées d'objets, que des pièces pour batterie qui renouent avec la pulsation et le rythme, ou encore pour les pièces vocales (très surprenantes et belles) un retour au lyrisme et à la mélodie. Néanmoins, quelque soit le mode de jeu utilisé, Jason Kahn joue surtout sur la diffusion du son dans l'espace et prend énormément de soin à choisir chaque son. Une grande attention est portée à la réalité physique du son, de l'espace dans lequel il est projeté, et à l'interaction de ces éléments. Toutes les pièces sont donc quand même reliées par cet intérêt minutieux pour le lien qui existe entre le son et l'architecture, aux phénomènes et aux mouvements acoustiques en général. Et c'est ce qui fait certainement tout le charme de la musique de JK, cette attention précise et méticuleuse au son, pris dans ses dimensions physiques d'un côté, mais aussi poétiques pour ce que chaque son évoque et pour les émotions qu'il suscite.
Chaque pièce, même si elle est courte, est très soignée et réfléchie. Elle n'est pas beaucoup développée, mais on sent le travail qui s'est accompli derrière. Et c'est l'autre intérêt de ce disque je pense. Pour quiconque s'intéresse de près ou de loin au travail de JK, c'est passionnant de percevoir comment ont été travaillées chacunes des propositions soniques qu'il a pu faire. Car en séparant chaque élément, on perçoit d'autant mieux comment il a pu les utiliser et les intégrer dans des structures plus complexes auparavant. Et en utilisant une matière plus réduite, on perçoit aussi d'autant mieux comment il travaille le rapport du son au lieu d'enregistrement.
Quatorze pièces très variées et passionnantes pour les amateurs de JK. Une session d'enregistrement éclairante et intéressante, qui nous révèle certaines méthodes et certaines facettes insoupçonnées de son travail. Mais même sans s'intéresser aux travaux précédents de JK, ces quatorze miniatures sont en elles-mêmes suffisamment riches et denses, précises et attentionnées dans leur rapport à l'espace, pour valoir le coup d'oreille.
Le duo Jason Kahn & Richard Francis a été publié il y a maintenant quatre ans. Il s'agit d'une suite de quatre pièces enregistrées entre septembre 2007 et juin 2008 à Oakland, Zürich et Grenoble, sur lesquelles on retrouve le premier aux percussions et au synthétiseur analogique et le second à l'ordinateur et à l'électronique.
Un disque sans titre, composé de pièces sans titres non plus. Peu de place est laissée ici à l'imaginaire et aux références. Kahn et Francis construisent leur musique de manière épurée et abstraite - en lien toujours avec l'acoustique des lieux où ils jouent. Il s'agit de quatre pièces assez statiques, qui évoluent par micro-variations, par instabilités, et de manière progressive. Les quatre pièces sont linéaires et se construisent par superposition de deux couches sonores : un couche de percussions non-pulsées instables et fébriles, une couche de textures abrasives. Ce n'est pas joué fort, il n'y a pas de rupture, mais on est loin du drone et de l'ambient. Ce qui guide les progressions semble être le son lui-même, Kahn et Francis modifient légèrement les textures en fonction de la réverbération et de la projection du son. Les deux musciens se laissent guider par le lieu et par les textures simples mais denses de parasites acoustiques et électroniques, comme par les nappes numériques plus stables.
Un duo plutôt statique de musique électroacoustique abstraite et minimaliste, où les différents types de sources se confondent et importent peu, où les musiciens agissent en vertu du son lui-même et de l'espace de diffusion. Une musique impersonnelle où les musiciens se débarassent de leurs intentions pour mieux laisser vivre la réalité acoustique elle-même, épurée et froide, mais riche et efficace.
Autre duo encore différent des deux albums chroniqués ci-dessus, Fronts est une collaborationde Jason Kahn et Mark Trayle que j'entends je pense pour la première fois ici ; collaboration publiée en cassette. Enregistrées en live à Zürich et Genève, ces deux pièces sont beaucoup moins épurées que le dernier solo de Kahn ou sa collaboration avec Richard Francis. On le retrouve ici au synthétiseur analogique, aux fréquences radio et à la table de mixage - dispositif assez courant chez Jason Kahn - tandis que Mark Trayle est à la guitare et à l'électronique.
Le duo propose donc deux pièces qui durent entre 15 et 20 minutes, deux pièces vives et mouvementées, qui ont l'air d'être en grande partie improvisées. Elles ne sont pas spécialement fortes, ni très énergiques, mais il se passe toujours quelque chose de nouveau, tout en maintenant une forme de cohérence assurée par les longues fréquences radio et par la minutie de Kahn de manière générale. La musique est souvent tendue, brute, abstraite et composée de sons très physiques tels que les larsens ou le frottement des micro-contacts de la guitare. Ce n'est pas exceptionnel mais pour qui s'intéresse au noise brut, dur, et abstrait sans jouer sur l'intensité et des volumes très forts, pour qui s'intéresse au noise sous une forme plus proche de l'improvisation et de la musique électroacoustique, ça peut être intéressant, mais ça reste je trouve assez inégal dans l'ensemble : on navigue souvent entre de très bonnes trouvailles et des éléments lassants.
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| JASON KAHN & RICHARD FRANCIS - sans titre (Monochrome Vision, 2009) |
Un disque sans titre, composé de pièces sans titres non plus. Peu de place est laissée ici à l'imaginaire et aux références. Kahn et Francis construisent leur musique de manière épurée et abstraite - en lien toujours avec l'acoustique des lieux où ils jouent. Il s'agit de quatre pièces assez statiques, qui évoluent par micro-variations, par instabilités, et de manière progressive. Les quatre pièces sont linéaires et se construisent par superposition de deux couches sonores : un couche de percussions non-pulsées instables et fébriles, une couche de textures abrasives. Ce n'est pas joué fort, il n'y a pas de rupture, mais on est loin du drone et de l'ambient. Ce qui guide les progressions semble être le son lui-même, Kahn et Francis modifient légèrement les textures en fonction de la réverbération et de la projection du son. Les deux musciens se laissent guider par le lieu et par les textures simples mais denses de parasites acoustiques et électroniques, comme par les nappes numériques plus stables.
Un duo plutôt statique de musique électroacoustique abstraite et minimaliste, où les différents types de sources se confondent et importent peu, où les musiciens agissent en vertu du son lui-même et de l'espace de diffusion. Une musique impersonnelle où les musiciens se débarassent de leurs intentions pour mieux laisser vivre la réalité acoustique elle-même, épurée et froide, mais riche et efficace.
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| JASON KAHN & MARK TRAYLE - Fronts (Khalija, 2013) |
Le duo propose donc deux pièces qui durent entre 15 et 20 minutes, deux pièces vives et mouvementées, qui ont l'air d'être en grande partie improvisées. Elles ne sont pas spécialement fortes, ni très énergiques, mais il se passe toujours quelque chose de nouveau, tout en maintenant une forme de cohérence assurée par les longues fréquences radio et par la minutie de Kahn de manière générale. La musique est souvent tendue, brute, abstraite et composée de sons très physiques tels que les larsens ou le frottement des micro-contacts de la guitare. Ce n'est pas exceptionnel mais pour qui s'intéresse au noise brut, dur, et abstrait sans jouer sur l'intensité et des volumes très forts, pour qui s'intéresse au noise sous une forme plus proche de l'improvisation et de la musique électroacoustique, ça peut être intéressant, mais ça reste je trouve assez inégal dans l'ensemble : on navigue souvent entre de très bonnes trouvailles et des éléments lassants.
Libellés :
-Herbal International,
-Khalija,
-Monochrome Vision,
Jason Kahn,
Mark Trayle,
Richard Francis
[jason kahn]
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| JASON KAHN - For Angel (48 Laws, 2013) |
Pour ce concert enregistré dans un monastère, Jason Kahn a structuré sa pièce en une sorte de long crescendo où quelques fréquences se surajoutent les unes aux autres. Un continuum ininterrompu où chaque fréquence prend le temps de se déployer dans l'espace, de se répercuter et de revenir à son point de départ avant qu'une autre s'ajoute à son mouvement. Des fréquences qui vont de la sinusoïde ultrabasse au bruit rose, généralement statiques, et qui forment des blocs massifs. On a donc pas le temps de s'ennuyer devant cette suite de blocs continus et linéaires qui s'enchaînent et se superposent progressivement jusqu'au decrescendo final de dix minutes. Les successions et juxtapositions se font naturellement, quand les blocs ont fini d'investir l'espace, les différentes "parties" ne sont donc ni trop courtes ni trop longues, juste le temps qu'il faut pour bien investir l'espace de diffusion et pour assurer la continuité sans rupture entre chaque élément.
Des ondes, de l'électricité, des fréquences parasitaires, beaucoup d'énergie avec beaucoup de calme, un art subtil du micro-évènement et de l'immersion dans la masse sonore. J'adore.
[informations, présentation & téléchargement gratuit: http://48laws.org/release.php?id=10]
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| JASON KAHN - in place: daitoku-ji + shibuya crossing (winds measure, 2013) |
Peut-être parce que les sons musicaux, électroniques, électroacoustiques ou concrets sont devenus trop connotés et dirigés musicalement, Jason Kahn renverse tout ce système de signifiants en proposant une exploration aussi personnelle qu'objective. Personnelle parce qu'elle ne renvoie qu'à la perception de Kahn, mais objective, parce qu'à travers l'absence de signifiants et de signes sonores et musicaux, on ne peut que se retrouver, de manière très brute et frontale, devant la perception de Jason Kahn, et c'est tout notre système subjectif de référence qui se retrouve nier par ce processus. Un exemple de cette série avait déjà été publié sur une compilation du même label, un exemple que j'avais qualifié de "musique indirecte libre". Car avec ce dispositif, Jason Kahn ne présente plus une pièce sonore, mais présente seulement le processus d'écoute et de perception avant même de le mettre en forme. Du côté théorique je trouve que ce procédé a quelque chose de renversant et de radical, mais du côté pratique, je ne vois pas comment cette idée pourrait être explorer à long terme, il ne faudrait pas qu'elle devienne systématique surtout. Mais pour l'instant, cette idée fraîche est vraiment réjouissante pour les questions et la nouvelle forme de perception qu'elle suscite.
[informations, extraits & présentation de la série par Jason Kahn: http://windsmeasurerecordings.net/catalog/wm33/
une interview de JK sur ce dispositif a déjà été publié sur le site de winds measure pour une compilation sur la phonographie: http://windsmeasurerecordings.net/catalog/wm30/kahnf/]
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| JASON KAHN - Open Space (Editions, 2013) |
Ce que je remarquerais en premier lieu avec cette partition de Jason Kahn (qui l'interprète ici à l'électronique), c'est la connaissance intime des musiciens pour qui il écrit. Car cette composition n'est pas écrite pour tel ensemble d'instruments, mais pour cet ensemble spécifique de musiciens: Chris Abrahams (piano), Laura Altman (clarinette), Monika Brooks (accordéon), Matt Earle & Adam Sussmann (électronique), Rishin Singh (trombone), Aemon Webb (guitare) et John Wilton (percussion). La connaissance du style de chaque musicien, de ses habitudes et de ses affinités esthétiques, a permis à Jason Kahn d'écrire une partition dont la forme prend en compte la personnalité de chacun, et il résulte de ce procédé une interaction intime entre la forme et le contenu, entre l'écriture et l'improvisation, entre la structure et l'interprétation.
Mais le plus remarquable réside dans l'écriture elle-même, dictée d'une part par la connaissance des musiciens mais également par l'intérêt de Jason Kahn pour l'espace. Durant cette pièce en quatre parties qui durent entre 15 et 20 minutes, on ne retrouve jamais les neuf musiciens jouant simultanément. Il s'agit de parties très aérées, de longues plages sonores qui dessinent toutes un paysage particulier, en fonction des interprètes. En fonction des dessins proposés par le compositeur, les interprètes improvisent sur de longues notes continues, sur des répétitions massives mais calmes, sur des bruits imperceptibles, sur des micro-évènements et des progressions très minimales. L'espace est transformé par le compositeur et les improvisateurs en de longues sculptures sonores, des sculptures poétiques et sensibles, des sculptures aux effets plastiques presque tangibles.
Tout un art de la sculpture sonore, de la composition musicale et de l'interaction se retrouvent mis au service de cette pièce, un art que l'on doit d'ailleurs autant au compositeur qu'à chaque interprète. Une sorte de magnifique nuage sonore en transformation permanente, un nuage où se brouillent les frontières entre l'art sonore et la musique, entre la composition et l'improvisation, entre l'interprétation et l'écriture, mais aussi entre l'espace et le temps, la durée et la perception spatiale. Une longue pièce linéaire et monolithique, toute en finesse et en poésie, une pièce superbe. Vivement conseillé.
[présentation, informations, chroniques, extrait & partition: http://jasonkahn.net/editions/catalog/open_space.html]
v-p v-f is v-n (winds measure, 2012)
Un titre
énigmatique pour une compilation qui l’est tout autant. Durant deux heures et
vingt minutes, c’est toute une multitude de pièces phonographiques et de
field-recordings par de nombreux musiciens et artistes sonores internationaux. Les durées de chaque pièce sont très
variables, entre une et quinze minutes... Entre autres, on peut trouver sur
cette compilation les artistes Daniel Blinkhorn, Ben Owen, Jason Kahn, Jez
Riley French, Éric La Casa, Sally McIntyre, Simon Whetham, Patrick Farmer,
Michael J. Schumacher, Lasse-Marc Riek. Pour une description détaillée de
chaque pièce, je vous conseillerais plutôt de vous reporter à la chronique (en
anglais) de Brian sur le blog Just Outside, car ici, je ne m’arrêterais que sur
quelques pièces.
Une des
pièces les plus marquantes de cette compilation a tout d’abord été pour moi gate
de Martin Clarke. Malheureusement, 4
minutes et 51 secondes c’est un peu court. Il semblerait qu’une installation à
base de tuyaux métalliques ait été préparée au bord d’un océan. On entend donc
ici le ressac (l’eau est un élément récurrent sur toute la compilation),
quelques oiseaux, et surtout le vent, le vent en lui-même et celui qui s’engouffre
dans les tuyaux en produisant de magnifiques harmoniques. Toujours sur le
premier CD, on trouvera aussi aqve de Renato Rinaldi. Je pense qu’il s’agit également d’une installation
sonore, en intérieur cette fois, car les outils et machines aux sonorités
industrielles déploient de vastes résonances dans l’espace sonore. Une
merveilleuse construction technique qui permet à un univers sonore déroutant,
onirique et surnaturel d’émerger. Des boucles mécaniques et métalliques pour une
pièce envoutante et absorbante. Ce premier disque est conclu par Jez Riley French avec le suprenant bathroom then barn estonia. Une pièce d'un quart d'heure qui commence par un son aigu faible et léger, comme le discret bruit d'une prise électrique, avant de pénétrer dans une grange bruyante, pleine de vent avant tout, un vent sourd et omniprésent qui fait vibrer certains objets, mais aussi pleine de pigeons qui roucoulent et s'envolent, de coqs et d'oiseaux. Très riche.
S'il y a bien un artiste incontournable dans les champs du field-recording et de l'art sonore, c'est à mon sens Éric La Casa, qui ouvre ce second disque avec night train in montlouis. Un magnifique voyage, statique semble-t-il, à l'intérieur d'un train. Heureusement que le titre l'indique, car je ne suis pas sûr d'avoir réussi à le déterminer sinon, le son est étrange, fantomatique et spectral, on ne sait d'ailleurs pas toujours si l'on est à l'intérieur du train ou sur les rails aux côtés de rapaces nocturnes [correction par Eric: "je
ne suis pas dans le train... mais à des kilomètres... je suis de
l'autre côté de la vallée, et de la Loire, dans lequel ce train passe...
d'où le lointain fantomatique, ce bruit de fond en mouvement... et les
mouettes"]. Juste après vient Sally McIntyre (alias Radio Cegeste) qui nous emmène sur une étrange plage calme avec waiorua rotations. On entend bien évidemment un léger ressac, ainsi que des oiseaux marins (ou non), mais aussi et surtout, ce qui fait toute la puissance de cette pièce, une plaque de fer frappée avec un objet métallique de manière irrégulière. Nature et culture se confronte et se mélange dans une pièce aux allures aléatoires et incantatrices. Magnifique (et en plus elle dure près d'un quart d'heure!). Daniel Blinkhorn revient ici pour la troisième fois avec un étrange enregistrement intitulé small glacier from shoreline où sont diffusés des crépitements étonnants et singuliers, entre le grésillement d'un feu, des bois qui se roulent les uns sur les autres, et du plastique rempli d'eau secoué. Autre enregistrement étonnant, direct et intense, estonian swamp de Simon Whetham. Ce dernier a mixé ici de nombreux enregistrements pris sur un marais estonien avec ses insectes, son coucou, et autres oiseaux. Une grande puissance évocatrice pour une pièce très figurative et pleine de mélodies animales géniales. La pièce qui m'a certainement le plus marqué aux côtés de celles de Sally McIntyre et de Martin Clarke est air conditionner duct de Michael J. Schumacher. Amplification d'un système d'air conditionné qui vire à la noise, des fois à la harsh noise. Des timbres et des textures riches, puissantes, abstraites, abrasives, industrielles et métalliques. Une pièce très dense et intense.
Je n'ai pas parlé des pièces assez courtes (genre moins de cinq minutes) mais certaines valent aussi vraiment le coup. coed-y-dinas de Patrick Farmer avec ses cris et ses hurlements d'oiseaux pris sur une aire d'autoroute ou proche d'un quelconque axe routier assez fréquenté. Ou thames gate de Ben Owen avec ses "mystérieuses" mélodies concrètes sont autant de pièces qui mériteraient certainement d'être plus développées.
De même je n'ai pas encore parlé de Jason Kahn. Avec l'extrait tiré de in place: panorama weg, zurich, JK nous propose une alternative radicale à la phonographie. L'enregistrement ici est celui d'une voix qui nous parle des sons qu'elle perçoit. Qu'est-ce que j'entends, qu'est-ce que je ressens au moment de l'écoute? Pourquoi? Comment? Qu'est-ce que signifie tel ou tel son et à quoi renvoie-t-il dans mon système de perception? Autant de question évoquée directement par Jason Kahn qui m'a directement fait penser avec ce dispositif à Marguerite Duras. Une pièce qu'on pourrait appeler de la "musique indirecte libre". L'évocation poétique d'une perception ou d'une idée, mise en discours censé retranscrire la musique. S'agit-il encore de musique? La question reste ouverte. En tout cas, le dispositif musical mis en marche par Jason Kahn a le don de susciter de nombreuses ouvertures et de véritablement remettre en question l'art sonore et la phonographie.
Voilà, je finis juste par énumérer ceux dont je n'ai pas encore parlé ou que je n'ai pas cité: Hideki Umezawa et Alan Courtis. Bon voyage.
[informations, texte de Jason Kahn sur sa pièce, extraits: http://windsmeasurerecordings.net/catalog/wm30/index.html
compilation parallèle gratuite (.wav et .mp3) avec Michael Northam, Patrick Farmer, Martin Clarke, Stefan Thut, Greg Dixon, Lasse-Marc Riek, Janek Schaefer: http://windsmeasurerecordings.net/catalog/wm30m/]
[Jason Kahn] échos océaniens
Matt Earle / Jason Kahn / Adam Sussmann - Daught (consumer waste, 2012)
Peut-être certains d'entre vous ont déjà entendu ce trio paru l'année dernière en édition gratuite sur le label Avant Whatever (que vous pouvez trouver ici si ça vous intéresse). Sinon, pour les présenter rapidement, il s'agit d'un côté des deux membres du duo Stasis, soit Matt Earle (aka Muura) & Adam Sussmann, accompagnés ici par l'artiste sonore et improvisateur Jason Kahn. Sur ces deux pièces enregistrées à l'occasion d'une tournée en Australie, les trois artistes sonores utilisent tous différentes installations électriques et électroniques (tables de mixage en circuit fermé, radio, synthétiseurs analogiques, etc.).
Il s'agit donc de deux pièces pas évidentes à décrire, deux pièces où tout le monde se répond par des bruits parasites souvent, par des larsens, des grésillements, crépitements, fréquences radio, infrabasses, etc. Quarante minutes d'improvisation électronique glitch et minimale, où les défauts techniques des machines et les résidus sonores occupent le tout premier plan. L'originalité de ce duo est de parvenir à créer une musique dense et riche, tout en étant calme et espacée. Ils ne jouent que rarement fort, tout le monde ne joue pas en même temps, et seuls quelques éléments sonores simples s'imbriquent et se superposent. Une accumulation épurée de matériaux crades, en constante évolution et mutation. On ne sait jamais trop où est-ce qu'on est ni ou est-ce qu'ils vont nous emmener. Le trio parvient à surprendre et à déjouer l'agression sonore pour produire une musique simple et dense, intense et calme simultanément. Deux bonnes performances plutôt singulières.
Richard Francis / Jason Kahn / Bruce Russell - Dunedin (CMR, 2012)
Quittons l'Australie pour Dunedin en Nouvelle-Zélande où a eu lieu cette étonnante rencontre en janvier 2011. Un court (mais excellent!) enregistrement live en compagnie de Richard Francis (synthétiseur modulaire, ordinateur), Jason Kahn (synthétiseur analogique, radio, table de mixage) et Bruce Russell (électronique analogique).
Cette fois, nous n'avons qu'une seule pièce, où les trois univers électriques s’accommodent merveilleusement. Une strate de boucles obsédantes qui donneront le tempo tout au long de la pièce, tissant ainsi un fil conducteur difficilement perturbé, une autre de larsens, une de crépitements radiophoniques, quelques fractures momentanées de bruit blanc, rose, etc. La pièce improvisée ici se fait dans un équilibre étonnant, il s'agit d'un long flux continu qui n'est cependant pas exempt de ruptures (sautes d'intensités, puissance réduite ou augmentée brutalement), les trois musiciens et leur univers sonores respectifs sont différents et variés, mais ils parviennent tout de même à créer une entité sonore qui a quelque chose de monolithique. Le continu et le discontinu, l'un et le multiple, le divisible et l'indivisible, l'ordre et le chaos: voici une manière sensible et musicale de répondre à des dilemmes métaphysiques. Musicale et bruitiste car le trio joue là aussi avant tout sur les imperfections de chaque machine, sur les défauts, les détritus et les défaillances techniques et acoustiques des instruments apportés.
Une très bonne performance plutôt dense et riche, où l'on s'immerge facilement dans cet univers sonore particulier et envoutant, mais aussi très intense. Recommandé.
Peut-être certains d'entre vous ont déjà entendu ce trio paru l'année dernière en édition gratuite sur le label Avant Whatever (que vous pouvez trouver ici si ça vous intéresse). Sinon, pour les présenter rapidement, il s'agit d'un côté des deux membres du duo Stasis, soit Matt Earle (aka Muura) & Adam Sussmann, accompagnés ici par l'artiste sonore et improvisateur Jason Kahn. Sur ces deux pièces enregistrées à l'occasion d'une tournée en Australie, les trois artistes sonores utilisent tous différentes installations électriques et électroniques (tables de mixage en circuit fermé, radio, synthétiseurs analogiques, etc.).
Il s'agit donc de deux pièces pas évidentes à décrire, deux pièces où tout le monde se répond par des bruits parasites souvent, par des larsens, des grésillements, crépitements, fréquences radio, infrabasses, etc. Quarante minutes d'improvisation électronique glitch et minimale, où les défauts techniques des machines et les résidus sonores occupent le tout premier plan. L'originalité de ce duo est de parvenir à créer une musique dense et riche, tout en étant calme et espacée. Ils ne jouent que rarement fort, tout le monde ne joue pas en même temps, et seuls quelques éléments sonores simples s'imbriquent et se superposent. Une accumulation épurée de matériaux crades, en constante évolution et mutation. On ne sait jamais trop où est-ce qu'on est ni ou est-ce qu'ils vont nous emmener. Le trio parvient à surprendre et à déjouer l'agression sonore pour produire une musique simple et dense, intense et calme simultanément. Deux bonnes performances plutôt singulières.
Richard Francis / Jason Kahn / Bruce Russell - Dunedin (CMR, 2012)
Quittons l'Australie pour Dunedin en Nouvelle-Zélande où a eu lieu cette étonnante rencontre en janvier 2011. Un court (mais excellent!) enregistrement live en compagnie de Richard Francis (synthétiseur modulaire, ordinateur), Jason Kahn (synthétiseur analogique, radio, table de mixage) et Bruce Russell (électronique analogique).
Cette fois, nous n'avons qu'une seule pièce, où les trois univers électriques s’accommodent merveilleusement. Une strate de boucles obsédantes qui donneront le tempo tout au long de la pièce, tissant ainsi un fil conducteur difficilement perturbé, une autre de larsens, une de crépitements radiophoniques, quelques fractures momentanées de bruit blanc, rose, etc. La pièce improvisée ici se fait dans un équilibre étonnant, il s'agit d'un long flux continu qui n'est cependant pas exempt de ruptures (sautes d'intensités, puissance réduite ou augmentée brutalement), les trois musiciens et leur univers sonores respectifs sont différents et variés, mais ils parviennent tout de même à créer une entité sonore qui a quelque chose de monolithique. Le continu et le discontinu, l'un et le multiple, le divisible et l'indivisible, l'ordre et le chaos: voici une manière sensible et musicale de répondre à des dilemmes métaphysiques. Musicale et bruitiste car le trio joue là aussi avant tout sur les imperfections de chaque machine, sur les défauts, les détritus et les défaillances techniques et acoustiques des instruments apportés.
Une très bonne performance plutôt dense et riche, où l'on s'immerge facilement dans cet univers sonore particulier et envoutant, mais aussi très intense. Recommandé.
Libellés :
-CMR,
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Adam Sussmann,
Bruce Russell,
Jason Kahn,
Matt Earle,
Richard Francis
copy for your records
Mites - Passing Resemblance (Copy for you records, 2012)
Ceci est ma première rencontre avec Grisha Shakhnes, alias Mites, un artiste sonore israélien. J'ai mis quelques temps à passer outre sa nationalité, mais une fois qu'on se laisse absorber par son œuvre, il n'y a plus rien qui compte. Une œuvre monumentale, remarquable, sombre et dérangeante. Passing Resemblance est une suite de trois pièces aux structures déséquilibrés et aux titres étranges ("you can come and shake my hand"/"comfort"/"why elephants are not allowed to cross a bridge") - qui n'expliquent surtout pas la démarche de Mites. A l'intérieur de ce disque, beaucoup de field-recordings, manipulés et étouffés, distordus et ralentis, qui semblent provenir de cassettes. Hélicoptères, sirènes, coups de feux, tirs de mortiers, radios, prières, paroles, le quotidien d'un pays vindicatif. Mais tout du long, un son lourd, sombre, comme un enregistrement hydrophonique à la Thomas Tilly ou un souffle analogique, field-recordings ou synthèses granulaires? Peu importe, cette ligne apporte une cohésion à des structures pas toujours évidentes (rien que la durée des pièces interroge: 15 minutes, puis 4, et 35 minutes pour finir...). Ceci-dit, la musique est toujours claire, Mites utilise peu d'éléments, il superpose avec une grande sensibilité au son et à son architecture deux ou trois éléments au maximum. Dans un pays dont la réalité est devenue insupportable pour beaucoup, il vaut mieux transformer cette réalité en abstraction. Et Mites produit ici une sorte de musique concrète filtrée et manipulée jusqu'à l'abstraction, dérangeante, qui laisse place à une imagination sombre. On croirait par moments entendre des coups de feux étouffés comme s'ils étaient enregistrés dans une toile de jute au fond d'une cave dissimulée ou d'un bunker. L'ambiance est pesante, obscure, lourde de sens. Mais pas seulement. Car les constructions sonores de Mites sont remarquablement absorbantes, ce sont des plongées immersives à l'intérieur du son et de quelques unes de ses propriétés abstraites. Une suite puissante d'immersions sonores et de constructions abstraites, où Mites sait jouer avec facilité et douceur des différentes dynamiques du son. Recommandé.
Informations et extraits: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr010.html
David Kirby - Cittakarnera (Copy for your records, 2012)
David Kirby est un artiste sonore originaire d'Atlanta, créateur du superbe netlabel homophoni, et dont la musique se situe plutôt dans une veine eai. Son travail est aujourd'hui principalement axé sur les cassettes audios (en partie parce qu'il en avait apparemment marre de passer autant de temps sur un ordinateur...). Pour cette longue pièce de 70 minutes, Kirby utilise donc comme principale source quatre enregistreurs cassettes. On y trouve des chants d'oiseaux, des bruits méconnaissables, des chansons de pop, de rap, de musique électronique, de classique, des musiques de films, du métal, etc. La liste est longue, très longue, autant que le disque j'ai envie de dire. Car c'est assez difficile de digérer ce collage et ces manipulations (ralentissement de la bande, accélération, lecture à l'envers, distorsion, amplification du souffle, "scratch") pendant aussi longtemps. Kirby a produit pour ce disque un gigantesque collage magnétique, assez linéaire et monotone, qui a parfois du mal à retenir l'attention... Après, il y a des passages vraiment jouissifs, intenses ou puissants, forts et osés, mais c'est tout de même inégal dans l'ensemble, et la démarche, le collage systématique de sources parfois incongrues et inattendues, lasse au bout d'un moment. Un disque talentueux mais peut-être un peu trop ambitieux.
Informations et extraits: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr007.html
Ceci est ma première rencontre avec Grisha Shakhnes, alias Mites, un artiste sonore israélien. J'ai mis quelques temps à passer outre sa nationalité, mais une fois qu'on se laisse absorber par son œuvre, il n'y a plus rien qui compte. Une œuvre monumentale, remarquable, sombre et dérangeante. Passing Resemblance est une suite de trois pièces aux structures déséquilibrés et aux titres étranges ("you can come and shake my hand"/"comfort"/"why elephants are not allowed to cross a bridge") - qui n'expliquent surtout pas la démarche de Mites. A l'intérieur de ce disque, beaucoup de field-recordings, manipulés et étouffés, distordus et ralentis, qui semblent provenir de cassettes. Hélicoptères, sirènes, coups de feux, tirs de mortiers, radios, prières, paroles, le quotidien d'un pays vindicatif. Mais tout du long, un son lourd, sombre, comme un enregistrement hydrophonique à la Thomas Tilly ou un souffle analogique, field-recordings ou synthèses granulaires? Peu importe, cette ligne apporte une cohésion à des structures pas toujours évidentes (rien que la durée des pièces interroge: 15 minutes, puis 4, et 35 minutes pour finir...). Ceci-dit, la musique est toujours claire, Mites utilise peu d'éléments, il superpose avec une grande sensibilité au son et à son architecture deux ou trois éléments au maximum. Dans un pays dont la réalité est devenue insupportable pour beaucoup, il vaut mieux transformer cette réalité en abstraction. Et Mites produit ici une sorte de musique concrète filtrée et manipulée jusqu'à l'abstraction, dérangeante, qui laisse place à une imagination sombre. On croirait par moments entendre des coups de feux étouffés comme s'ils étaient enregistrés dans une toile de jute au fond d'une cave dissimulée ou d'un bunker. L'ambiance est pesante, obscure, lourde de sens. Mais pas seulement. Car les constructions sonores de Mites sont remarquablement absorbantes, ce sont des plongées immersives à l'intérieur du son et de quelques unes de ses propriétés abstraites. Une suite puissante d'immersions sonores et de constructions abstraites, où Mites sait jouer avec facilité et douceur des différentes dynamiques du son. Recommandé.
Informations et extraits: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr010.html
David Kirby - Cittakarnera (Copy for your records, 2012)David Kirby est un artiste sonore originaire d'Atlanta, créateur du superbe netlabel homophoni, et dont la musique se situe plutôt dans une veine eai. Son travail est aujourd'hui principalement axé sur les cassettes audios (en partie parce qu'il en avait apparemment marre de passer autant de temps sur un ordinateur...). Pour cette longue pièce de 70 minutes, Kirby utilise donc comme principale source quatre enregistreurs cassettes. On y trouve des chants d'oiseaux, des bruits méconnaissables, des chansons de pop, de rap, de musique électronique, de classique, des musiques de films, du métal, etc. La liste est longue, très longue, autant que le disque j'ai envie de dire. Car c'est assez difficile de digérer ce collage et ces manipulations (ralentissement de la bande, accélération, lecture à l'envers, distorsion, amplification du souffle, "scratch") pendant aussi longtemps. Kirby a produit pour ce disque un gigantesque collage magnétique, assez linéaire et monotone, qui a parfois du mal à retenir l'attention... Après, il y a des passages vraiment jouissifs, intenses ou puissants, forts et osés, mais c'est tout de même inégal dans l'ensemble, et la démarche, le collage systématique de sources parfois incongrues et inattendues, lasse au bout d'un moment. Un disque talentueux mais peut-être un peu trop ambitieux.
Informations et extraits: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr007.html
Bryan Eubanks/Jason Kahn - Energy (Of) (Copy for your records, 2012)
Enregistré en live, Energy (Of) est une pièce d'une quarantaine de minutes présentées par deux grands compositeurs électroniques: Bryan Eubanks et Jason Kahn. Le premier utilise un système électronique fait maison, tandis que le second use de larsens, de table bouclée sur elle-même, d'un synthétiseur analogique, de micro-contacts, etc. Autant le dire tout de suite, ça ne rigole pas!
La performance tend vers la musique aux effets psychoacoustiques avec murs de bruit blanc, larsens vigoureux, crépitements abrasifs, tension violente, puissance maximum. Ceci-dit, il ne s'agit pas de harsh noise comme on pourrait le croire. Pas tout le temps du moins. Car le duo Eubanks/Kahn sait jouer sur les reliefs et les différentes dynamiques. Une improvisation savamment construite avec ses silences, ses espaces aérés, puis saturés, ses murs de son, et ses instants éthérés et minimalistes de souffles légers. Une musique en dent de scie qui rend chaque instant violent d'autant plus intense. Car chaque passage calme n'est pas gratuit, la tension est toujours, ce n'est qu'un calme avant la tempête. Les deux sculpteurs sonores paraissent aussi à l'aise et précis lors des passages minimalistes que lors des assauts sonores. Et quels assauts! La violence de Kahn et Eubanks peut être franchement renversante. Les murs de son prennent aux tripes, tendent chaque muscle du corps de l'auditeur. Des oreilles à l'intégralité du corps en passant par le cerveau bien sûr, la tension et l'intensité d'Energy (Of) soufflent l'auditeur dans son intégrité, traversent tout le corps et le transforment en une boule de nerfs ambulante.
Une traversée organique et dangereuse à travers des résidus sonores aux allures industrielles et apocalyptiques. Une épopée tendue, non plus vers son origine, mais vers un futur sombre, incertain, et dévasté. Les oreilles prennent chers, l'esprit aussi. Amateurs de noise et de construction sonore savante et précise, vous y trouverez votre compte. Recommandé!
Informations et extraits: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr011.html
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