Bryan Eubanks & Catherine Lamb - untitled 12 (after agnes) (Sacred Realism, 2012)
Première publication de ce nouveau label américain: untitled 12 (after agnes) est une "composition" de Bryan Eubanks et Catherine Lamb d'après une peinture d’Agnès Martin. Cette dernière, souvent qualifiée de minimaliste, préfère se ranger dans la longue tradition américaine de l'expressionnisme abstrait avec ses grandes toiles simples, ses énormes monochromes quadrillés qui fourmillent de micro-variations.
Une peinture en particulier a retenu l'attention des deux compositeurs et a servi de point de départ à leur collaboration: untitled #12 (1984), reproduite à l'intérieur de la pochette (je n'ai pas trouvé de reproduction sur internet malheureusement, mais si vous ne connaissez pas, vous pouvez facilement vous faire une idée de cette œuvre en regardant les autres reproductions). La pièce écrite par Eubanks & Lamb est une longue, longue pièce statique d'une heure, générée par un logiciel autonome (un peu de la même manière que la pièce materiality de Bryan Eubanks). Une plage de bruit blanc, un bruit blanc immuable, faible, imperturbable, qui ne se modifie que toutes les quinze précisément. Une couche se rajoute tous les quarts d'heure, mais entre-temps, rien. Rien et tout à la fois. Au début, on s'interroge, puis on s'ennuie, puis étrangement, on croit percevoir du mouvement, alors qu'il n'en est rien. Ce que l'on perçoit? la richesse de la texture proposée, le bruit blanc semblant se décomposer, toutes les couches de fréquences et de sinusoïdes se détachant pour laisser apparaître la structure du bruit. Une pièce en quatre partie qui invitent à la méditation mais aussi et surtout à une écoute participative, à une perception active de l’œuvre pour en saisir la richesse. C'est difficile d'accès, parfois fatigant, mais la démarche et l'expérience sont singulières. Et pas aussi pauvres qu'elles ne le paraissent.
(informations & extrait: http://www.sacredrealism.org/label/sr001.html)
Andrew Lafkas - Making Words (Sacred Realism, 2012)
La deuxième publication de ce label très prometteur est une magnifique composition d'Andrew Lafkas pour instruments et électroniques. Les interprètes de cette réalisation sont le compositeur lui-même à la basse, Ann Adachi (flûte), Adam Diller (saxophone ténor), Tucker Dulin (trombone), Kenny Wang (alto), Margarida Garcia (guitare électrique), Sean Meehan (caisse claire et cymbales), Gill Arno, Keiko Uenishi, Barry Weisblat et Bryan Eubanks à l'électronique.
Là aussi, la forme et l'esthétique sont assez minimalistes, mais certainement beaucoup plus riches en apparence. Durant 70 minutes, il est rare d'entendre l'ensemble des interprètes. Il s'agit avant tout d'un jeu sur les timbres et les densités à partir de longues notes superposées. Jeu sur les timbres, oui, mais sans techniques étendues, les interprètes superposent leurs instruments tels qu'ils sont traditionnellement, ils superposent les caractéristiques "normales" de leurs instruments. Et les mêlent en une nappe linéaire qui progresse par micro-évolutions. Andrew Lafkas explore avant tout les possibilités sonores de l'ensemble instrumental plus que des instruments en eux-mêmes: chaque musicien joue la plupart du temps quelque chose de très simple, de reconnaissable, et de court. Les interventions sont courtes et régulières comme une respiration, ce qui donne un aspect très organique à cette musique. Des notes graves, aiguës, faibles, fortes, dans les extrêmes, dans les médiums, en petite formation, ou en très grosse formation. La musique va crescendo, decrescendo, s'affaiblit, se renforce, s'amplifie, s'intensifie, puis redescend. De nombreuses densités sont explorées, à travers l'instrumentarium utilisé. Mais également de nombreuses couleurs à chaque fois. Ce qui fait de ce continuum linéaire une pièce très riche qu'on peut redécouvrir à chaque écoute, qui parvient à explorer de multiples dimensions tout en restant claire.
Très belle composition, et une réalisation sensible, précise, intense et dense.
(informations & extrait: http://www.sacredrealism.org/label/sr002.html)
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creative sources
Barry Weisblat/Alfredo Costa Monteiro/Ernesto Rodrigues - Diafon (Creatives Sources, 2005)
C'était il y a sept ans quand même. Depuis, on n'a pas trop entendu parler de Weisblat (ici à l'électronique), mais Alfredo (platines) et Ernesto (violon alto, micro-contacts et objets) ne se sont pas arrêtés. Au contraire. Sur Diafon, ils nous emmenaient tous les trois le long d'une courte piste de 35 minutes. Une piste aride, abrasive, et onirique. Monteiro et Rodrigues jouent beaucoup avec les micro-contacts, le son est avant tout d'origine physique, ça gratte, ça frotte, ça crépite, le son est matière. L'alto est traité de la même manière, ses brèves incursions ne sont jamais des notes, mais la sonorisation et l'amplification de sa matière, la percussion du bois ou le frottement dur et sec des cordes. Une musique rendue encore plus abstraite et aride par l'accompagnement de Barry Weisblat, lequel surenchère avec des bruits blancs légers, harsh subtil qui se fond dans la matière sonore. L'utilisation systématique et abondante de platines sans disque relève également de cette volonté de créer du son avec la matière seule. De confondre le son et la matière. Que le bruit devienne véritablement physique, et qu'il le devienne avec sa source. Le trio sculpte le son et l'espace sonore avant tout. Les notions de rythme, de pulsation, d'harmonie, de dynamique, etc. n'ont pas cours ici. Il ne s'agit que de son, de timbre et de texture. Des textures agencées avec sensibilité et délicatesse, avec virtuosité et créativité. Un exercice de réduction de la musique à sa plus pure dimension sonore? Pas tout à fait, car le temps, et son étirement en une longue nappe sans fin ni début, est toujours là. Dimension incontournable de l'art sonore, la temporalité est ici lisse et sous-jacente, subtile et discrète, un long fil ténu qui s'étire durant 35 minutes avant de craquer imperceptiblement et brutalement. Fin? Pas tout à fait non plus, car Diafon demande à être réécouté, à être rejoué pour en saisir à chaque de nouvelles subtilités, et surtout, pour maintenir le plaisir de s'immerger dans cet univers sonore. Recommandé.
Harold Rubin/Alexander Frangenheim - Suite (Creative Sources, 2012)
Duo contrebasse/clarinette avec la participation du bassiste électrique Mark Smulian sur trois pistes, Suite est une collection de douze improvisations énergiques et instrumentales. Une suite de pièces libres aux accents lyriques par moments, centrées sur le rythme à d'autres moments, et souvent axées sur l'interaction, la réactivité et la dynamique. Les aigus se répondent de la clarinette criarde de Rubin aux harmoniques de Frangenheim, l'énergie omniprésente se transmet de l'un à l'autre musicien, les phrases aux dynamiques similaires s'entremêlent tout en conservant leurs caractéristiques sonores. Un dialogue énergique, nerveux et réactif. Un dialogue merveilleusement enrichi par la basse électrique de Smulian qui nous apporte une fraîcheur instrumentale inédite (je ne crois pas avoir déjà entendu un trio clarinette/contrebasse/basse électrique...). Des idées de dynamique, d'intensité et de pulsation voient le jour, sans jamais être étouffées par des lois et des consignes trop pesantes. Rubin et Frangenheim mises l'improvisation l'interaction et la spontanéité, sans pour autant refuser les idiomes. Une suite plutôt plaisante en somme, qui n'a pas grand chose de neuf à apporter, mais qui se laisse facilement entendre pour le talent et la virtuosité de ces musiciens méconnus.
Roberto Fega - Daily Visions (Creative Sources, 2012)
Si une chose est sûre, c'est l'engagement politique de Fega, qui dédicace ces daily visions à "tous les antagonismes politiques, culturels et artistiques de ce monde", les ornent de photographies d'émeutes et de manifestations, et entrecoupent ses compositions d'enregistrements sonores d'émeutes et de revendications sociales diverses. Ce qui est moins sûr, c'est ce que fait cet album sur le catalogue d'Ernesto Rodrigues... Car c'est bien la première fois que j'entends de la musique électronique composée, aux tonalités souvent dub et trip-hop, sur Creative Sources. Mais passons, je ferais mieux de me réjouir de la sortie d'un aussi bon disque plutôt que d'interroger sa place dans tel ou tel catalogue. Car Daily Visions est vraiment bon. Une musique facile d'écoute, intelligente et originale, composée avec précision et beaucoup de personnalité. Sur des boucles, des samples et des compositions électroniques pour ordinateur, Roberto Fega invite de nombreux musiciens à contribuer ici et là à un mélange détonant de musique électronique et acoustique, entre composition et improvisation idiomatique: Jennifer Scappettone, Marcello Sambati et Cecilia Panichelli à la voix, Francesco Lo Cascio au vibraphone, l'excellente trompettiste Ersilia Prosperi, Mario Camporeale à la guitare acoustique, Matteo Bennici à la contrebasse et enfin, Ludovica Valori à l'accordéon. L'instrumentation est riche mais parfaite pour une petite heure d'electro-jazz aux teintes expérimentales faites de textures osées, où se croisent diverses influences et méthodes de compositions, qui vont du spoken word au sampling, en passant par les soli modaux. Un album vraiment singulier et original, riche, dense, propre absorbant. Recommandé!
Roberto Fega "Daily Visions ReMix" bonus video track from roberto fega on Vimeo.
C'était il y a sept ans quand même. Depuis, on n'a pas trop entendu parler de Weisblat (ici à l'électronique), mais Alfredo (platines) et Ernesto (violon alto, micro-contacts et objets) ne se sont pas arrêtés. Au contraire. Sur Diafon, ils nous emmenaient tous les trois le long d'une courte piste de 35 minutes. Une piste aride, abrasive, et onirique. Monteiro et Rodrigues jouent beaucoup avec les micro-contacts, le son est avant tout d'origine physique, ça gratte, ça frotte, ça crépite, le son est matière. L'alto est traité de la même manière, ses brèves incursions ne sont jamais des notes, mais la sonorisation et l'amplification de sa matière, la percussion du bois ou le frottement dur et sec des cordes. Une musique rendue encore plus abstraite et aride par l'accompagnement de Barry Weisblat, lequel surenchère avec des bruits blancs légers, harsh subtil qui se fond dans la matière sonore. L'utilisation systématique et abondante de platines sans disque relève également de cette volonté de créer du son avec la matière seule. De confondre le son et la matière. Que le bruit devienne véritablement physique, et qu'il le devienne avec sa source. Le trio sculpte le son et l'espace sonore avant tout. Les notions de rythme, de pulsation, d'harmonie, de dynamique, etc. n'ont pas cours ici. Il ne s'agit que de son, de timbre et de texture. Des textures agencées avec sensibilité et délicatesse, avec virtuosité et créativité. Un exercice de réduction de la musique à sa plus pure dimension sonore? Pas tout à fait, car le temps, et son étirement en une longue nappe sans fin ni début, est toujours là. Dimension incontournable de l'art sonore, la temporalité est ici lisse et sous-jacente, subtile et discrète, un long fil ténu qui s'étire durant 35 minutes avant de craquer imperceptiblement et brutalement. Fin? Pas tout à fait non plus, car Diafon demande à être réécouté, à être rejoué pour en saisir à chaque de nouvelles subtilités, et surtout, pour maintenir le plaisir de s'immerger dans cet univers sonore. Recommandé.
Harold Rubin/Alexander Frangenheim - Suite (Creative Sources, 2012)
Duo contrebasse/clarinette avec la participation du bassiste électrique Mark Smulian sur trois pistes, Suite est une collection de douze improvisations énergiques et instrumentales. Une suite de pièces libres aux accents lyriques par moments, centrées sur le rythme à d'autres moments, et souvent axées sur l'interaction, la réactivité et la dynamique. Les aigus se répondent de la clarinette criarde de Rubin aux harmoniques de Frangenheim, l'énergie omniprésente se transmet de l'un à l'autre musicien, les phrases aux dynamiques similaires s'entremêlent tout en conservant leurs caractéristiques sonores. Un dialogue énergique, nerveux et réactif. Un dialogue merveilleusement enrichi par la basse électrique de Smulian qui nous apporte une fraîcheur instrumentale inédite (je ne crois pas avoir déjà entendu un trio clarinette/contrebasse/basse électrique...). Des idées de dynamique, d'intensité et de pulsation voient le jour, sans jamais être étouffées par des lois et des consignes trop pesantes. Rubin et Frangenheim mises l'improvisation l'interaction et la spontanéité, sans pour autant refuser les idiomes. Une suite plutôt plaisante en somme, qui n'a pas grand chose de neuf à apporter, mais qui se laisse facilement entendre pour le talent et la virtuosité de ces musiciens méconnus.
Roberto Fega - Daily Visions (Creative Sources, 2012)
Si une chose est sûre, c'est l'engagement politique de Fega, qui dédicace ces daily visions à "tous les antagonismes politiques, culturels et artistiques de ce monde", les ornent de photographies d'émeutes et de manifestations, et entrecoupent ses compositions d'enregistrements sonores d'émeutes et de revendications sociales diverses. Ce qui est moins sûr, c'est ce que fait cet album sur le catalogue d'Ernesto Rodrigues... Car c'est bien la première fois que j'entends de la musique électronique composée, aux tonalités souvent dub et trip-hop, sur Creative Sources. Mais passons, je ferais mieux de me réjouir de la sortie d'un aussi bon disque plutôt que d'interroger sa place dans tel ou tel catalogue. Car Daily Visions est vraiment bon. Une musique facile d'écoute, intelligente et originale, composée avec précision et beaucoup de personnalité. Sur des boucles, des samples et des compositions électroniques pour ordinateur, Roberto Fega invite de nombreux musiciens à contribuer ici et là à un mélange détonant de musique électronique et acoustique, entre composition et improvisation idiomatique: Jennifer Scappettone, Marcello Sambati et Cecilia Panichelli à la voix, Francesco Lo Cascio au vibraphone, l'excellente trompettiste Ersilia Prosperi, Mario Camporeale à la guitare acoustique, Matteo Bennici à la contrebasse et enfin, Ludovica Valori à l'accordéon. L'instrumentation est riche mais parfaite pour une petite heure d'electro-jazz aux teintes expérimentales faites de textures osées, où se croisent diverses influences et méthodes de compositions, qui vont du spoken word au sampling, en passant par les soli modaux. Un album vraiment singulier et original, riche, dense, propre absorbant. Recommandé!
Roberto Fega "Daily Visions ReMix" bonus video track from roberto fega on Vimeo.
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