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creative sources

WTTF - Gateway '97 
(creative sources, 2013)
WTTF est quartet d'improvisateurs européens réunissant Phillipp Wachsmann au violon et à l'électronique, Roger Turner aux percussions, Pat Thomas au piano et à l'électronique, et Alexander Frangenheim à la contrebasse. A noter que si cet album a bien été édité en 2013 sur creative sources, il s'agit comme le titre l'indique d'un vieil enregistrement datant de 1997 et enregistré à Gateway.

Et en 97, il ne faut pas l'oublier, l'avant-garde des musiques improvisées s'appelait encore l'eai (improvisation électroacoustique), c'était encore violent, avec du son à profusion, et beaucoup d'énergie. C'était encore très fortement basé également sur l'interaction et la spontanéité. Et voilà, tout est dit sur ce quartet. La plupart des lecteurs de ce blog savent certainemnt très exactement à quoi s'attendre. Des notes brèves, énergiques, puissantes, avec des irruptions momentanées de bruit, des modes de jeux très étendus et une énergie maximale. A vrai dire, je ne sais pas si ça valait vraiment le coup de publier ce disque. Je me le demande. Ca témoigne d'une certaine esthétique à une époque certes. En plus, il faut le dire, c'est très très bien fait : les quatre musiciens sont tous de grands virtuoses, l'énergie est toujours là, c'est brut, puissant et assez jouissif. Mais malgré toutes les qualités indéniables de ce disque et le talent de chaque musicien, aujourd'hui, ça paraît un peu trop daté et déjà entendu surtout, voire institutionnel.

BONDI/D'INCISE/RODRIGUES/
RODRIGUES/ULLEN -
Lisboa (creative sources, 2012)
Lisboa est un enregistrement beaucoup plus récent (juillet 2012) qui est aussi très bien joué, mais qui peut aussi paraître un peu convenu. Ici sont présents une autre génération de musiciens avec Cyril Bondi à la grosse caisse et objets, d'incise à l'ordinateur et aux objets, Ernesto Rodrigues à l'alto, Guilherme Rodrigues au violoncelle et Lisa Ullén au piano.

Le quintet propose cinq pièces improvisées dans une tendance beaucoup plus "réductionniste" ici. Archets continus sur les cordes (alto, violoncelle et piano bien sûr), grosse caisse frottée avec des objets, nombreuses techniques étendues et nappes électroniques discrètes et ambient sont au menu de cette demi-heure de musique. La durée de ce disque est peut-être sa première qualité d'ailleurs. Non pas que ce soit chiant, mais c'est le genre de musique sur laquelle on peut difficilement rester concentrer plus longtemps. Juste le temps d'un concert en gros, mais pas plus. Car si c'est très bien joué (et je pense surtout à Bondi et d'incise qui sont les musiciens avec le plus de personnalité dans ce disque) c'est tout de même attendu et convenu je trouve. Ceci-dit, Lisboa reste un bon disque dans le genre, un disque avec de la personnalité, quelques trouvailles sonores engageantes, et une atmosphère singulière.

RODRIGUES/GUERREIRO/
WOLFARTH - All about Mimi
(creative sources, 2013)
All about Mimi est une longue improvisation enregistrée à la même époque et divisée en quatre pistes que l'on ne distingue pas les unes des autres. On retrouve ici Ernesto Rodrigues à l'alto, Ricardo Guerreiro à l'ordinateur et Christian Wolfarth aux cymbales. Une cymbale est frottée à l'archet, accompagnée d'une note fragile à l'ato, et d'une ou de plusieurs sinusoïdes. Puis, un silence. Et ainsi de suite en gros. Le trio propose sur cette session d'improvisation une musique très épurée, minimaliste et plutôt extrême. Il ne s'agit ni de silence, ni de bruit, mais de quelque chose entre les deux : comme une harmonie silencieuse ou un subtil bruit harmonique. Il ne s'agit pas non plus de dialogue entre les instrumentistes, mais il s'agit de se fondre aussi bien dans le son que dans le silence jusqu'à ce qu'on ne reconnaisse plus les rôles de chacun. On distingue bien les sonorités, mais tout le monde joue sur le même plan. Il s'agit ici d'une musique plane, rugueuse en même temps, et surtout aussi espacée que faible. Une improvisation toute en finesse, en délicatesse, en écoute intime du lieu et de chacun, en harmonie avec l'espace, le bruit et le silence.

Cyril Bondi, d'incise, Jacques Demierre, Jonas Kocher - Öcca [LP]

BONDI / D'INCISE / DEMIERRE / KOCHER - Öcca (Bocian, 2013) 
On connait le label bocian principalement pour ses productions noise et free jazz, souvent très puissantes et énergiques (Robert Piotrowicz, Mats Gustafsson, SEC_, Kevin Drumm, Paal Nilssen-Love, etc.), et c'est donc une surprise de trouver ce vinyle au milieu de tout ça. Car presque sans aucun doute, Öcca est le plus calme et le plus épuré des disques que j'ai eu l'occasion d'entendre sur ce label. Cyril Bondi à la grosse caisse, d'incise à l'ordinateur, Jacques Demierre au piano et Jonas Kocher à l'accordéon : un quartet qui réunit les trois principaux acteurs de la jeune avant-garde suisse et un ancien (Demierre) de l'improvisation libre, Suisse également.

Bondi, d'incise et Kocher travaillent régulièrement ensemble depuis plusieurs années, tandis que Demierre participe à l'IMO (insub meta orchestra), dirigé par Bondi et d'incise. Ce n'est donc pas leur première rencontre, et on peut facilement le ressentir. Il s'agit d'improvisation libre toujours, mais clairement dirigée dans une direction. Le quartet n'évolue que sur des terrains très calmes, très neutres, des terrains sonores où aucune source instrumentale ne se distingue la plupart du temps, une au grand maximum (surtout le piano et l'accordéon qui ont des timbres si caractéristiques). Mais en règle générale, le quartet explore des terrains bruitistes très calmes et linéaires, il explore des zones pas vraiment musicales et très fines, des zones faites de bruits, de silences, de calmes anormaux, d'une quiétude très tendue. Car si ces improvisations ne sont jamais fortes en volume, si elles sont espacées et calmes, et si en plus elles paraissent très linéaires et informelles, il n'en règne pas moins une grande tension et les terrains sont tout de même en constante évolution. Le quartet explore une multitude de textures : des textures très fines, subtiles, précises, calmes, belles, et originales.

Öcca est un très bel exemple d'improvisation libre non-idiomatique ou de réductionnisme si l'on veut, mais c'est surtout une nouvelle preuve de la finesse de cette jeune scène suisse hyperactive, de leur originalité, de leur talent, de leur passion, et de la finesse dont ils sont capables. De plus, la présence de Demierre rend cette session encore plus charmante, un Demierre qui joue pleinement le jeu des trois jeunes improvisateurs, qui se fond dans la masse avec une finesse impressionnante, d'une manière parfois proche de Tilbury. Très beau travail.

Diatribes - Augustus

DIATRIBES - Augustus (Insub, 2013)
Après plusieurs dizaines de publications digitales et quelques éditions matérielles, le netlabel insubordinations tente une nouvelle formule éditoriale, à présent sous le nom d'insub. On a tous entendu parler de la crise du disque, on y croit ou non, on se questionne ou pas, on s'y intéresse ou non, mais quoiqu'il en soit, tous les acteurs de la musique semblent touchés à un certain degré : ce pourquoi on en est arrivé à des publications digitales gratuites, puis payantes, ou au retour à des objets fétiches (vinyles, cassettes) ainsi qu'à des pochettes et livrets de plus en plus proche de l'oeuvre d'art.  Cyril Bondi et d'incise se préocccupent de ces questions éditoriales et proposent avec la collection insub une réponse originale. Dorénavant, ce qu'on pourra acheter sur ce label, ce seront soit des téléchargements payants, soit et surtout une édition mi-virtuelle mi-matérielle puique insub édite des petits coffrets sérigraphiés au format A6 qui contiennent un livret (avec les informations classiques, des interviews, des partitions, des collages, etc.) et... un bon de téléchargement., la musique en elle-même étant dans un format numérique et virtuel.

Pour l'instant, cette série a débuté avec la publication de compositions d'Hannes Lingens, et d'une longue improvisation de Diatribes, duo composé de d'incise à l'ordinateur et aux objets, et de Cyril Bondi à la grosse caisse et aux objets (embouchure de trompette, melodica, etc.). Durant ces quarante minutes diatribes propose une pièce plutôt calme et linéaire, avec une intensité toujours égale à elle-même, un volume moyen constant et une absence de rutpure. Dit comme ça, on pourrait penser qu'il s'agit de drone et pourtant pas du tout (même si cette pièce est composée d'un certain nombre de drones). Diatribes utilise de nombreux éléments soniques (des notes de mélodica, des objets métalliques frottés sur la grosse caisse, des drones très bas à l'ordinateur, des nappes, des bruits blancs et de nombreux sons et bruits variés), des éléments qui s'ajoutent et se retirent subtilement sans jamais modifier la dynamique. Pour Augustus, Cyril Bondi & d'incise ont su créer une musique fine, constante, belle (et même harmonieuse parfois). Augustus ressemble à une improvisation rectiligne très rigoureuse, mais en même temps, elle ne cesse d'évoluer sur des territoires soniques différents qui se répètent et s'oublient.

Une longue pièce vraiment surprenante pour sa linéarité très précise, une linéarité pourtant constituée d'une multitude d'interventions très différentes. Très minimaliste dans la forme, c'est au contraire plutôt maximaliste et très riche dans le contenu. Très beau travail en tout cas.

Cyril Bondi - The Foil

CYRIL BONDI - The Foil (drone sweet drone, 2013)
Deux ou trois fois, j'ai eu l'occasion de voir Cyril Bondi en solo (un des musiciens les plus intéressants de la jeune génération suisse qui gravite autour d'insubordinations et d'incise, avec Jonas Kocher je trouve). D'un côté ça n'a jamais été très surprenant, mais en même temps, on a quand même un sentiment de renouvellement constant. Sur The Foil comme pour ses sets en solo, Cyril Bondi utilise la même forme et le même système. Une grosse caisse ou un tom basse placé à l'horizontal, avec de nombreux objets posés dessus.

Le dispositif est développé par Bondi depuis plusieurs années, et il semble aujourd'hui arrivé à pleine maturité. La plupart du temps, le batteur suisse percute sa grosse caisse de manière mécanique et hypnotique, une simple pulsation qui ne varie que peu. Tout se joue avec les objets mis en vibration sur la peau, des objets aux couleurs différentes selon leur matière, aux rythmes différents selon leur poids, aux mouvements plus ou moins prévisibles aussi. Cyril Bondi actionne ces objets, observe leur mouvement et réagit en fonction. Des réactions qui vont de légères variations de pulsation ou d'intensité, du frottement régulier d'un crotale à un souffle court dans l'embouchure seule d'une trompette.

C'est déjà ce que je disais du solo de Gino Robair, le principe et la méthode sont simples - mais les résultat sont d'une complexité et d'une richesse déconcertantes. Les couleurs, les cycles rythmiques, et les harmoniques qui se déploient au gré des mouvements parfois chaotiques des objets ne cessent de surprendre et de se renouveler. Je ne veux pas tout remettre non plus sur le dos du hasard et du chaos, car si ce genre de procédé marche, c'est aussi et principalement dû à la précision, l'ingéniosité, la patience, l'extrême attention et la sensibilité de Cyril Bondi, qui sont constamment à l'œuvre durant cette excellente demi-heure.

Les solos de percussions, on commence à connaître, les drones aussi, les solos de percussions sous forme de drone, déjà moins, et de drone aussi riche, dense et complexe, encore moins. Pour cette pièce ininterrompue et continue, Cyril Bondi offre une palette de sons toujours plus complexes et vivants, en plus de maintenir une tension permanente. Vivement conseillé.

[insubordinations]

Quiexas - Eye of Newt (insubordinations, 2013)

Quiexas est un trio qu'on avait déjà pu rencontrer sous le nom de diatribes & Abdul Moimême (voir ici). Il s'agit donc du guitariste portugais en compagnie de Cyril Bondi (grosse caisse et objets) et de d'incise (ordinateur & objets). Les trois musiciens nous proposent ici une musique calme et atmosphérique, où les sources instrumentales, acoustiques, électroniques et électriques se mélangent au profit d'une masse légère et homogène. Quiexas joue sur la longueur, sur de longs larsens sereins accompagnés de peaux délicatement frottées et de cordes inlassablement et délicatement  triturées par des barres en métal. On a du mal la plupart du temps à déterminer les sources sonores, si elles sont instrumentales ou s'il s'agit d'objet, si elles sont amplifiées, électroniques ou acoustiques. Tout se fond en une atmosphère singulière, une atmosphère granuleuse et industrielle, souvent minimaliste à tendance réductionniste, qui s'étire longuement et accumule les répétitions. Il y a une sorte d'ombre, de résonance ou de spectre qui plane au-dessus de chaque note, une ombre qui rend l'atmosphère du trio quelque peu fantomatique et fantastique même si ce dernier présente sa musique comme une "présence matérialisée". Une très belle suite de trois pièces singulières en tout cas, avec une ambiance électro-industrielle forte et prononcée, tout en se maintenant dans des formes réduites et pleines de prestance.

[présentation, informations, extrait et téléchargement gratuit: http://www.insubordinations.net/releasescd09.html]

Abdul Moimême - Mekhaanu - La forêt des mécanismes sauvages (insubordinations, 2013)

Avec un titre comme ça, digne d'un fan de Magma et amateur de zeuhl, on pourrait s'attendre à un énième disque de RIO ou à un hommage à Coltrane. Mais il n'en est rien. Avec ce deuxième solo, Abdul Moimême continue d'explorer la même installation de guitare qu'il utilise depuis maintenant quelques années. Deux guitares électriques, munies d'un ampli et d'un pré-ampli, sur lesquelles sont installés différents objets, la plupart du temps métalliques. Les cordes sont ainsi mises en résonances par différents résidus mécaniques et industriels, et un aspect irrémédiablement industriel surgit de ces improvisations où une large place est accordée aux résonances de manière générale. C'est bien ce son métallique, et ces résonances interminables, qui sont autant de rappels à un univers industriel et manufacturier. Mais si ces pièces rappellent des usines, ce sont des usines désaffectées, vidées de leur substance et de la présence humaine. Car l'univers d'Abdul Moimême est tout de même assez abstrait et glisse le long d'une temporalité assez lente et étirée. D'où, une fois que l'on pénètre dans le son en tant que tel et au-delà de ces références, la possibilité sonore d'évoquer une multitude de paysages. Des paysages fantomatiques et abrasifs, abstraits et résiduels, nuageux et ombragés, ou lumineux et spectraux. Tout dépend de l'humeur et de la pièce écoutée. Un travail sur le son personnel et intéressant, qui s'inspire des préparations de Keith Rowe tout en utilisant l'intensité et la persévérance du drone ou du sludge, avec une utilisation inventive et réduite des guitares, des préparations, des dispositifs et de l'installation sonore.

[présentation, informations, extrait & téléchargement gratuit: http://www.insubordinations.net/releasescd08.html]

Insub Meta Orchestra - Archive #2 (insubordinations, 2012)

Sept mois après une première publication sur le même label, l'IMO revient avec deux pièces d'environ vingt minutes chacune. On retrouve de nombreux musiciens présents lors de la première session, d'incise et Cyril Bondi bien sûr, mais aussi Bertrand Gauguet, Christian Müller, Christoph Schiller, Dragos Tara, Hans Koch, Jacques Demierre, Rodolphe Loubatière, Sébastien Branche, Yann Leguay, et de nombreux autres... Et à vrai dire, peu importe qui joue, car toutes les personnalités s'effacent sous la direction de Bondi et de d'incise... Notamment lors de la première pièce présentée ici, un long drone composé de notes étirées au maximum, de longues fréquences qui s'ajoutent les unes aux autres pour former une grande masse sonore qui évolue et grossit très progressivement jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse dans le silence. Une pièce très belle, homogène, où la masse s'enrichit de manière minimaliste et presque insensiblement. Quant à la seconde et dernière pièce, il s'agit d'une succession de blocs sonores qui trouvent leur cohésion dans le timbre et les instruments. Tout commence avec des frottements de cordes principalement, mais aussi d'objets et de sons abstraits par exemple, puis, petit à petit, on arrive à une magnifique strate composée de souffles mis en résonances par les instruments à vent, des souffles forts et puissants. Puis on glisse lentement vers un autre bloc composé de fréquences et de hauteurs plutôt basses, et ainsi de suite.  L'IMO se dirige apparemment vers une forme d'improvisation de plus en plus contraignante, mais aussi et surtout de plus en plus cohérente et limpide, et trouve ainsi une intensité et une puissance rares pour un si gros orchestre. Hâte d'entendre leurs prochains travaux.

[présentation, informations, extrait & téléchargement gratuit: http://www.insubordinations.net/releases40.html]

chistophe berthet

ATRL - R.1 (autoproduction, 2012)

Un premier disque très court - à peine vingt minutes - pour ce duo composé de Raphaël Ortis (basse électrique et objets) & Christophe Berthet (saxophone soprano). A en croire le site de Raphaël Ortis, il semblerait que Sébastien Bouhana ait également participé à ce projet durant un temps, regrettable qu'il ne soit pas de la partie ici. Mais enfin. Pour ce premier jet, trois petites pièces aux ambiances différentes et toutes les trois plutôt originales.

R.1 s'ouvre avec un drone monolithique, une basse pesante et océanique, accompagnée d'un saxophone qui pose de longues à partir desquelles s'échappent des harmoniques et des souffles instables et accidentels qui rendent cette pièce exceptionnellement vivante et organique. La deuxième partie est déjà un peu plus énergique, les techniques étendues fusent au saxophone, tout en restant assez calme tout de même, mais l'énergie vient surtout de la basse préparée avec des bouts de métaux qui mettent progressivement en place une rythmique proche du dub et aux sonorités indus. Quant à la dernière plage, elle est plus ancrée dans l'improvisation libre non-idiomatique: une piste très calme aux sonorités incongrues et recherchées. Ortis et Berthet développent un univers sonore singulier, dans un continuum envoutant, et explorent des registres extrêmes et bruitistes de cordes raclées, d'amplification saturée, d'harmoniques et de multiphoniques, de grésillements cuivrés et de crépitements soufflés. Très bon premier disque.

[écoute et téléchargement: http://atrl.bandcamp.com/album/atrl-r-1]

Berthet / Vonlanthen / Bondi - Silo (Leo, 2012)

L'autre projet plus conséquent (en terme de durée et de publication, et pas nécessairement en terme de qualité) de Christophe Berthet est un trio instrumental suisse composé de Vinz Vonlanthen à la guitare, de Cyril Bondi aux percussions et de Christophoe Berthet aux saxophones et à la clarinette.

Il s'agit de musique improvisée prise dans son acceptation courante. Une musique instrumentale qui l'accorde de l'importance au son et aux techniques étendues d'un côté, mais qui accorde surtout beaucoup de place à la spontanéité, la liberté et la réactivité. Après, le trio ne refuse les influences idiomatiques telles que le post-rock, le RIO, le jazz et le free, ou même la fusion par moments. Une musique improvisée plutôt facile d'accès donc, à écouter en famille. Le trio possède un aspect inventif dans son talent à mélanger ces influences tout en créant une musique assez personnelle, mais il possède surtout une énergie assez remarquable, et parvient à faire durer la tension durant toute l'heure de ces 13 pièces. Une musique vraiment plaisante, variée, créative et personnelle, libre, et énergique.

Christophe Berthet - Malval (creative sources, 2012)

Pour finir, un solo assez court d'une trentaine de minutes pour saxophones alto et soprano, par Chrsitophe Berthet toujours. Le soprano est le plus souvent à l'honneur durant ces six pièces improvisées, joué dans un style assez proche des solos de John Butcher. Une grande attention aux attaques, aux silences et aux résonances d'un côté, mais aussi au timbre et aux couleurs de manière plus générale. Christophe Berthet utilise de nombreuses techniques étendues qui vont des souffles aux jeux de clés, en passant par les multiphoniques et les harmoniques. Et lorsque des notes surgissent, elles sont la plupart du temps longuement étirées et assez statiques. Des notes altérées de manière minimaliste et microtonale, les nappes et les textures proposées par le saxophoniste suisse évoluent par micro-variations et s'ancrent dans des univers et des ambiances solidement établies. Enregistrées dans une chapelle genevoise, ces six improvisations sont empreintes de résonances circulaires et de sonorités aux consonances mystiques et contemplatives. Une suite de belles pièces proches de l'improvisation libre et du réductionnisme, des pièces pas nécessairement très créatives, mais plutôt sensibles et poétiques, sincères et tout de même desservies par un saxophoniste techniquement talentueux.

[présentation & écoute intégrale: http://christopheberthet.bandcamp.com/]

nouvelles insubordinations improvisées

Insub Meta Orchestra - archive #1 (Insubordinations, 2012)

Après deux de recherches et de travaux communs, l'IMO publie sa première série de pièce. Un orchestre impressionnant par sa taille, qui réunie ici quarante musiciens (il y en a toujours aux alentours d'une trentaine apparemment). Je ne ferai donc pas le détail des artistes présents, et ne citerai que les plus connus: Christian Müller (clarinette contrebasse), Christoph Schiller (épinette), Cyril Bondi (percussions), d'incise (objets), Dragos Tara (contrebasse), Jonas Kocher (accordéon), Marcel Chagrin (guitare électrique), Phonotopy (raquette de tennis...), Raphaël Ortis (basse électrique). Beaucoup de musiciens suisses et de proches du très prolifique netlabel Insubordinations. On trouve également toutes sortes d'instruments classiques et électroniques comme des trombones, saxophones, violoncelles, ordinateurs, theremin, voix, trompettes, etc.

Après l'expérience traumatisante de Luna Surface, je dois dire que dorénavant, j'appréhende vraiment chaque orchestre de musique improvisée. Et pourtant, avec l'IMO, il n'y a aucun raison de s'inquiéter, les improvisations sont dirigées, et dirigées de manière à mettre en avant différentes notions d'espace. La musique de cet orchestre peut être très étonnamment calme, voire silencieuse parfois, lorsqu'elle est axée sur des textures soufflées, instables et calmes. Bien sûr, elle peut aussi prendre du volume, gonfler sa présence en produisant de gigantesques nappes électroacoustiques lisses et oppressantes. En tout cas, la notion d'espace paraît très importante pour la direction des improvisations (que l'on doit à Christoph Schiller, Christophe Berthet, d'incise, Rodolphe Loubatière, et Patricia Bosshard). Des espaces aérés, saturés, tendus, clairs, obscurs, profonds, forts, calmes, fracturés, lisses. Des directions opposées et toujours surprenantes, l'IMO parvient à produire différents espaces sonores parfois contradictoires ou opposés et à aborder des directions variés avec facilité et familiarité.

Car cette suite de six pièces, dont la dernière est collectivement improvisée, met en scène des espaces sensiblement variés, il ne s'agit pas de mettre en avant une spontanéité collective mais plutôt de se concentrer dans une direction précise. Et chaque direction, chaque création d'espace sonore, est abordée avec dévouement, inventivité et sensibilité. De par sa taille, l'IMO peut puiser dans une multitude de possibilités à travers l'utilisation de différents instruments, mais également à travers de multiples configurations et des directions variées, et l'orchestre ne s'en prive pas. Tour à tour réductionnistes, minimales, orchestrales, linéaires, ou déconstruites, ces pièces de l'IMO naviguent avec une aisance déconcertante à travers une multitude d'univers musicaux, et mettent ainsi à jour quelques unes seulement de leurs possibilités. Seulement, des possibles et des possibilités, il en reste. Et on en redemande.

Comme d'habitude le disque est disponible matériellement moyennant une contribution monétaire ou immatériellement moyennant quelques octets de bande passante: http://www.insubordinations.net/releasescd04.html 

 Cyril Bondi/Phonotopy - Komatsu (Insubordinations, 2012)

Deux musiciens très actifs au sein de la scène improvisée suisse (dans tous les domaines, que ce soient les performances, organisations, productions). Cyril Bondi, membre fondateur de l'IMO et très actif dans le label Insubordinations, aux percussion et objets; Phonotopy (Yann Leguay) aux disques durs. Une collaboration que j'aime beaucoup pour un duo qui navigue entre le drone et l'ambient improvisé.

Le duo suisse nous offre une unique pièce d'une demi-heure, linéaire et narrative. Linéaire car il s'agit d'une longue nappe, avec son soubassement grave à l'électronique, et des peaux de tom frottés de manière continue. Des interventions électroniques discrètes et noyées viennent aussi régulièrement parasiter la pièce. Un long continuum très évolutif cependant, car le son se déplace insensiblement vers de nouvelles strates, et le dialogue se décale imperceptiblement. Une pièce assez statique sans l'être en somme. Il y a bien un bourdon électronique incessant, un long drone immuable qui ne faiblit doucement que lors des dix dernières minutes. Mais à côté, ou par-dessus, le dialogue entre l'électronique et le tom frotté ne cesse d'évoluer et d'explorer des territoires nouveaux sans jamais quitter l'univers du drone fondamental.

Un discours électroacoustique profond, qui explore un bourdon envoutant, et ne cesse d'inventer des nouveaux termes au dialogue engagé sans jamais être en rupture ou en discontinuité avec le drone abyssal qui sous-tend perpétuellement ce dialogue. Abyssal, inventif et absorbant, telles sont certainement les principales qualités de ce drone improvisé. Recommandé.

Également disponible en téléchargement gratuit pour les prolétaires et en disque pour les fétichistes à cette adresse: http://www.insubordinations.net/releasescd06.html

Ras de marée

Compilation - Marées de hauteurs diverses (Insubordinations/Tsuko Boshi, 2011)

Compilation publiée en CDR et en téléchargement libre par les labels Insubordinations et Tsuko Boshi Records, Marées de hauteurs diverses réunit sept musiciens électroacoustiques qui retravaillent chacun à leur manière un album de Diatribes et Abdul Moimême: Complaintes de marée basse, également publié par le netlabel Insubordinations. On trouve donc sur cette compilation, dans l'ordre, Blindhæð, Nicolas Bernier, Honoré Feraille, Ludger Hennig, Mokuhen, Francisco López, et Herzog.

Autant l'avouer tout de suite, je ne connais pas la moitié de ces artistes, donc il est assez difficile de savoir de quelle manière chacun s'est réapproprié le matériau de base, étant donné surtout qu'il est la plupart du temps difficilement reconnaissable. La plupart des pistes restent tout de même dans un univers ambient avec quelques tendances noise de temps à autre, hormis peut-être Bernier qui réutilise nettement l'improvisation 'Cructacés' et la batterie énergique de cette pièce, ainsi que Francisco López qui fait un usage immodéré du silence. Quant aux autres pièces, il s'agit souvent de nappes sonores ambient, de longues nappes où se noient les intentions premières de Diatribes et Moimême. Une compilation calme, pas forte, où des textures numériques se succèdent pour former des ambiances souvent sombres, inquiétantes parfois, mais où les Complaintes originales percent difficilement. C'est en tout cas l'occasion de découvrir quelques artistes extérieurs à la musique improvisée, beaucoup plus proches de la musique électroacoustique et surtout électronique, dont certains comme Nicolas Bernier et Ludger Hennig pour leurs mixages et leurs manipulations/collages électroacoustiques très réussis, ainsi que Mokuhen, qui m'ont tous parus plutôt prometteurs.

Comme d'habitude, l'intégralité de cette compilation est disponible en téléchargement gratuit sur Insubordinations: http://www.insubordinations.net/releasesrwk02.html

Diatribes & Abdul Moimême - Complaintes de marée basse (Insubordinations, 2010)

A l'occasion de la sortie de la compilation Marées de hauteurs diverses, j'en profite pour écrire quelques notes sur le disque qui a inspiré les sept musiciens de cette compilation. Il s'agit de Complaintes de marée basse, une suite de sept improvisations par le duo Diatribes, c'est-à-dire d'incise (ordinateur, objets, caisse claire, cymbales, archets, etc.) en compagnie de Cyril Bondi à la batterie et aux percussions, duo auquel se greffe le guitariste portugais Abdul Moimême (deux guitares préparées, objets métalliques, cymbales, métronome, etc.).

La suite de Complaintes rassemble des improvisations plutôt variées, souvent très axées sur les percussions et toutes sortes de sons indéterminés, notamment grâce aux archets et harmoniques parfois multiphoniques, mais aussi et surtout grâce à la multitude d'objets utilisés. Des improvisations parfois calmes à tendance ambient, parfois très énergiques et rythmiques, avec également quelques touches rock distordu par moments. Le trio possède une dynamique sonore très collective où les objets et les percussions de chacun se mélangent sans non plus se confondre. L'interaction est plutôt solide et sensible entre ces trois musiciens qui collaborent régulièrement ensemble depuis plusieurs années maintenant. Et cette interaction génère des textures sonores singulières, où des percussions arythmiques se mêlent à des nappes lisses et grinçantes; car l'attention aux textures est primordiale durant ces improvisations, et le trio s'évertue continuellement à explorer les sources sonores les plus diverses, musicales ou non, tout en les confondant et en cachant plus ou moins leur origine.

Très bon boulot pour cette deuxième publication CD du netlabel Insubordinations, qu'on peut toujours trouver ici en téléchargement gratuit: http://www.insubordinations.net/releasescd02.html

derniers d'incise

d'incise/hennig/kocher/sciss - sans titre (Insubordinations, 2012)

Quartet étrange publié en téléchargement libre sur Insubordinations et en CDR, ce nouvel opus de d'incise (ordinateur et objets) réunit deux autres créateurs de textures sonores numériques, Ludger Hennig et Sciss (Hanns Holger Rutz de son vrai nom), ainsi que l'accordéoniste Jonas Kocher.

Étrange formation électroacoustique car on peut se demander ce qu'un accordéon vient faire au beau milieu de ces trois ordinateurs. Mais en fait, la distinction entre les sources informatiques et les sources acoustiques est la plupart du temps difficile à faire durant ces quarante minutes. Quelques objets (souvent percussifs, comme des cloches) sont triturés de mille manières par d'incise, l'accordéon joue principalement sur la dynamique des différentes textures possibles, et les différents traitements informatiques jouent des contrastes et des ruptures entre les couleurs. Le souffle des basses de l'accordéon, accords profonds et caverneux, s'opposent à des ondes sinusoïdales proches du larsens, tandis que des boucles surgissent et disparaissent. L'ambiance est étrange, souvent calme et linéaire, mais de nombreuses ruptures et fractures sont également là, le calme peut facilement être rompu par une boucle agressive, par un puissant accord d'accordéon ou par un traitement sonore virulent. Tout est affaire d'ambiance, d'opposition et de contrastes entre les textures et les dynamiques, affaire de narration et de fracture, d'interaction entre l'informatique et l'acoustique.

Une interaction et un dialogue surprenants entre les différentes sources sonores, pas toujours passionnant, mais qui parvient bien un créer une ambiance et un univers originaux, et à explorer des territoires escarpés et frais.

Album disponible sur le site d'Insubordinations à cette adresse: http://www.insubordinations.net/releasescdr11.html

 Diatribes/Abdul Moimême/Eduardo Chagas/Ernesto Rodrigues/Nuno Torres - Brume (Creative Sources, 2011)

Autre disque de d'incise sous le nom de Diatribes cette fois, c'est-à-dire lui-même à l'ordinateur et aux objets avec son camarade Cyril Bondi, à la grosse caisse, aux objets et aux cymbales. Sur Brume, on trouve également en compagnie du duo quelques musiciens portugais habitués du label CS, Abdul Moimême à la guitare préparée, Eduardo Chagas au trombone, Ernesto Rodrigues au violon alto et Nuno Torres au saxophone alto.

Cinq improvisations sans titres et sans surprises où les textures se multiplient et s'agencent avec calme et quiétude. Une grande sensibilité aux couleurs, à l'interaction et aux mélanges des sons, mélanges indistincts de techniques étendues variées et multiples. Sans surprises par rapport à l'ambiance assez commune aux productions portugaises, mais tout de même, Brume est composé d'agencements de couleurs toujours surprenantes et particulières. Un album qui porte bien son nom, tant l'univers est justement brumeux, avec cette multitude de bruits qui fusionnent en une masse informe de sons. Une architecture sonore un peu vaporeuse où la source importe peu par rapport au son collectif, une musique de groupe, collective avant tout, qui joue énormément sur l'interaction et l'étirement du temps, car on ne trouve évidemment aucune pulsation, aucun rythme, ni aucune mélodie ou note. Le son du groupe est assez prenant et nous emmène sur des territoires connus de ces musiciens, mais tout de même peu communs, entre les micropolyphonies de Ligeti et la scène réductionniste. Les fans seront ravis, les néophytes déroutés, et les amateurs pourront naviguer entre le scepticisme et l'admiration. Quant à moi, je ne sais pas où me placer, je me balance entre ces sentiments et ces pensées contradictoires... A vous de voir.