Coppice est certainement le projet le plus étonnant que j'ai entendu ces dernières années. Aussi bien au niveau sonore qu'au niveau conceptuel ou éditorial, Joseph Kramer et Noé Cuellar ne cessent de proposer des choses nouvelles, innovantes, intelligentes et pertinentes. Depuis environ 5 ans, je suis avidement l'actualité de ce duo et suis toujours comblé par chacunes de ses éditions, même plus en fait, au fil des années, j'admire de plus en plus ce duo pour ses propositions toujours plus innovantes et en vient à le considérer comme un des projets les plus importants de cette décennie.
La dernière chose que j'ai entendu donc de Coppice, c'est une étrange cassette nommée Bypass Ideal. Etrange dans la forme comme dans le contenu. Formellement, ce qui est surprenant c'est que cette cassette provient d'un enregistrement live qui a été divisé en deux. La performance originale était une commande pour ghetto blaster et harmonium, réalisée en 2013. Coppice a décomposé cet enregistrement en deux parties : la partie harmonium étant sur une face, et la partie ghetto blaster sur l'autre. On se retrouve avec deux parties qui, à l'origine, doivent être entendues simultanément, mais qui ici sont séparées pour une nouvelle écoute domestique, sans possibilité de restitution de la version originale... Coppice joue sur l'obscur rôle des enregistrements et de l'écoute quotidienne. Des disques censées restituer des performances, des compositions, mais qui ne peuvent s'écouter que dans un contexte (chez nous) sur lequel les artistes n'ont aucun pouvoir.
Au niveau du contenu, je n'avais encore jamais entendu ce fameux duo jouer sur quelque chose d'aussi minimaliste et austère. Les deux faces sont deux évolutions parallèles de sonorités froides, simples, sales. Une sorte de bourdon avec un peu de bruit blanc, linéaire, qui évolue très peu, sans transformation, sans effets, et une autre sorte de drone tout aussi linéaire, avec quelques notes épurées, lointaines, grises. Le duo explore ici un nouveau paysage sonore mystérieux, étrange et paradoxal. Il explore un espace rebutant par son austérité mais tout de même absorbant. Ca nous absorbe parce que la composition va tout de même au-delà du drone et de formes convenues dans les musiques électroniques ou électroacoustiques. Le son change minutieusement, pendant de longues durées, avant de passer brutalement une porte et de se retrouver dans un autre territoire. C'est absorbant parce qu'il se passe toujours quelque chose, quelque chose de minutieux parfois, quand notre rêverie n'est pas sauvagement interrompue pour passer à une autre texture sans avertissement.
Et quand on n'arrive pas à prévenir ce qui va suivre, c'est bon signe pour moi. Quand la musique nous plonge dans un état d'attente, de questionnement et de tension tout en utilisant un minimum de moyens, le tout avec des sons entendus nulle part ailleurs, c'est qu'on est face là à quelque chose de vraiment réussi, de créatif, inventif, intelligent et tout ce que l'on veut, mais pas face à une expérimentation conventionnelle.
COPPICE - Bypass Ideal (cassette, 2015, Hideous Replica) : http://www.hideousreplica.co.uk/HR9
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Birgit Ulher & Gregory Büttner - Araripepipra
Au début des années, les improvisateurs dits réductionnistes, ou pas, ont multipliés les improvisations mixtes pour instruments et électronique, c'était l'apogée des sine waves et des nouvelles formations d'eai (improvisation électroacoustique) qui ont fleuri sur tous les continents. Une dizaine d'années plus tard, l'aventure continue avec certains musiciens qui explorent toujours ce riche filon où instruments et outils électroniques ou non instrumentaux (musicaux) sont sur un pied d'égalité.
Ainsi, Birgit Ulher et Gregory Bütnner publient aujourd'hui leur deuxième duo, intitulé Araripepipra, après un mini-CD édité il y a quelques années. On trouve la première à la trompette, radio, haut-parleurs et objets, et le second à l'ordinateur, objets, ventilateurs, et haut-parleurs. Le duo pratique de l'improvisation libre non-idiomatique fortement concentré sur le timbre. Il s'aventure sur des territoires sonores toujours surprenants, des territoires abstraits et bruitistes, ni forts ni faibles, ni lisses ni abrasifs. Il s'aventure dans des sons juste nouveaux. Ulher et Büttner fabriquent une musique qui craque, qui bipe, qui résonne longuement ou claque sèchement. Des souffles, des percussions, des longues tonalités très aiguës et des bruits indistincts se mélangent pour former un dialogue riche de sons frais. L'écoute est attentive, l'attention au son et l'inventivité sont de la partie, c'est fin, précis, et beau. Oui, il s'agit d'eai, ou de post-eai comme on dit maintenant, ou même de réductionnisme comme on dit toujours, bref de l'improvisation libre électroacoustique, ni noise, ni intense et volubile, de l'improvisation pas si spontanée mais réfléchie, de l'improvisation créative avec des textures toujours neuves et une faculté de dialoguer soniquement bien établie.
BIRGIT ULHER & GREGORY BÜTTNER - Araripepipra (CD, Hideous Replica, 2014) : lien
Ainsi, Birgit Ulher et Gregory Bütnner publient aujourd'hui leur deuxième duo, intitulé Araripepipra, après un mini-CD édité il y a quelques années. On trouve la première à la trompette, radio, haut-parleurs et objets, et le second à l'ordinateur, objets, ventilateurs, et haut-parleurs. Le duo pratique de l'improvisation libre non-idiomatique fortement concentré sur le timbre. Il s'aventure sur des territoires sonores toujours surprenants, des territoires abstraits et bruitistes, ni forts ni faibles, ni lisses ni abrasifs. Il s'aventure dans des sons juste nouveaux. Ulher et Büttner fabriquent une musique qui craque, qui bipe, qui résonne longuement ou claque sèchement. Des souffles, des percussions, des longues tonalités très aiguës et des bruits indistincts se mélangent pour former un dialogue riche de sons frais. L'écoute est attentive, l'attention au son et l'inventivité sont de la partie, c'est fin, précis, et beau. Oui, il s'agit d'eai, ou de post-eai comme on dit maintenant, ou même de réductionnisme comme on dit toujours, bref de l'improvisation libre électroacoustique, ni noise, ni intense et volubile, de l'improvisation pas si spontanée mais réfléchie, de l'improvisation créative avec des textures toujours neuves et une faculté de dialoguer soniquement bien établie.
BIRGIT ULHER & GREGORY BÜTTNER - Araripepipra (CD, Hideous Replica, 2014) : lien
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