Affichage des articles dont le libellé est Itaru Oki. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Itaru Oki. Afficher tous les articles

Itaru Oki - chorui zukan

ITARU OKI - chorui zukan (Improvising Beings, 2014)
Trompettiste japonais, Itaru Oki a quitté son pays pour la France au milieu des années 70 après avoir été actif au sein de la scène free jazz tokyoïte. J'avais déjà entendu plusieurs disques auxquels il participait, notamment aux côtés de Benjamin Duboc, Jean-Noël Cognard et Michel Pilz (entre autres) il n'y a pas très longtemps, mais c'est la première fois avec chorui zukan que j'entends ce musicien en solo (sur lequel il utilise trompette et bugle).

Il et finalement assez peu questions de techniques étendues ici, et encore moins de recherches sonores. Ce solo de Itaru Oki est très free jazz, voire jazz. Et c'est pas plus mal à mon avis. Car au lieu de chercher les sons les plus silencieux ou le plus bruitistes possibles, Itaru Oki s'est concentré sur le développement d'un langage personnel, libre et intime. Un langage qui utilise les phrasés jazz, qui n'hésite pas non plus à revisiter des standards (de Monk surtout), mais qui reste libre. Itaru Oki peut jouer des thèmes jazz à certains moments, ou faire de "l'improvisation libre", rien ne l'empêche d'être lyrique et puissant à chaque moment. Que ses phrases et que son jeu soient rythmiques, mélodiques, nostalgiques, "libres", jazz, atonaux, ce qui compte, c'est que Oki joue ce qu'il a envie de jouer, et c'est tout son charme. J'aime bien ce solo non pas pour son côté innovant ou explorateur, Itaru Oki joue de la trompette de manière assez traditionnelle, mais il en joue très bien d'un côté, et avec le coeur surtout. Au lieu d'inventer un langage pseudo innovant, Itaru Oki développe le sien, avec toutes les références, les influences et l'histoire qu'il contient. Des influences qui sont intégrées et non niées : influences du jazz et du swing qui lui est propre, du free et de l'intensité comme de la liberté qui lui appartiennent.

Un beau solo de cuivres jazzy mais puissant, libre de manière dansante et viscérale. Du free très jazz, avec tout le swing et la puissance que ça peut recéler. Du free plein d'énergie, d'émotions et de beauté.

Ressuage - Semelles de fondation (LP)

RESSUAGE - Semelles de fondation (Bloc Thyristors/Bimbo Tower, 2011)
Après cette semaine consacrée aux différents projets du batteur aux multiples facettes Jean-Noël Cognard, je conclus cette série avec Ressuage, une formation qui regroupe Michel Pilz à la clarinette basse (important musicien pour le free jazz français dans les années 80 - souvent éclipsé par Portal et Sylvain Kassap), Itaru Oki (qui a également beaucoup joué avec Michel Pilz) à la trompette, bugle et flûte, Benjamin Duboc à la contrebasse, Jean-Noël Cognard à la batterie, Patrick Müller à "l'électrosonic", et Sebastian Rivas à l'ordinateur.

La musique de Ressuage semble marquée par les années 70 et 80 : par les nappes électroniques et numériques proches du synthétiseur, par les pédales de réverbération et de delay sur les vents, par l'ostinato et la rythmique binaire - rythmique tout de même éclatée par moments qui pourrait faire penser à une sorte de free jazz fusion moderne. Car oui, malgré tout ça, il s'agit bien de free avant tout. Il n'y a pas de thèmes ni de grilles d'accord, les improvisations sont souvent collectives mais utilisent des modes basés l'ostinato de la basse. La plupart des improvisations sont donc assez mélodieuses, émotives et lyriques (enfin jazzy quoi), la section rythmique précise, minutieuse et primitive (c'est-à-dire plutôt rock). Du coup, c'est à l'électronique de rompre le tout, de former le contrepoint parfait avec des interventions brusques, spontanées et agressives.

Le mélange des genres est étonnant et intime, on pourrait penser à du Miles de la période électrique qui se serait tourné vers le free, ou à du free des années 80 qui n'aurait pas rejeté ce qui l'entourait. C'est d'ailleurs ce qui fait la force et l'originalité de Jean-Noël Cognard : il fait du free et de la musique improvisée sans mettre ses goûts et ses influences de côté. Tout est bien au contraire intégré et composé de manière à créer une musique personnelle, nouvelle et pleine de références. Une musique intime mais tourné vers tous les mélomanes quelque soit leur bagage, et surtout, comme toujours : une musique passionnée, jouée avec passion par des musiciens passionnés.