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Ressuage - Semelles de fondation (LP)

RESSUAGE - Semelles de fondation (Bloc Thyristors/Bimbo Tower, 2011)
Après cette semaine consacrée aux différents projets du batteur aux multiples facettes Jean-Noël Cognard, je conclus cette série avec Ressuage, une formation qui regroupe Michel Pilz à la clarinette basse (important musicien pour le free jazz français dans les années 80 - souvent éclipsé par Portal et Sylvain Kassap), Itaru Oki (qui a également beaucoup joué avec Michel Pilz) à la trompette, bugle et flûte, Benjamin Duboc à la contrebasse, Jean-Noël Cognard à la batterie, Patrick Müller à "l'électrosonic", et Sebastian Rivas à l'ordinateur.

La musique de Ressuage semble marquée par les années 70 et 80 : par les nappes électroniques et numériques proches du synthétiseur, par les pédales de réverbération et de delay sur les vents, par l'ostinato et la rythmique binaire - rythmique tout de même éclatée par moments qui pourrait faire penser à une sorte de free jazz fusion moderne. Car oui, malgré tout ça, il s'agit bien de free avant tout. Il n'y a pas de thèmes ni de grilles d'accord, les improvisations sont souvent collectives mais utilisent des modes basés l'ostinato de la basse. La plupart des improvisations sont donc assez mélodieuses, émotives et lyriques (enfin jazzy quoi), la section rythmique précise, minutieuse et primitive (c'est-à-dire plutôt rock). Du coup, c'est à l'électronique de rompre le tout, de former le contrepoint parfait avec des interventions brusques, spontanées et agressives.

Le mélange des genres est étonnant et intime, on pourrait penser à du Miles de la période électrique qui se serait tourné vers le free, ou à du free des années 80 qui n'aurait pas rejeté ce qui l'entourait. C'est d'ailleurs ce qui fait la force et l'originalité de Jean-Noël Cognard : il fait du free et de la musique improvisée sans mettre ses goûts et ses influences de côté. Tout est bien au contraire intégré et composé de manière à créer une musique personnelle, nouvelle et pleine de références. Une musique intime mais tourné vers tous les mélomanes quelque soit leur bagage, et surtout, comme toujours : une musique passionnée, jouée avec passion par des musiciens passionnés.

La Vierge de Nuremberg - Le retour de (LP)

LA VIERGE DE NUREMBERG - Le retour de (Bloc Thyristors/Bimbo Tower, 2012)
Si chaque décennie s'évertue à faire revivre une génération, la notre semble bien déterminée à continuer les années 80, notamment à travers une pelletée de groupes revival proches du post-punk et de la no-wave. Et c'est rarement agréable de voir une bande de moustachus branchés de vingt ans refaire la musique de Pere Ubu, des Contortions, quand ce n'est pas - en toute modestie - Joy Division ou The Cure. Tout ça pour dire que La Vierge de Nuremberg - projet qui regroupe Jac Berrocal (trompette, chant), Jean-Noël Cognard (batterie), Philippe Thiphaine (guitares), Ben Ajrab (basse), Rivkah (voix et claviers) et Quentin Rollet (saxophone alto) - s'apparente aussi à un de ces récents projets post-punk, sauf qu'il ne s'agit pas de la même catégorie de musiciens, puisqu'au moins trois d'entre eux sont clairement issus du jazz, du free et de l'improvisation libre (Berrocal, Rollet et Cognard).

Il s'y apparente, mais pour de meilleurs raisons qu'une vaine tentative de revival. La Vierge de Nuremberg, c'est autant rock que jazz, aussi punk que free. C'est avant tout du post-punk dans la mesure où le groupe a compris les limites de chaque genre, les repousse et es brise, mais surtout parce qu'ils ne font que ce qu'ils ont envie de faire, avec passion et persévérance. Du coup, c'est parfois inattendu et original quand les esthétiques se croisent et se mélangent, c'est aussi parfois kitsch comme un morceau de Noir Désir, mais aussi poétique comme du Miles, ou urgent et libre comme du free.

Les pièces sont courtes et très différentes - même si on n'est jamais très loin du rock. Les propositions sont nombreuses et inégales, certaines m'indiffèrent (les plus rock et conventionnelles) et d'autres me réjouissent beaucoup (les plus virulentes ou les plus osées). Mais peu importe à vrai dire. Quelque soit la musique proposée, quelque soit sa valeur à nos yeux, elle est toujours jouée comme il se doit : avec de la passion, des tripes et de la joie. Toutes les idées ne me plaisent pas non mais l'investissement est si énergique et passionné qu'on se laisse facilement prendre au jeu. Il s'agit quand même de rock très inspiré, libre et, je le répète, passionné. Très bon travail.