Dernière publication en date du Grand Chahut, ce Solo pour 227 cordes du pianiste Lionel Malric est de loin le plus réussi à mon goût, en tout cas, il est certainement le plus abouti de ces trois disques. Cette suite de 10 pièces entièrement acoustiques explore une vaste étendue des potentialités du piano notamment grâce à une virtuose et ingénieuse préparation de l'instrument. Ainsi, le piano peut se faire tour à tour gamelan sauvagement percussif (réminiscence des Balinaises Chahutations) ou bourdon primitif proche de la vielle à roue, aussi bien que mélodieusement romantique et aéré. Mais chaque pièce ne se consacre pas à un mode de jeu particulier, ils se mélangent sans cesse, s'imbriquent et s'opposent selon une structure équilibrée savante. Ainsi, une mélodie écrite verticalement peut se juxtaposer à la linéarité d'une nappe bruitiste, des figures rythmiques étrangères se marient tant bien que mal, un riff binaire et tonal surgit d'une exploration sonore atonale et arythmique, le frottement métallique d'une corde laisse place à un jeu percussif qui attaque le cadre du piano, ou à un espace éthéré fait de longues résonances où chaque harmonique peut librement et gracieusement s'envoler.
Que l'écriture et les structures soient groovy, aventureuses et exploratrices, ou dadaïstes par les nombreux collages et les multiples ruptures, Lionel Malric fait constamment preuve d'un talent compositionnel au moins égal à sa virtuosité d'instrumentiste et à son ingéniosité dans la préparation et l'utilisation du piano. Il y a un très bon équilibre dans la diversité des territoires et des univers exploités comme dans le mariage des multiples modes de jeu et d'écriture savamment agencés. Ce Solo pour 227 cordes forme comme une sorte de road-movie qui nous promène à travers les immenses plaines du piano, à travers ses possibilités sonores et ses potentialités fonctionnelles. Un voyage sensible et intense qui passe par les contrées escarpées de la polyrythmie, les sentiers battus, émouvants et sensibles des mélodies, et les paysages arides de l'exploration texturale du son.
Laissez vous emporter par ce collage riche de matières et de formes structurelles hétéroclites, aussi libre et aventureux que pouvait l'être dada. Un disque intense, généreux et chaleureux comme savent généralement l'être les membres du Grand Chahut. Recommandé!
Affichage des articles dont le libellé est Lionel Malric. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lionel Malric. Afficher tous les articles
Balinaises Chahutations - Kabar Campuran! (Grand Chahut Collectif, 2009)
Pour son premier album, le label du Grand Chahut Collectif a publié sept pièces pour un ensemble singulier usant d'instruments issus des musiques actuelles (guitares, électronique), populaires et savantes occidentales (cornet, contrebasse, clarinette), plus sept instrumentistes sur des percussions balinaises. Cet ensemble (plutôt énorme, ils ont été jusqu'à 17 musiciens) formait un orchestre nommé Balinaises Chahutations qui selon leurs termes, joue une "musique asie-mutée pour petit gamelan et orchestre électrfié".
Surprenant mélange composé d'instruments, de cycles et de rythmes balinais, de riffs très rock, de solos swinguant, et d'expérimentations au theremin et à l'électronique. Surprenant mais savant, car ces éléments complètement hétéroclites se juxtaposent et s'équilibrent: il n'y a ni fusion à proprement parler, ni opposition mais une utilisation et une inspiration libres et sans contraintes ni tabous. Finalement, on se retrouve face à une musique fraîche, et plutôt jouissive, qui imbrique, de manière verticale (au niveau de l'écriture), des blocs culturels hétérogènes en annihilant les frontières qui les séparaient auparavant. Les trois membres du Nœud Logique (voir chronique ci-dessous) sont présents dans ce big-band moderne et la même volonté de s'approprier et d'intégrer diverses influences, de les mettre à plat pour composer une musique où elles semblent placées sur un terrain égalitaire et horizontal, la même volonté donc, semble guider l'écriture et l'interprétation de ces sept pièces. On se laisse facilement emporté par ces mélodies tonales, ces riffs au groove saisissant, ces polyrythmies, ces solis et ces improvisations dirigées aux allures de sound painting.
Une écoute décontractée, apaisante et facilitée par les nombreuses références musicales présentes dans ce disque: de l'amateur de reggae au rockeur, en passant par les jazzeux, les amateurs d'expérimentations et d'exotisme, tout le monde y trouve son compte. Une musique peut-être plus simple qu'elle n'y paraît, mais efficace et enthousiasmante, de par son énergie et sa volonté d'explorer l'intersection entre les genres. Loin du zapping qui conserve les frontières entre les genres, Balinaises Chahutations les balaient dans un swing envoutant et hypnotique, dans la répétition de cycles polyrythmiques et polyculturels ainsi que dans l'imbrication de modèles musicaux. Entre gamelan pour touristes occidentaux et big-band pour éthnologues, Balinaises Chahutations proposent une musique chaleureuse, joyeuse, énergique et dansante, idéale en cette saison estivale...
Tracklist: 01-Dewalgue / 02-Marche / 03-St Edienne / 04-Rouli roula / 05-Wock / 06-Bolibaléro / 07-La java des grenouilles
Surprenant mélange composé d'instruments, de cycles et de rythmes balinais, de riffs très rock, de solos swinguant, et d'expérimentations au theremin et à l'électronique. Surprenant mais savant, car ces éléments complètement hétéroclites se juxtaposent et s'équilibrent: il n'y a ni fusion à proprement parler, ni opposition mais une utilisation et une inspiration libres et sans contraintes ni tabous. Finalement, on se retrouve face à une musique fraîche, et plutôt jouissive, qui imbrique, de manière verticale (au niveau de l'écriture), des blocs culturels hétérogènes en annihilant les frontières qui les séparaient auparavant. Les trois membres du Nœud Logique (voir chronique ci-dessous) sont présents dans ce big-band moderne et la même volonté de s'approprier et d'intégrer diverses influences, de les mettre à plat pour composer une musique où elles semblent placées sur un terrain égalitaire et horizontal, la même volonté donc, semble guider l'écriture et l'interprétation de ces sept pièces. On se laisse facilement emporté par ces mélodies tonales, ces riffs au groove saisissant, ces polyrythmies, ces solis et ces improvisations dirigées aux allures de sound painting.
Une écoute décontractée, apaisante et facilitée par les nombreuses références musicales présentes dans ce disque: de l'amateur de reggae au rockeur, en passant par les jazzeux, les amateurs d'expérimentations et d'exotisme, tout le monde y trouve son compte. Une musique peut-être plus simple qu'elle n'y paraît, mais efficace et enthousiasmante, de par son énergie et sa volonté d'explorer l'intersection entre les genres. Loin du zapping qui conserve les frontières entre les genres, Balinaises Chahutations les balaient dans un swing envoutant et hypnotique, dans la répétition de cycles polyrythmiques et polyculturels ainsi que dans l'imbrication de modèles musicaux. Entre gamelan pour touristes occidentaux et big-band pour éthnologues, Balinaises Chahutations proposent une musique chaleureuse, joyeuse, énergique et dansante, idéale en cette saison estivale...
Tracklist: 01-Dewalgue / 02-Marche / 03-St Edienne / 04-Rouli roula / 05-Wock / 06-Bolibaléro / 07-La java des grenouilles
Le nœud logique + Yuko Oshima (Grand Chahut Collectif, 2009)
Pour ces improvisations enregistrées lors d'une tournée en 2008, la batteuse Yuko Oshima accompagne Le nœud logique, un trio français qui regroupe trois musiciens issus du Grand Chahut Collectif: Anne Montagard à la clarinette, voix et objets, Lionel Malric à l'électronique et aux claviers, et Yannis Frier à la guitare électrique (plus magnétophone et radio). Anecdotique, on pourra également noter la collaboration du trompettiste Jean-Luc Cappozzo sur la troisième piste...
Le nœud logique + Yuko Oshima forment ainsi un quartet plutôt énergique et brut, au son original sans être dénué de clichés. Entre free jazz, rock et électroacoustique, ce quartet ne sait pas toujours où se situer et utilise des éléments idiomatiques de ces quelques courants musicaux sans se placer clairement vis-à-vis de ces langages qui se mélangent. Il peut parfois y avoir un air de déjà-entendu dans l'utilisation de l'électronique façon zapping par exemple, ou dans les breaks d'Oshima typiques du free rock, mais en fin de compte, ce pot-pourri kaléidoscopique forme progressivement une ambiance singulière portée par une énergie brute. Car ce quartet a des choses à dire, elles sont nombreuses et doivent sortir tout de suite. Et sans se poser de question (il n'est certainement pas question d'improvisations froides et conceptuelles ici), Le nœud logique + Yuko Oshima sortent ce qu'ils ont dans le ventre, de manière chaleureuse, généreuse, innocente et spontanée.
Six improvisations brutes et primitives qui sortent de l'ordinaire sans le rejeter systématiquement, qui l'intègrent même avec assurance la plupart du temps, assurance que l'on trouve aussi dans quelques explorations et expérimentations audacieuses et plus singulières. Parfois facile peut-être, on se laisse néanmoins facilement prendre par l'énergie pure de cette rencontre, et par le talent indéniable de ces quatre instrumentistes, qui laisse entrevoir de futures formations plus abouties, tel le Nicht Rio par exemple.
Tracklist: 01-End with the wolf / 02-Kong què / 03-Buzz & Youri / 04-Au plafond de l'orbite / 05-Knack, kneck, knick, knock, knuck / 06-Introduction de l'élan en terre-Neuve
Nicht Rio - Title Turtle (Insubordinations, 2011)
Lionel Malric: piano préparé
Yannis Frier: table guitar, objets amplifiés
Sébastien Bouhana: percussions, batterie
Quelques mois après le très réussi Tambour, pas tant (chronique ici), le percussionniste Sébastien Bouhana publie une nouvelle œuvre (sa troisième) sur le netlabel suisse Insubordinations, cette fois en compagnie de deux camarades du Grand Chahut Collectif, Yannis Frier à la guitare, et Lionel Malric au piano. Title Turtle, du Nicht Rio donc, est une unique pièce de 30 minutes, peut-être longue pour une seule piste, mais trop courte pour un album.
Sur cette pièce, l'équilibre entre les instruments est constamment assuré même s'ils interviennent continuellement. Quelques mélodies fantomatiques surgissent parfois des ingénieuses préparations de Malric, ainsi que des rythmes ou des pulsations instables, minimalistes et pointillistes. Mais ces quelques repères musicaux et traditionnels, au même titre que les expérimentations sonores les plus avant-gardistes, sont toujours au service d'une texture recherchée et précise. Car Title Turtle est avant tout une riche et formidable succession de textures profondes et unifiées composées de strates distinctes et superposées. Et c'est dans cette superposition que réside l'équilibre alchimique déjà remarqué et remarquable. Les différentes nappes s'équilibrent car elles ont toutes la même intensité au même moment, parce qu'elles sont toutes asservies à la même texture et ont toutes la même fonction organique. Et même si elles sont aussi distinctes qu'hétéroclites (peaux frottées, guitare et piano préparés, radio, etc.) de par l'utilisation de nombreuses techniques étendues, elles n'en restent pas moins unies en une seule texture et une seule dynamique qui leur confèrent un caractère unifié, homogène, et égalitaire, les strates qui forment la texture ressemblent à l'émergence d'identités à travers la communauté.
Une musique véritablement holiste où chaque partie sert le Tout, où les timbres composent la texture, où les énergies composent les dynamiques et où les individualités desservent la musique. La réunion de ces trois trajectoires riches et singulières forme un espace original, intense, riche et profond où tout peut se superposer, s'interpénétrer, interagir et se confronter dans une architecture texturale et holiste, intelligente et réussie. Hautement recommandé!
Title Turtle est publié sous une licence creative commons, il est gratuitement téléchargeable ici.
Inscription à :
Articles (Atom)


