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Die Hochstapler - The Braxtornette Project

DIE HOCHSTAPLER - The Braxtornette Project (Umlaut, 2013)
Die Hochstapler est le nom (bien modeste, puisqu'il signifie les imposteurs) d'un quartet qui travaille sur les compositions de deux des plus grandes figures du free jazz : Anthony Braxton et Ornette Coleman. Ce projet qui a récemment fêté son deuxième anniversaire regroupe Pierre Borel au saxophone alto, Louis Laurain à la trompette, Antonio Borghini à la contrebasse et Hannes Lingens à la batterie (hormis sur la première partie ici où Lingens est remplacé par Tobias Backhaus à la batterie).

Je disais que le nom est modeste car le quartet présente son travail non comme une forme d'interprétation ou de réalisation des compositions de Braxton et d'Ornette, mais comme un vol de leurs oeuvres. Die Hochspatler ne joue pas à la manière de Braxton ou d'Ornette, ils n'essayent pas de leur ressember, ils se réapproprient leurs pièces comme un matériau de base pour leur improvisation, mais c'est tout à leur honneur je pense. Et j'imagine que c'est aussi le souhait de Braxton et de Coleman qui seraient plus furieux qu'autre chose d'entendre des musiciens tenter de les imiter ou de les copier.

Quoiqu'il en soit, ce double disque propose une suite en quatre parties. Sur les deux premières, on retrouve surtout des compositions des années 70 (celles parues chez hathut pour Braxton), qui se succèdent par intermittence. Le quartet joue une pièce de Braxton, puis une d'Ornette, en accordant bien sûr une large part aux improvisations entre chacune. Des improvisations solo, avec accompagnement rythmique souvent, ou des improvisations collectives. Mais dans tous les cas, le quartet ne joue pas sur l'exploration sonique, mais sur le swing, sur l'harmonie, sur le phrasé, sur l'énergie surtout, sur la rapidité et la virtuosité, et sur la joie de jouer cette musique, sur l'amour qu'ils semblent lui porter.

Avec le second disque, le quartet commence à mélanger les compositions, à mélanger l'écriture, les thèmes et les improvisations pour arriver à quelque chose de plus abstrait peut-être, mais toujours joué de la même manière. Seule la structure devient plus abstraite, plus complexe, mais les musiciens continuent de jouer avec la même joie, le même humour, avec une énergie inépuisable et un talent remarquable. "Malgré" la complexité des structures et leur enchevêtrement, les musiciens continuent de jouer sur le lyrisme, sur la mélodie, de jouer avec simplicité et spontanéité, et c'est ce mélange entre des structures abstraites et une réalisation très organique, très concrète (faite de phrasés qui swinguent, d'accents rythmiques toujours bien placés et d'attaques puissantes) qui fait de la musique de Die Hochspatler une musique unique et personnelle, très loin de l'imposture.

Pour finir, en hommage au Free Jazz d'Ornette, Die Hochspatler nous réserve une très belle surprise en invitant les quatre membres de Peeping Tom à se joindre à eux pour former un double quartet augmenté pour ces vingt dernières minutes de Pierre-Antoine Badaroux au saxophone alto, Axel Dörner à la trompette, Joel Grip à la contrebasse et Antonin Gerbal à la batterie. Etonnamment, il y a beaucoup moins d'improvisations collectives que je ne l'aurais imaginé, le double quartet ne joue pourtant que trois compositions sur cette pièce, mais il les joue en accordant une grande place aux improvisations solistes, accompagnées ou non. Et pour ceux qui connaissent Peeping Tom, excellent quartet qui s'est spécialisé dans une forme free du bop, ils ne seront pas surpris de se retrouver face à des improvisations qui swinguent toujours autant, qui sont toujours réalisées avec une rapidité et une dextérité hallucinantes. Le double quartet joue ici un mélange de Free Jazz et de la composition 348 de Braxton avec toujours autant d'énergie, de talent, d'émotion, de sensibilité, d'honnêteté et de puissance.

Un disque dansant, intense, qui ne s'arrête jamais, qui swingue, mais qui est libre, honnête, et original. Un très bel hommage à Braxton et Ornette, l'hommage idéal pour des compositions free jazz, un hommage libre, singulier et respectueux de l'oeuvre de chacun. Excellent projet, vivement conseillé.

rodolphe loubatière & cie.


olivier dumont & rodolphe loubatière - nervure (creative sources, 2012)
louis laurain/rodolphe loubatière/yoann durant - au dehors (creative sources, 2012)

Deux disque parus chez Creative Sources que je viens de recevoir de la part de Rodolphe Loubatière. Autant de musiciens français que je n'avais encore jamais entendu. Le premier, nervure, est une collaboration entre Loubatière (batterie) et Olivier Dumont (guitare). Il s'agit de trois improvisations chacune assez longues. De l'improvisation libre instrumentale qui se rapproche du minimalisme tout en s'inspirant de l'improvisation libre non-idiomatique. Dumont et Loubatière génère des textures souvent abrasives et tendues, tout en étant énergiques et nerveux par moments, et contemplatifs à d'autres instants. Le duo joue sur les tensions, les reliefs d'un côté, mais également beaucoup sur l'écoute et l'interaction. Le frottement des peaux et des cymbales se fond dans un larsen, l'agitation des micro-contacts se mêle aux percussions nerveuses et arythmiques de Loubatière. Les timbres sont assez recherchés, les couleurs sont plutôt neuves, et l'écoute est d'une attention constante. C'est varié, pour sûr, mais cet aspect hétéroclite paraît parfois un peu brouillon. On voudrait une position plus claire, moins de compromis et d'entre-deux. Mais on ne peut pas tout avoir... Et ce qu'on a ici, ce sont quand même trois pièces riches, denses, très attentives aux textures et à l'interaction, réactives et collectives. Trois pièces qui s'aventurent quand même avec facilité sur différents terrains, malgré un manque d'affirmation je trouve. Ce n'est pas mémorable, même si les deux musiciens sont talentueux et inventifs. Un disque que j'écoute sans grand plaisir et que j'oublierai donc certainement rapidement, tout en me demandant ce que sera la suite de ces musiciens. Affaire à suivre.

L'autre disque est au dehors, paru sur le même label. Cette fois, Rodolphe Loubatière (batterie) est accompagné de Louis Laurain (saxophone) et Yoann Durant (trompette). Un trio beaucoup plus réactif, où de nombreuses relations voient le jour. Beaucoup de techniques étendues et de recherches sur les textures aussi, mais l'interaction est ici plus claire, chaque musicien a une place précise et contribue à augmenter l'intensité et la puissance des territoires sonores produits. Une musique urgente, spontanée, nerveuse et quelque fois agressive. En six pièces et une petite trentaine de minutes, le trio Laurain/Loubatière/Durant exploite de nombreux univers sonores et musicaux avec virtuosité et réactivité. Improvisations débridées, intenses et puissantes, parfois explosives; six pièces denses et riches. Les réactions entre chacun des musiciens sont précises, pointues, affirmées et claires, la direction est unique même si elle peut prendre des virages à tout moment. Un très bon moment d'improvisation libre, qui peut être rythmé, interactif et textural, contemplatif, tendu, ou d'une intensité éprouvante. Le tout avec des sonorités très travaillées et surprenantes. Conseillé.

dumont & loubatière:

laurain/loubatière/durant: