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Thomas Ankersmit - Perceptual Geography

 Comme sur ses précédents disques, Thomas Ankersmit délivre pour son dernier opus une longue pièce de près de 40 minutes divisée en plusieurs mouvements distincts. On y retrouve des éléments connus comme les grésillements stridents évoquant des insectes ou des courants électriques, les très courts assauts de bruit pas forcément forts mais extrêmement percutant, les fréquences aiguës itératives, les émissions otoacoustiques continues, la spatialisation très mouvementée du son.

Thomas Ankersmit ne semble pas avoir opté pour le renouvellement mais pour un affinement de sa pratique. Ses méthodes de composition ainsi que ses techniques de jeux ne cessent de se préciser pour créer des situations de plus en plus concrètes, des narrations de plus en plus fines et évocatrices. Qu'il utilise des pépiements ou des fourmillements de fréquences aiguës, des flux de masses sourdes et graves, rien n'est gratuit et tout est pensé pour évoquer un espace, une sensation, un mouvement. Ce disque se déroule comme un film d'une certaine manière, ou peut-être comme la carte d'un pays imaginaire si l'on se fie au titre. Thomas Ankersmit déploie de vastes territoires sonores et dessine des lieux qui paraissent à la fois complètement oniriques et imaginaires, et en même temps, ces lieux sont perçus comme réels, présents, s'offrant à nous dans toute leur richesse sonore. 

Toute la force de ce disque réside certainement dans ce lien entre l'imaginaire et le réel. En s'appuyant sur des textures, des timbres et des effets uniques, Ankersmit parvient à peindre une sorte de géographie poétique et onirique, il raconte l'histoire d'un pays qui n'existe pas, que l'on ne peut qu'imaginer. Cependant, le travail sur le son, la temporalité, la spatialisation et la composition est si fin, si intelligent, que cette histoire, ou ce dessin, tous ces tracés sonores qui jouent sur la perception nous amènent à douter de notre perception du réel et de l'imaginaire. On en vient à se plonger dans ce monde où des sonorités uniques s'enchevêtrent, on plonge dans ce monde imaginaire en ayant l'impression d'être dans un monde irréel mais dont la présence est saisissante. 


THOMAS ANKERSMIT - Perceptual Geography (CD, 2021, Shelter Press)

Shelter Press bandcamp

Thomas Ankersmit - Homage to Dick Raaijmakers

Après quatre ans d'absence, Thomas Ankersmit revient enfin avec un nouveau solo à paraître durant septembre, un disque hautement recommandé pour n'importe quellle personne intéressée par la musique électroacoustique, la noise, ou les compositions pour synthétiseurs modulaires. Il s'agit d'une commande de Sonic Acts pour une composition électronique en hommage au compositeur Dick Raaijmakers, décédé en 2013, réalisée sur un système modulaire Serge, accompagné de micro contacts et d'un générateur de sinusoïdes et d'ondes carrées.



La pièce est composée de plusieurs parties distinctes qui forment des blocs plutôt homogènes. On traverse différents environnements qui peuvent être aussi bien des sortes de nuages sonores formés par le modulaire, des plages de fréquences simples qui se jouent des otoémissions acoustiques (ce pourquoi l'écoute au casque n'est pas conseillée), jusqu'au superbe climax atteint à la moitié de la composition, composé de fréquences abrasives et saturées, de larsens stridents et de brouillard analogique.



Je n'ai pas réécouté les précédents disques solo d'Ankersmit depuis pas mal de temps, mais j'ai l'impression que celui-ci est plus dépouillé, plus austère, et en même temps bien plus intense et superbement construit. Les différentes parties s'équilibrent très bien les unes les autres et forment une structure narrative cohérente et parfaite. Quant au son lui-même, c'est juste fantastique. Les premiers nuages forment des masses qui ressemblent à des field-recordings. On a plus l'impression d'entendre un enregistrement d'ambience qu'un synthétiseur. C'est organique, chaotique et rationnel comme la nature, une sorte d'atmosphère lourde et menaçante, monolithique et extrêmement vivante. Pour les passages plus axés sur des fréquences simples, je n'ai pas souvenir d'avoir entendu quelque chose d'aussi poussé depuis longtemps sur les recherches acoustiques. Avec deux ou trois fréquences (sine et pulse) et très peu de mouvement sonore, notre corps perçoit une multitude de phénomènes sonores illusoires selon notre place et nos mouvements. Puis vient ce climax monumental, une explosion de fréquences en tous genres, d'oscillateurs en larsens, de masses abrasives, de crépitements eléctriques et de distorsions.



La seconde partie du disque est moins claire et ces éléments se mélangent en plus de bandes manipulées et de micro-contacts manipulés assez discrètement. C'est plus calme, plus subtil et moins impressionnant à la première écoute mais c'est exactement ce qu'il fallait pour finir, reste une recherche de textures sonores plutôt hallucinante qui nous entraîne dans des contrées méconnues et inattendues.

En bref, voici un disque de musique électroacoustique monumental. Ankersmit développe un langage sonore inoui, dans une structure juste parfaite. On entend rarement un modulaire sonner de manière aussi vivante et abstraite en même temps, organique et austère, Ankersmit a su composer ici une musique unique au-delà du drone, de la noise et de l'électroacoustique, il s'agit d'une véritable composition musicale électronique, aussi puissante et organique que la meilleure des oeuvres pour orchestre.


THOMAS ANKERSMIT - Homage to Dick Raaijmakers (CD/LP, Shelter Press, 2018)

synthèses modulaires analogiques

Deux aspects des synthés analos, et plus particulièrement les modulaires, font de cet instrument un des plus riches que je connaisse. D'une part, comme l'ordinateur et dans la synthèse numérique, il y a la multitude de possibilités (proche de l'infini) qu'offre la synthèse. Additive ou soustractive, la synthèse permet de produire des sons toujours nouveaux en modifiant l'intensité ou le circuit de l'électricité. Mais surtout, du fait qu'ils soient analogiques, que l'électricité soit directement contrôlée par les potards et les patchs, les synthés modulaires n'ont pas le côté abstrait et médiatisé de l'ordinateur, le synthé modulaire c'est juste une infinité de possibilité sur un instrument en lien concret, immédiat et direct avec la production du son, il s'approche vraiment de la pratique instrumentale, et permet également de composer en direct avec des possibilités également infinies de mises en forme, qui vont des premières compositions d'Eliane Radigue à Thomas Lehn par exemple.

Un des nouveaux maîtres incontestés du synthétiseur modulaire est sans aucun l'ancien saxophoniste Thomas Ankersmit. En solo (avec son saxophone) ou en duo avec Valerio Tricoli, ce compositeur autrichien a déjà démontré son attention extrême au son et sa précision dans la composition. Sa production discographique est assez faible pour le moment, et c'est donc avec plaisir que je découvre un nouveau disque de cet excellent musicien, un CD publié par Touch et intitulé Figueroa Terrace.

Pour ce nouveau solo, Ankersmit est venu à CalArts aux Etats-Unis utiliser leur synthétiseur analogique modulaire Serge. Le Serge est typiquement le genre de machine énorme rêvée pour faire des drones massifs ou des murs de bruit tout aussi massifs. Mais ce n'est pas le but d'Ankersmit, qui s'intéresse autant à la forme qu'au son en lui-même. Ce dernier ne fait ni de la noise, ni du drone, il compose véritablement de la musique électronique. Bien sûr, il y a quelques éléments de noise, une utilisation abrasive des générateurs de bruit et des micro-contacts avec une lourde basse à la fin, mais ce n'est pas le propos du disque, c'est juste pour conclure en beauté avec une sorte de climax tendu et puissant.

Mais Ankersmit s'intéresse plus ici à des fréquences simples, sans enveloppe, sans bruit, des fréquences qui interagissent entre elles. Déjà quand il pratiquait le saxophone, il s'intéressait bien plus aux fréquences qu'il pouvait produire qu'aux notes elles-mêmes. Il ne s'agit pas de composer de manière tonale, mais de composer avec des fréquences et de fabriquer des amas de fréquences qui donnent vie à un univers sonore particulier. Ankersmit joue sur la microtonalité bien sûr, sur le frottement et les battements entre des fréquences proches, notamment dans les registres aigus. Les deux tiers du disque environ sont composés ainsi de quelques fréquences simples (sinusoïdales, carrés, en dents de scie, etc.) mais il y a peu voire pas d'enveloppes, d’échantillonneur et de séquenceur.

Ce n'est pas non plus une musique pour sinusoïdes pures comme on en entend de plus en plus. Thomas Ankersmit, d'accord', s'intéresse beaucoup aux phénomènes sonore liés aux frottements de plusieurs fréquences, mais il s'intéresse aussi beaucoup à la mise en forme du son, à son déroulement narratif et à la composition. Du coup, il joue aussi beaucoup sur les notions de dynamiques du son, il sculpte les masses sonores, il compose avec la densité du son ; bref il compose de la musique électronique. Et il la compose avec un sens du drame profond je trouve. Car la musique d'Ankersmit est d'un côté, très précise et sensible de manière sonique, mais aussi très intense et dramatique au niveau émotionnel. Il y a sorte de connaissance des phénomènes psychoacoustiques mise en jeu dans la composition. Telle densité, telle hauteur, tel volume sont utilisés pour générer des émotions précises chez l'auditeur. Peut-être pas précises, mais toujours pour que l'auditeur ressente quelque chose au niveau émotionnel. Et c'est certainement ce dernier point que j'apprécie le plus chez Ankersmit.

Même si au final, ce sens du drame, cette attention au son, et cette volonté de composer ne vont certainement pas l'un sans l'autre, c'est tout de même la maîtrise totale et l'addition de ces trois éléments qui font de Thomas Ankersmit l'un des compositeurs de musique électronique actuelle les plus intéressants.

Mais comme je le disais plus haut, les synthés modulaires sont aussi l'instrument idéal pour faire du drone/noise massif à la Kevin Drumm. Et c'est plus dans cette approche que J. L. Maire utilise son synthétiseur analogique, comme le montre son dernier disque en date, qui est aussi ma première rencontre avec ce musicien. Un CD-R avec peu d'informations, d'un musicien dont je n'avais auparavant jamais entendu parler, dans une pochette sérigraphiée assez kitch, je dois dire que quand j'ai reçu ce disque, je n'avais pas forcément envie de l'écouter tout de suite. Et pourtant, très belle surprise.

La forme est simple, J.L. Maire utilise de longs sons continus qui se superposent progressivement. Au début, le son est proche d'une guitare électrique, puis petit à petit, des sortes d'harmoniques et de textures proches de l'orgue apparaissent. Niveau volume ce n'est pas très fort, mais la dynamique des sons est toujours dans une zone de tension, et la superposition rend forcément le son global de plus en plus massif. Une sorte de nappe granulaire se forme ainsi progressivement, une nappe très belle, composée avec beaucoup d'attention au son. J'aime beaucoup ce disque car les premières minutes paraissent très simples, on dirait juste quelques légers larsens de guitare avec de la réverb et de l'écho, mais progressivement, le son devient de plus en plus riche et complexe, tendu et subtil, plein d'harmoniques et d'évènements microscopiques.

J.L. Maire propose donc une sorte de drone progressif pour synthé analogique. Tous les sons passent au séquenceur et se superposent pour former une masse sonore granulaire, belle, et subtile. Une masse qui devient de plus en plus intense sans véritable changement de dynamique. C'est subtil, judicieux et efficace.

Je ne sais pas ce qu'utilise J.L. Maire comme synthétiseur, mais en tout cas, Yvan Étienne, comme Thomas Ankersmit, utilise également un synthétiseur analogique modulaire Serge pour son dernier solo intitulé Feu (et publié par Aposiopèse, la label qui a également édité le dernier superbe disque de Thomas Tilly).  Il utilise un Serge, mais aussi de l'électronique, des field-recordings et de la vièle à roue, car Yvan Étienne travaille beaucoup sur les relations entre les différents arts et les différents médias, et ce n'est donc pas étonnant de la voir multiplier des sources sonores hétérogènes (même si par ailleurs, il peut aussi se concentrer parfois sur un seul instrument, telle la vièle à roue dans son duo Le Verdouble, en compagnie de Yann Gourdon).

Feu est donc un subtil mélange mélange entre les sources. Les trois compositions présentées ici sont plutôt linéaires, il n'y a pas de ruptures abruptes comme chez Ankersmit, mais ce n'est pas non plus aussi statique et monotone que le solo de Maire. Étienne. Il s'agit plutôt de sons continus qui glissent très progressivement d'un univers sonore à un autre. Quant au synthétiseur, il est surtout utilisé comme un générateur de nappes de bruit blanc, avec quelques excursions momentanées dans les échantillonneurs. Mais le plus important ici ne réside pas je pense dans l'approche de la synthèse, ni dans la composition à proprement, mais bien plutôt dans le savant et très fin miaxage des différentes sources.

Yvan Étienne, pour ce solo, compose trois pièces basées parfois sur la vièle, parfois sur le synthé, parfois sur le field-recordings, mais il travaille surtout sur le mixage parfait de ces sources jusqu'à ce qu'elles deviennent indistinctes. Le synthé est donc entre le bourdon et le bruit blanc pour soit se fondre dans les field-recordings (enregistrements de terrain bruts et le plus proches possibles du bruit blanc souvent), soit se fondre dans la vièle, ou inversement bien sûr. Et d'une part c'est réussi, Yvan Etienne a su composer une masse sonore indistincte ; mais en plus, ces trois éléments se complètent à merveille et forment des textures inouïes, riches, denses et complexes qui oscillent tout le temps entre le bruit pur, le bourdon et la musique électronique. Yvan Etienne a su composé ici trois pièces électroacoustiques mixtes d'une beauté, d'une luminosité et d'une massivité qui peuvent rappeler autant la précision d'Ankersmit que les masses microtonales de Phill Niblock. Un travail singulier, poétique, dense, et précis, hautement recommandé.

Pour faire un article plus complet, il aurait aussi fallu parler d'autres approches du synthé, comme un filtre dans certaines musiques électroacoustiques, comme un instrument dans l'improvisation libre, comme un générateur dans les musiques électroniques ; il aurait fallu parler de Thomas Lehn, de Robert Piotrowicz, et de bien d'autres. Mais déjà, avec ces trois artistes, on peut présenter succinctement les pratiques rendues possibles par un des plus riches instruments électroniques existant.

THOMAS ANKERSMIT - Figueroa Terrace (CD, Touch, 2014) : lien
J.L. MAIRE - sans titre (CDR, afeite al perro, 2014) : lien
YVAN ETIENNE - Feu (CD/digital, Aposiopèse, 2014) : lien / bandcamp

Valerio Tricoli & Thomas Ankersmit - Forma II (PAN, 2011)





 Thomas Ankersmit & Valerio Tricoli: serge analogue modular synthesizer, alto saxophone, guitar pickups, holosonic speakers, revox tape recorder, walkman, computer

Si Ankersmit et Tricoli collaborent ensemble depuis pas mal de temps déjà, c'est la première fois qu'un disque de leur duo sort, sortie assurée par un label berlinois spécialisé dans les musiques électroniques, PAN Records. Forma II est une suite de cinq pièces électroacoustiques enregistrées entre 2008 et 2010, cinq pièces diversifiées et originales. Les deux comparses utilisent effectivement une palette d'instruments assez impressionnante et surtout très riche, et cette palette contribue fortement à l'originalité de ces enregistrements.

On l'avait déjà remarqué, Ankersmit aime confronter et superposer des strates de natures différentes: ici ce sont des saturations électroniques qui se placent sur des nappes analogiques (synthétiseur) ou acoustiques (saxophone). Des couches se forment sans cesse, les drones sont omniprésents, mais cette monotonie est constamment équilibrée par des intrusions de toutes sortes, des phénomènes sonores inattendus comme des courts crépitements, grésillements ou larsens. Des drones imposants qui se meuvent sur des territoires microtonaux attirent des sons évanescents par leur brièveté, mais consistant de par leur agressivité et leur intrusion toujours surprenante. Mais c'est aussi un espace saturé de sons qui s'oppose parfois à un espace vide et désolé, rempli de silence et de concentration, de médiation et de contemplation: l'étonnement devant le phénomène sonore l'emporte sur l'expression musicale, et les musiciens autrichiens et italiens se laissent guider par le son qui tend à devenir autonome. Ce qui fait que ces pièces peuvent aussi paraître impersonnelles, apathiques et inertes, alors même que la musique est réellement vivante, que les formes et les sons évoluent constamment dans un milieu chaleureux et organique.

En tout cas, sur l'ensemble du disque, l'écoute entre les deux partenaires est sensationnelle, on sent le fruit maturé d'une longue et intense (surtout) collaboration. Même si l'on perçoit régulièrement la présence de deux personnes, il est dur de savoir qui fait quoi, comment et où, le son est vraiment unifié, les intentions sont les mêmes pour chacun, et tous deux savent se fondre dans la structure et le timbre recherchés. Et même si les intentions ne sont pas toujours évidentes pour l'auditeur, elles le sont sans aucun doute pour les musiciens qui n'ont pas à se confronter sur ce terrain. Les interventions électroniques et numériques se fondent constamment dans les synthétiseurs et le saxophone, éléments sous-jacents mais omniprésents. De plus, grâce à ces mélanges et ces confrontations, les textures sont excessivement riches, profondes et vivantes: derrière l'aspect flottant et monotone se cache l'immensité d'un océan de timbres potentiels et/ou actuels.

Un dernier mot sur la pièce qui clôt cette série d'enregistrements, la magnifique Takht-e Tâvus. Ici, l'influence de Phill Niblock, pape du drone avec qui collabore encore régulièrement Thomas Ankersmit, est claire, et je devrais même plutôt parler d'affiliation que d'influence tant la similitude est frappante. Ce long drone est de loin la pièce la plus intense grâce à sa simplicité, et la plus riche, malgré sa simplicité... Ce n'est qu'une superposition de pistes enregistrées principalement au saxophone, certes, mais qui se déploie aux côtés de quelques couches analogiques et saturées. Un drone intense et extrêmement puissant, qui atteint une profondeur envoutante et magnifique.

Même si ces cinq pièces sont inégales et peuvent parfois être monotones ou instables, elles offrent toutes un intérêt certain, tant au niveau de la richesse des textures que de l'agencement des différents matériaux, aussi hétéroclites qu'ils soient. Matériaux qui s'agencent jusque sur la pochette où une jaquette transparente ornée de quelques motifs géométriques d'un bleu trop pur se superpose à une photo en noir et blanc, au grain riche, d'un paon, sur le digipack. Néanmoins, Forma II reste un bel exemple réussi d'architecture et d'exploration sonore.

Tracklist: 01-Zwerm voor Tithonus / 02-Brent Mini / 03-Hunt / 04-Plague #7 / 05-Takht-e Tâvus

Thomas Ankersmit - Live in Utrecht


THOMAS ANKERSMIT - Live in Utrecht (Ash International, 2010)

Thomas Ankersmit: Serge analogue modular synthesizer, computer, alto saxophone. Pre-recorded saxophone and reel-to-reel parts composed by Valerio Tricoli, with source material by Ankersmit.

01. Live in Utrecht

Je profite de la venue imminente de l'artiste hollandais au festival Cable# (Nantes) pour parler de son dernier disque. Après deux autoproductions maintenant introuvables et un split avec Jim O'Rourke, Ankersmit nous délivre enfin un disque solo. Pour commencer ce live formé d'un seul morceau, il y a une longue et aérienne nappe sonore, d'apparence fixe, elle est tout de même mouvementée comme une note pourrait l'être par un vibrato. Mais Ankersmit a l'esprit dialectique, et la confrontation des contraires ne se fait pas attendre. Très vite, des signaux dignes d'un John Wiese en version minimaliste et éthérée s'ajoutent, s'opposent, et interfèrent avec notre nappe sonore initiale. Ses mêmes signaux en viennent à se transformer eux-mêmes en une nappe toujours mouvementée de l'intérieure par un balancement/vibrato obsessionnel. 

Description très succincte et très partielle de ce qui peut se passer durant ce live. Ce à quoi je voulais en arriver, c'est surtout à cet aspect dialectique de la musique d'Ankersmit. Très noise, dissonante et saturée, elle n'en est pas violente pour autant, il y a toujours quelque chose qui vient adoucir et équilibrée le moindre élément agressif. Très minimale et abstraite, cette musique n'en est pas pour autant insensible ni exempte d'émotions, et une forme harmonique de beauté intervient régulièrement au milieu des interférences sinusoïdales et des imperfections sonores saturée. L'utilisation de l'électronique est également contrebalancée par le synthé analogique et le saxophone, ce qui permet d'échapper à l'aspect parfois trop abstrait de l'improvisation électroacoustique. Toutes les frontières se brouillent et se confondent dans cet enregistrement entre architecture sonore, improvisation électroacoustique et musique concrète, l'équilibre est parfait, l'émotion immense, notamment grâce à la structure organique et dialectique de cette composition instannée.  

J'espère que d'autres documents viendront compléter la mince discographie d'Ankersmit, d'autant plus que sa musique, dans la mesure où la spontanéité n'est pas le principe de composition, se prête particulièrement bien à l'écoute privée. En attendant, je ne peux que vous conseiller de gouter cette interpénétration géniale des modes de jeux et d'écritures qui abolissent les conventions musicales pour mieux dévoiler de nouveaux horizons.

Thomas Ankersmit - Untitled


THOMAS ANKERSMIT - Untitled (Self-released, 2003)

Thomas Ankersmit: electronics
Kevin Drumm: electronics

Ankersmit est un jeune hollandais qui commence à se faire pas mal connaître grâce à quelques collaborations avec Kevin Drumm, Tony Conrad ou encore Borbetomagus. Très peu d'enregistrements mais beaucoup de performances live que ce soit dans des salles de concerts ou des milieux artistiques.
Saxophoniste à l'origine, Ankersmit n'utilise ici que des enregistrements purement électroniques et analogiques - apparemment en compagnie de Kevin Drumm (Terrory Band, MIMEO) sur la première piste. L'ambiance est plutôt minimale, les morceaux sont composés de longues nappes sonores qui se frottent les unes aux autres et nous plongent alors dans un univers tendu qui ne se révèlera jamais vraiment apaisant. Les nappes suivent un fil et ne le quittent pas, mais une infinité de variations minimales ont lieu à l'intérieur de ces couches tendues qui ne veulent pas se résoudre. L'écoute demande donc une disponibilité et une attention maximale, mais une fois qu'on est dans de bonnes dispositions, on peut se laisser entraîner dans un univers poétique, atypique et futuriste mais pas malsain ou violent comme de trop nombreuses productions noise.
Un artiste à suivre.