Tomek Chołoniewski + Michel Doneda/Jonas Kocher/Tomaž Grom/Tao G. Vrhovec Sambolec

Tomek Chołoniewski - Un (Mathka, 2012)

Premier album solo du percussionniste polonais Tomek Chołoniewski, Un est un enregistrement assez court, riche et plutôt énergique. Une batterie, des cloches, des gongs, un gamelan, TC navigue entre les différents idiophones durant cinq pièces assez diverses. Et même si l'on entend de nombreux instruments d'origine javanaise ou sundanaise, il ne s'agit surtout pas de world ou de quoique ce soit de folklorique, TC manie le gamelan comme une batterie, mais une batterie étendue. Cloches et gongs augmentent seulement les possibilités dynamiques et timbrales de ces polyphonies complexes et belles mais aussi très intenses. Intensité redoublée sur la deuxième piste par les déclamations incompréhensibles de TC, sortes de psalmodies spontanées qui ne sont pas sans rappeler certaines des performances de Diego Chamy. Une belle profusion de timbres (peaux percutées et frottées, cloches, archets sur cymbales et gongs), d'idées, de rythmiques éclatées et enchevêtrées, et surtout: une énorme profusion d'énergie.

Une sorte de free gamelan solo, Un est aussi et surtout une belle suite d'improvisations pour percussions, improvisations inspirées, riches, complexes et bien structurées, où TC parvient à gérer les différentes couleurs possibles des percussions sans jamais oublier leur aspect rythmique. Très bon boulot, juste un poil trop court.


Michel Doneda/Jonas Kocher/Tomaž Grom/Tao G. Vrhovec Sambolec - Udarnik (Zavod Sploh/L'innomable, 2011)


Coproduit par deux labels slovènes, Udarnik est une suite de quatre improvisations électroacoustiques. On y retrouve le célèbre Doneda au soprano, certainement un des saxophonistes qui a le plus contribué à l'extension des techniques et des couleurs propres au soprano et au sopranino, notamment dans les années 90. A ses côtés sont présents l'accordéoniste suisse Jonas Kocher, collaborateur régulier de Doneda, ainsi que deux musiciens slovènes: Tao G. Vrhovec Sambolec à l'ordinateur et Tomaž Grom à la contrebasse. 

Pour ceux qui ont entendu le duo Grom/Murayama ainsi que le solo de Kocher, vous vous douterez bien que la notion d'espace et le jeu sur les différentes dynamiques possibles sont primordiales durant cette session. Quelques passages sont d'une puissance surprenante, chacun joue fort dans des registres très intenses; mais à ces passages peuvent succéder des sortes de nappes très étirées, calmes et silencieuses où chacun joue de manière très retenue (souffle, soufflets, crépitements discrets). Moments de contemplations et d'attention/tension extrêmes, avec des interventions très espacées sur une nappe très lisse et fine. Et ce sont ces moments qui requièrent le plus d'attention, les yeux fermés et les oreilles dans le casque, le quartet nous amène dans des territoires plats aux couleurs insoupçonnées. Parties pleines de tension, mais aussi reposantes par rapport aux parties fortes, vis-à-vis des climax où la contrebasse devient percussion en explosant chaque corde sur le manche, tandis que Doneda explore des registres suraigus à peine concevables. Dynamique accentuée par les interventions fracturées de Kocher et par la discrétion de Sambolec, l'ordinateur que l'on cherche toujours mais que l'on trouve pleinement que dans les moments d'accalmie.

La cinquième et dernière pièce est un remix que l'on doit à Giuseppe Ielasi, basé sur les enregistrements de cette session qu'il a lui-même mastérisé. Pas ou peu de transformations des sources sonores, Ielasi manipule ces fragments par collage, bouclage, déconstruction/reconstruction: un remix fidèle et plutôt réussi qui joue cependant beaucoup moins sur les dynamiques que sur les couleurs.

Véritable jeu de dynamiques où la violence la plus extrême et la plus saisissante succède aux accalmies les plus contemplatives, où la présence la plus entière ne laisse que rarement préfigurer ces nappes fantomatiques, Udarnik est aussi un sommet d'écoute et de liberté, chaque musicien pouvant régulièrement jouer en petites formations (duo & trio) sans être happer par le son collectif.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire