Masayoshi Urabe - Kampanerura (Utech, 2012)

Nouveau solo du célèbre saxophoniste alto habitué à pleurer et crier dans de vastes espaces désertés: Masayoshi Urabe. Dans cette suite de six pièces dédicacées à un personnage de littérature enfantine (Kampanerura), Masayoshi Urabe adopte une démarche plus narrative justement. Une suite de pièces aux ambiances et aux univers assez variés, et non pas seulement une exploration sonore d'un espace singulier.

Pour commencer, en guise d'introduction, un surprenant riff de guitare, plutôt rock, se répète inlassablement accompagné d'un larsen constant et d'un effet de saturation omniprésent. C'est crade, triste, sombre, noisy, mais l'ambiance est posée, il s'agit d'une musique radicale mais qui se veut plus accessible. Puis la deuxième pièce, plus représentative de la musique d'Urabe, revient au puissant alto. Je ne sais pas où ces pièces ont été enregistrées (les notes indiquent Tokyo sans plus de précision), mais il semblerait qu'Urabe ait encore choisi un vaste lieu, à la réverbération très prononcée. Un hurlement plaintif surgit, résonne, occupe l'espace et se libère du corps d'Urabe, un son qui paraît encore être le corps même de Masayoshi. Sur cette pièce comme sur la cinquième partie, le batteur Teruhisa Nanbu accompagne le saxophoniste d'un jeu percussif et aéré, frappes sèches contre silences, silences remplies par des résonances, des peaux frappées (les cymbales sont presque inexistantes) et des cris, mais aussi par des bribes de paroles et des sons provenant du lieu d'enregistrement.

Mais Kampanerura, c'est aussi et surtout Masayoshi Urabe seul, accompagné d'une multitude d'instruments en plus de son alto monumental. Soit la guitare électrique comme je le disais plus haut, mais aussi des chaînes en métal, des boulons, des appeaux, une flûte, un harmonica. De nombreux silences, auxquels répondent tous ces objets et ces instruments. Des silences qui n'en seront jamais, des silences où résonant les cris plaintifs et lyriques du saxophoniste japonais, ces plaintes tremblantes qui l'ont rendu célèbre et admirable. Masayoshi Urabe est une des rares personnes à combler l'espace avec autant d'émotions, et ce notamment grâce à une utilisation récurrente de tremolos criards et hurlés, de plaintes pleurées et fragiles, sombres et puissantes.

Si Kampanerura commençait de manière plutôt tendue et saturée, l'album se termine sur une touche plutôt calme, aérée et détendue. La dernière partie commence avec un magnifique solo de flûte réverbérée à laquelle se mélange la voix endormie et plaintive de Masayoshi Urabe. Nous pouvons retourner à nos occupations, le saxophoniste japonais à terminer son voyage, il faut retourner au monde réel et quitter l'univers torturé et fortement chargé en émotions de Masayoshi Urabe. Conclusion: outre l'aspect plus narratif qu'auparavant, Kampanerura n'apporte pas grand chose de plus que d'habitude, mais toute la force, le lyrisme, l'intensité et la puissance de Masayoshi sont toujours conservés pour notre plus grand bonheur. Recommandé!

(informations & extraits: http://www.utechrecords.com/)

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