christof kurzmann

BUTCHER/KAPLAN/KURZMANN - shortening distance (l'innomable, 2013)
John Butcher aux saxophones (acoustiques et en feedback), Leonel Kaplan à la trompette, et Christof Kurzmann au "ppooll". shortening distance est le premier enregistrement de ce trio, très proche du trio Kaplan/Carrasco/Kurzmann, et ceux qui ont apprécié les deux disques de ce dernier aimeront certainement tout autant, sinon plus, cette nouvelle formule. Sinon plus car Carrasco n'est pas remplacé par n'importe qui ici, je ne veux pas dénier son talent, mais il est tout de même remplacé par John Butcher, certainement le plus talentueux des saxophonistes de l'improvisation libre.

Le trio propose donc une improvisation de trente minutes dans une veine très réductionniste. Un morceau, qui joue sur les textures, l'atmosphère, les techniques étendues, etc. Butcher et Kaplan jouent sur les souffles, sur les mécaniques des instruments, sur le système d'amplification aussi, et de son côté Kurzmann fabrique des nappes de son avec son sampler, des nappes parfois très abstraites et le plupart du temps plutôt linéaires, mais aussi des nappes qui ressemblent à des rythmiques ou à des accords instrumentaux. Un jeu de tension entre les timbres, les couleurs et les différents langages se développe au long de cette demi-heure. Un jeu qui est vraiment maîtrisé, composé de langages singuliers et créatifs, des langages qui se superposent comme trois couches uniformes qui composent finalement une direction d'improvisation. Le trio laisse libre cours aux trois langages de chacun, tout en gardant un son de groupe cohérent et unifié, où l'écoute comme l'attention prévalent avant tout. Un bon disque d'improvisation libre réductionniste, qui plaira aux amateurs de Butcher et de l'echtzeitmusik, et qui ne manque pas de soin apporté au langage instrumental ni à la cohérence du groupe.

IRENA TOMAZIN & CHRISTOF KURZMANN - Ljuljana-Wien (l'innomable, 2013)
Pour ce duo avec Irena Tomažin (voix & dictaphone), Christof Kurzmann (lloopp) se situe toujours dans le champ de l'improvisation libre - par opposition avec ses projets plus pop où il chante. Un duo voix/électronique donc, d'improvisation libre. (Ceci n'a pas grand chose à voir avec ce disque ni avec Tomažin, mais j'ai l'impression que les chanteuses et vocalistes sont de plus en plus courantes dans l'improvisation, mais ce ne sont que des femmes. Et je me demande un peu pourquoi Kurzmann, qui est pourtant chanteur aussi, ne pratique jamais la voix dans ses projets d'improvisation libre.)

Quoiqu'il en soit, Kurzmann & Tomažin proposent ici un duo plutôt original avec une chanteuse qui s'annonce comme une des figures importantes des musiques expérimentales en Slovénie. Irena Tomažin travaille la voix de façon assez particulière, à travers un dictaphone qui dénature et refaçonne la voix (chantée souvent) de manière à lui donner un certain grain et une texture inattendue (plutôt abrasive). De son côté, Kurzmann boucle des samples souvent instrumentaux et navigue facilement entre l'accompagnement mélodique et rythmique et les passages plus noisy. Ils proposent ainsi deux improvisations d'environ vingt minutes, deux morceaux qui explorent plusieurs idées les unes à la suite des autres, de manière continue et minutieuse, sans trop de ruptures ni trop de linéarité. Des improvisations un poil agressive mais jamais très violente, qui explorent des sonorités et des textures assez fortes, énergiques et intenses. 

A mon goût, ça marche très bien par moment, ça flotte aussi parfois, mais c'est dans l'ensemble une musique recherchée, originale, et raffraichissante, qui vaut le coup d'oreille en somme - au moins pour découvrir Tomažin. 

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