Hong Chulki & Ryu Hankil - Objets Infernaux

HONG CHULKI & RYU HANKIL - Objets infernaux (erstwhile, 2014)
Si le label erstwhile possède l'art de cultiver les rencontres inédites et des créations souvent inattendues et hors de toutes normes, objets infernaux est tout de même plus "attendu" que d'autres collaborations sur ce label. Enfin "attendu" est un grand mot, en fait, c'est surtout que les deux musiciens coréens Hong Chulki et Ryu Hankil travaillent régulièrement ensemble depuis une dizaine d'années, du coup la surprise est moins grande (même si c'est bien la première fois qu'ils publient un disque juste en duo je crois). Après, la musique proposée sur ces cinq pièces reste aussi surprenante et inattendue que la majorité des disques publiés sur erstwhile.

Bien sûr, quand on a écouté un peu les précédents travaux de ces deux artistes, on sait que l'on sera forcément surpris. La musique de Ryu Hankil comme de Hong Chulki est une musique sans borne, sans habitude, elle est aussi radicale que personnelle, et seule leur imagination débridée semble mettre une limite à leurs expérimentations. De l'amplification de montres et de machine à écrire à l'exploration d'un tourne disque sans diamant en passant par l'utilisation des larsens et des micro-contacts sous toutes leurs formes possibles, ces deux musiciens explorent depuis des années le son dans sa dimension la plus pragmatique, la plus concrète, sans effet ni limite. Ryu Hankil et Hong Chulki improvisent de manière radicale, ils improvisent avec de la matière brute, lo-fi, leurs improvisations comme leurs différentes matières sonores sont sans concession : abrasives souvent, extrêmes toujours, concrètes et inventives.

Avec Objets infernaux, ces deux figures essentielles des nouvelles musiques coréennes proposent une musique qui va toujours dans ce sens. Cette fois, on ne connaît pas les sources, on ne sait pas si ce sont des moteurs, des ondes électromagnétiques, des larsens, de l'amplification à base de pick-ups, ou je ne sais quoi encore ; mais on imagine qu'il y a un peu de tout ceci. En tout cas, le duo se plonge ici dans des territoires très durs, mais aussi réduits. Ce n'est pas très dense, le duo ne joue pas sur l'accumulation, mais plutôt sur la saturation d'un élément. Ou de deux puisque c'est souvent un chacun. Quoi qu'il en soit, les deux musiciens s'attèlent à une action, à un objet, et l'épuise jusqu'au bout. Dans la dynamique, c'est très harsh, mais dans le contenu, c'est beaucoup plus réduit à l'essentiel. Ruy Hankil et Hong Chulki jouent et improvisent avec des sons très durs, très abrasifs ou corrosifs, des sons suraigus souvent, mais les laissent dans leur simplicité. Ils jouent avec de manière brute, sans jouer sur des effets. Ils jouent avec le son de la manière la plus simple possible. Mais jusqu'au bout. Jusqu'à l'épuisement : de l'action, du musicien et de l'auditeur.

Cinq pièces austères et virtuoses, austères car elles n'utilisent que peu d'éléments, des éléments bruts et corrosifs, et virtuoses car on n'aurait jamais imaginé que ces éléments puissent donner forme à une musique si puissante. Car si la musique de Ryu & Hong est simple et austère, elle n'en demeure pas moins ultra forte, puissante, et maximaliste comme une sorte de harsh apocalyptique. Ryu Hankil & Hong Chulki semblent jouer avec des détritus et des déchets, avec ce qui reste d'un monde détruit, et ils construisent avec ces restes une musique de bricolage, d'ingéniosité et d'inventivité comme on en entend rarement. Extrême et créatif, et forcément, conseillé.

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