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Jason Kahn & Bryan Eubanks



Si j’ai déjà entendu plusieurs projets auxquels a participé Bryan Eubanks, je pense qu’Anamorphosis est le premier solo que j’entends de ce musicien américain résidant en Allemagne. Edité sur son propre label, ce disque regroupe trois compositions qui datent de 2011 et 2012, réalisées aux Etats-Unis et à Berlin, entre mai 2012 et juillet 2013. Ce solo est aussi l’occasion d’entendre des pièces beaucoup plus structurées et écrites que d’habitude, des pièces clairement écrites et plus minimales, qui n’ont rien à voir avec les nombreux duos d’improvisation électroacoustique ou de post-eai et autres projets où officiait Bryan Eubanks, à l’électronique et au saxophone.


La première pièce présentée est sans doute ma préférée de ce disque. Il s’agit d’une composition d’un quart d’heure pour field recordings, bruit, sinusoïdes et saxophone soprano ; une pièce intitulée Double Portrait. La notion de double et de dichotomie est le concept fondamental dans l’écriture de cette pièce sans aucun doute. Bryan Eubanks utilise une sinusoïde et de longues notes tenues au saxophone soprano à la même fréquence, ou légèrement désaccordées. Puis toutes les cinq secondes, pour une durée exacte de cinq secondes, soit un enregistrement du tintement d’une cloche avec du trafic urbain soit un enregistrement aux environs d’une gare ferroviaire apparaît par-dessus la longue vague de fréquences accordées ou nom. Le bruit quotidien est ici opposé à la forme de la musique, il est également mis en forme pour devenir musical, mais il est aussi, comme chez Pisaro, rendu musical grâce au jeu des fréquences qui se superposent ou se fondent les unes aux autres. La réalisation est précise et méticuleuse, la structure est rigoureuse, simple et puissante, tout est réuni pour faire une pièce passionnante et forte en somme. Spectral Pattern est une autre pièce également composée en 2012 et réalisée à Berlin. Pas de doute, il s’agit aussi d’une œuvre minutieusement écrite, mais dont la structure paraît plus fluctuante, moins systématique, et qui semble aussi opposer deux éléments. Ce ne sont plus le bruit et la musique ici, mais les réalisations instrumentales et électroniques qui s’opposent. La partie électronique est composée d’une sorte de fréquence pulsée, une fréquence dont la hauteur et le rythme peuvent progressivement varier, elle dure une bonne partie des trente minutes de cette pièce, jusqu’à ce qu’elle soit remplacée par un bruit blanc. Si cette partie électronique est continue, les parties instrumentales sont quant à elles discontinues. Elles arrivent à intervalles réguliers d’un peu de moins d’une minute pour une dizaine de secondes maximum. Il s’agit d’accords composés de sinusoïdes, d’une note tenue au soprano, et de deux notes au violon alto (jouées par Catherine Lamb et Johnny Chang). Des accords à l’unisson, avec une prédominance des cordes au début, et quand apparaît le bruit, avec une prédominance du soprane et de la sinusoïde, et là encore, si l’unisson est parfaite entre quelques sources, les fréquences tendent à s’écarter au fur et à mesure et à créer des battements dus aux intervales microtonaux. Une belle composition claire où la structure oppose divers éléments continus et discontinus, électroniques et instrumentaux, précis et fluctuants. Aussi clair et précis que beau et fort. La dernière pièce de ce disque, qui dure une quinzaine de minutes, est celle à laquelle j’ai le moins accroché, peut-être en partie parce que les dichotomies sont moins présentes. Enclosed Space Phenomena est une composition de 2011 qui a été enregistrée dans une citerne de Fort Warden aux Etats-Unis. Des sinusoïdes sont mises en résonances dans cette citerne et tout un jeu de questions et de réponses, d’échos et de réverbérations a lieu dans cette large cuve métallique. Une exploration de l’interférence entre les différentes fréquences ainsi qu’une recherche sur les liens entre l’espace de diffusion (très spécifique) et le son ; c’est original, l’atmosphère est vraiment singulière : harmonieuse et onirique, éthérée et limpide, mais c’est comme si les idées de base manquaient de force ou d’intérêt, elles ne paraissent pas aussi riches que celles qui guident les deux premières compositions en tout cas.

En bref, Bryan Eubanks semble avoir choisi la voix de l’écriture et de la composition, des idées directrices et des structures formelles et rigoureuses dorénavant. De tout ce que j’ai entendu de ce musicien auparavant, je n’ai jamais trouvé qu’il était un grand virtuose en quelque sorte, mais que ce qui faisait sa force, c’étaient surtout les idées qui étaient derrière. Bryan Eubanks n’est pas un instrumentiste virtuose, mais il a des idées musicales singulières et fortes, et cette nouvelle orientation vers l’écriture est certainement un choix qui met beaucoup plus en valeur chacune de ses excellentes idées musicales. Recommandé en tout cas. 

Américain émigré en Suisse depuis pas mal d'années maintenant, Jason Kahn est également un musicien reconnu pour sa pratique de l'électronique, même s'il officie également à la batterie et à la voix maintenant. C'est aussi un musicien qui a eu de nombreuses occasions de pratiquer l'improvisation, mais qui a tendance à s'en écarter de plus en plus. Preuve en est Noema, le dernier vinyle qu'il vient de publier sur son propre label.

Ce disque regroupe 37 petites pièces enregistrées en 2012 lors d'une résidence au Japon. Il s'agit uniquement de field-recordings, d'enregistrements en tous lieux et en tous genres, édités et mixés en 2013 à Zurich. Un peu de la même manière que Bryan Eubanks, je n'admire pas Jason Kahn pour sa virtuosité, mais pour la force de ses idées le plus souvent. Et ici, c'est encore le cas. Les enregistrements de Kahn ne sont pas tellement exceptionnels, leur mixage non plus. Mais l'écoute et la sensibilité de Kahn doivent bien l'être pour que ces enregistrements se révèlent aussi passionnants. Il y a quelque chose de profondément musical dans ces enregistrements, Kahn a su capter une ambiance sonore particulière lors de chaque enregistrement (qu'il contienne ou non de la musique). Qu'il soit dans un temple bouddhiste, dans un parc, un magasin, une station de métro, un restaurant, ou que sais-je encore, dans tous les lieux qu'il a eu l'occasion de visiter et d'explorer durant ces quelques mois, Jason Kahn a su capter comme l'essence sonore de ces lieux. Les enregistrements décrivent très bien l'atmosphère des lieux, et semblent capturés pour leur intérêt sonore et musical, mais lors du mixage, Jason Kahn a également su rendre compte de sa manière d'envisager chaque atmosphère, de rendre compte d'environnements drôles, intrigants, oppressants, austères, bruyants, calmes, musicaux, bruitistes, mystiques, citadins, naturels, etc. 

Il ne s'agit pas là d'une grande composition de musique concrète, ni de field-recordings remarquables. Il s'agit de partager des moments sonores avec un musicien à l'oreille et à l'attention fines. De partager des ressentis, des impressions sonores, et des souvenirs. C'est fin, personnel et sensible, c'est beau et intime.

J'en profite pour parler de la première publication sur le label Editions, géré par Jason Kahn et consacré uniquement à ses travaux. Il s'agit d'un LP édité en 2011 et intitulé On Metal Shore. Sur ce disque, Jason Kahn utilise principalement des sources acoustiques, instrumentales ou non, mais toujours métalliques. Muni de cylindres industriels, de cymbales, et d'objets divers, Jason Kahn met ces différents outils en vibration grâce à des baguettes, à d'autres objets, ou capte leur vibration "interne" avec des transducteurs.

Ainsi il compose une longue pièce sur les différentes vibrations possibles du métal, les vibrations d'objets trouvés comme d'instruments prennent tout de suite un sens musical et s'inscrivent dans un long continuum d'harmoniques, de percussions incantatoires. La résonance de ces objets, ainsi que leur inscription dans l'espace (extérieur ou studio), leur richesse harmonique, tous ces éléments ont quelque chose de cosmique. La musique de Jason Kahn parvient toujours à toucher l'essentiel je trouve. Ici, elle trouve l'essence du métal, à travers le mixage des différents enregistrements, à travers le choix varié des instruments et outils, à travers les différentes manières de les faire résonner, ainsi qu'à travers la relation avec l'environnement. Et cette musique paraît cosmique dans le sens où tous les éléments semblent se rejoindre dans cette composition, il y a quelque chose d'organique dans cette approche du son et dans le travail de composition.

Jason Kahn a composé avec On Metal Shore une excellente pièce qui explore de manière très sensible et organique les qualités sonores du métal sous différentes formes. Un long continuum d'harmoniques fantomatiques, de résonances lourdes, et de poésie métallique. Excellent travail sur la percussion.

En 2011, je me rappelle de la très bonne surprise que j'ai eu en découvrant la première publication du duo Bryan Eubanks & Jason Kahn, collaboration qui date pourtant de 2008 maintenant. On y retrouvait le premier à l'électronique surtout ("circuits ouverts") et le second au synthétiseur modulaire. Mais aujourd'hui, pour ce nouveau disque, le duo des deux musiciens natifs des Etats-Unis propose une nouvelle formule avec Jason Kahn à la batterie cette fois enc ompagnie de Bryan Eubanks au saxophone soprano, aux oscillateurs, à la radio et à "l'open-circuit feedback", ce que le titre du disque ne manque pas de souligner : tout simplement drums saxophone electronics.

Cinq courtes imrpvosations sont proposées sur ce disque, et toujours, comme on peut s'y attendre, il ne s'agit pas tant d'improvisations virtuoses ou techniques, mais d'une attention subtile au son et d'idées musicales fortes. Que ce soit Eubanks à l'électronique ou Kahn à la batterie, les deux musiciens s'intéressent surtout à produire un type de son précis, une certaine texture, et explore ensuite l'interaction possible entre les deux. Il ne s'agit pas non plus de chercher la facilité (de frotter les cymbales par exemple), le duo cherche bien à explorer des techniques plus personnelles ou pas trop communes en tout cas, il joue sur la percussion des peaux, sur des textures électroniques limpides et claires, mais le duo cherche surtout les points d'accroche entre les instruments et les sons. Eubanks & Kahn explorent les différentes croisées possibles entre le son produit par une batterie et des baguettes, et le son des parasites électroniques et des oscillateurs.

Des nappes électroniques ou instrumentales (avec le saxophone) enrichissent la palette sonore de Jason Kahn, ses percussions légères, sinueuses et fluides sont complétées par des lignes claires, pures et droites. Aucun son n'est gratuit tout est complémentaire. Une musique qui ressemble à de l'improvisation électroacoustique, mais qui tente d'innover en esquivant certaines facilités (l'électronique harsh et découpée, les cymbales frottées, etc.). Mais surtout, une musique qui démontre encore une fois la finesse et la sensibilité de l'écoute de ces deux musiciens. Du bon travail.

BRYAN EUBANKS - Anamorphosis (CD, Sacred Realism, 2014) : lien
JASON KAHN - Noema (2LP, Editions, 2014) : lien
JASON KAHN - On Metal Shore (LP, Editions, 2011) : lien 
BRYAN EUBANKS & JASON KAHN - drums saxophone electronics (CD, Intonema, 2014) : lien

[jason kahn]

JASON KAHN - For Angel (48 Laws, 2013)
For Angel, une seule et longue pièce par un des maîtres de la diffusion de fréquences massives et extrêmes à travers l'espace. Selon les notes de Jason Kahn mises en ligne sur le netlabel qui publie ce disque digital, il s'agit d'ailleurs d'une de ses dernières performances à utiliser cette installation dans cette optique. Une installation qui consiste depuis plusieurs années en quelques percussions (caisse claire ou un tom), amplifiées et modifiées par un set de micros, un synthétiseur analogique (comme ici) ou un ordinateur.

Pour ce concert enregistré dans un monastère, Jason Kahn a structuré sa pièce en une sorte de long crescendo où quelques fréquences se surajoutent les unes aux autres. Un continuum ininterrompu où chaque fréquence prend le temps de se déployer dans l'espace, de se répercuter et de revenir à son point de départ avant qu'une autre s'ajoute à son mouvement. Des fréquences qui vont de la sinusoïde ultrabasse au bruit rose, généralement statiques, et qui forment des blocs massifs. On a donc pas le temps de s'ennuyer devant cette suite de blocs continus et linéaires qui s'enchaînent et se superposent progressivement jusqu'au decrescendo final de dix minutes. Les successions et juxtapositions se font naturellement, quand les blocs ont fini d'investir l'espace, les différentes "parties" ne sont donc ni trop courtes ni trop longues, juste le temps qu'il faut pour bien investir l'espace de diffusion et pour assurer la continuité sans rupture entre chaque élément.

Des ondes, de l'électricité, des fréquences parasitaires, beaucoup d'énergie avec beaucoup de calme, un art subtil du micro-évènement et de l'immersion dans la masse sonore. J'adore.

[informations, présentation & téléchargement gratuit: http://48laws.org/release.php?id=10]

JASON KAHN - in place: daitoku-ji + shibuya crossing (winds measure, 2013)
Une fois de plus, je crois encore avoir affaire ici à un enregistrement plus intéressant pour l'idée que pour le résultat. Mais quel concept! Jason Kahn s'intéresse toujours à la perception de l'espace et à la sculpture sonore, que ce soit à travers sa pratique instrumentale, les compositions graphiques ou les field-recordings. Mais cette interrogation et cet intérêt pour la perception étant devenus des projets assez convenus, Jason Kahn a choisi avec la série in place de renverser les méthodes habituelles d'investigation. Sur cette cassette où sont réunis deux enregistrements de la série in place et relatifs à la perception de deux lieux à Kyoto et Tokyo, Jason Kahn remplace les enregistrements de terrain ou les installations sonores par le simple récit de sa propre perception. Après plusieurs heures de présences sur un lieu très marqué par les traditions religieuses japonaises et un lieu urbain ultra-moderne, Jason Kahn récite ses notes d'impression. Tout ce que l'on peut entendre durant ces cinquante minutes, c'est JK qui, d'une voix assez monocorde, lit des notes sur les sons qu'il perçoit, mais aussi sur les lieux, sur leur signification sociale et leur structure historique ou urbaine, comme sur ce qu'ils signifient pour lui, ce qu'ils lui rappellent, ou ce qu'il imagine à travers eux.

Peut-être parce que les sons musicaux, électroniques, électroacoustiques ou concrets sont devenus trop connotés et dirigés musicalement, Jason Kahn renverse tout ce système de signifiants en proposant une exploration aussi personnelle qu'objective. Personnelle parce qu'elle ne renvoie qu'à la perception de Kahn, mais objective, parce qu'à travers l'absence de signifiants et de signes sonores et musicaux, on ne peut que se retrouver, de manière très brute et frontale, devant la perception de Jason Kahn, et c'est tout notre système subjectif de référence qui se retrouve nier par ce processus. Un exemple de cette série avait déjà été publié sur une compilation du  même label, un exemple que j'avais qualifié de "musique indirecte libre". Car avec ce dispositif, Jason Kahn ne présente plus une pièce sonore, mais présente seulement le processus d'écoute et de perception avant même de le mettre en forme. Du côté théorique je trouve que ce procédé a quelque chose de renversant et de radical, mais du côté pratique, je ne vois pas comment cette idée pourrait être explorer à long terme, il ne faudrait pas qu'elle devienne systématique surtout. Mais pour l'instant, cette idée fraîche est vraiment réjouissante pour les questions et la nouvelle forme de perception qu'elle suscite.

[informations, extraits & présentation de la série par Jason Kahn: http://windsmeasurerecordings.net/catalog/wm33/
une interview de JK sur ce dispositif a déjà été publié sur le site de winds measure pour une compilation sur la phonographie: http://windsmeasurerecordings.net/catalog/wm30/kahnf/]

JASON KAHN - Open Space (Editions, 2013)
Editée en double vinyle dans une pochette peinte à la main, Open Space est une composition graphique de Jason Kahn commandée par le festival australien nowNOW. Ici encore, c'est donc une toute autre approche de l'espace, de la musique et de la composition que propose JK. La composition est écrite pour huit musiciens australiens et le compositeur lui-même, tous issus de la musique improvisée, et dans la mesure où il s'agit d'une partition graphique, donc ouverte par définition, interprétée par des improvisateurs, le résultat est évidemment un subtil mélange d'improvisation et de composition, une oeuvre entre les deux, avec une structure claire et une forme limpide qui ne laissent cependant pas pressentir ce qui peut se passer à l'intérieur.

 Ce que je remarquerais en premier lieu avec cette partition de Jason Kahn (qui l'interprète ici à l'électronique), c'est la connaissance intime des musiciens pour qui il écrit. Car cette composition n'est pas écrite pour tel ensemble d'instruments, mais pour cet ensemble spécifique de musiciens: Chris Abrahams (piano), Laura Altman (clarinette), Monika Brooks (accordéon), Matt Earle & Adam Sussmann (électronique), Rishin Singh (trombone), Aemon Webb (guitare) et John Wilton (percussion). La connaissance du style de chaque musicien, de ses habitudes et de ses affinités esthétiques, a permis à Jason Kahn d'écrire une partition dont la forme prend en compte la personnalité de chacun, et il résulte de ce procédé une interaction intime entre la forme et le contenu, entre l'écriture et l'improvisation, entre la structure et l'interprétation.

Mais le plus remarquable réside dans l'écriture elle-même, dictée d'une part par la connaissance des musiciens mais également par l'intérêt de Jason Kahn pour l'espace. Durant cette pièce en quatre parties qui durent entre 15 et 20 minutes, on ne retrouve jamais les neuf musiciens jouant simultanément. Il s'agit de parties très aérées, de longues plages sonores qui dessinent toutes un paysage particulier, en fonction des interprètes. En fonction des dessins proposés par le compositeur, les interprètes improvisent sur de longues notes continues, sur des répétitions massives mais calmes, sur des bruits imperceptibles, sur des micro-évènements et des progressions très minimales. L'espace est transformé par le compositeur et les improvisateurs en de longues sculptures sonores, des sculptures poétiques et sensibles, des sculptures aux effets plastiques presque tangibles.

Tout un art de la sculpture sonore, de la composition musicale et de l'interaction se retrouvent mis au service de cette pièce, un art que l'on doit d'ailleurs autant au compositeur qu'à chaque interprète. Une sorte de magnifique nuage sonore en transformation permanente, un nuage où se brouillent les frontières entre l'art sonore et la musique, entre la composition et l'improvisation, entre l'interprétation et l'écriture, mais aussi entre l'espace et le temps, la durée et la perception spatiale. Une longue pièce linéaire et monolithique, toute en finesse et en poésie, une pièce superbe. Vivement conseillé.

[présentation, informations, chroniques, extrait & partition: http://jasonkahn.net/editions/catalog/open_space.html]