Entre le remarquable coffret du Splinter Orchestra et un beau solo sur Sofa, le saxophoniste et flûtiste australien Jim Denley n'arrête plus de sortir des disques, lui qui peut pourtant passer plusieurs années sans en sortir un. Et ce n'est pas tout, il a également fallu qu'il sorte un duo aussi remarquable en compagnie de Magda Mayas, autre improvisatrice aujourd'hui largement reconnue et membre importante de la scène berlinoise, qui expérimente sur ce disque le clavinet, sorte de clavecin électrique improbable.
Voilà donc qu'arrive Tempe Jetz, publié sur Relative Pitch. Je n'écoute plus autant de "musiques improvisées" (et je le dis certainement à chaque fois que je chronique un disque d'impro libre...), mais Jim Denley fait partie de ces rares improvisateurs que j'apprécie toujours autant à chaque nouveau disque, peut-être est-ce aussi du fait qu'il n'est pas qu'un improvisateur, et qu'il sait rompre avec certains codes (au même titre que Martin Küchen ou Anthony Pateras). Peut-être, mais en attendant, ici il s'agit bien d'impro libre, de réductionnisme même, d'une collaboration concentrée principalement sur le timbre, le calme, l'improvisation et les techniques étendues.
On a donc un bon disque d'impro ici, très bon même. Un disque où Jim Denley et Magda Mayas explorent toutes les possibilités de leurs instruments (saxophone alto, flûte basse et clavinet) ainsi que toutes les interactions possible entre les deux musiciens. Lors de ces improvisations, Denley et Mayas fabriquent des univers liquides et bouillonnants, des continuums percussifs, et des souffles abrasifs. Ils fabriquent des timbres et des sons comme on peut parfois en entendre dans le réductionnisme, mais avec des personnalités affirmées et une certaine créativité à ce niveau, tout en sachant bien structurer les intentions, les tensions, et les pauses. Si les deux musiciens peuvent être très bien distincts, ils parviennent aussi à se mélanger et à s'entremêler de manière parfois chaotique et magique.
Ils n'explorent pas forcément un univers sonore complètement inouï, mais ils le font comme avec sagesse et parcimonie. Contrairement à beaucoup d'improvisateurs, les techniques étendues semblent utilisées à bon escient, rien n'est gratuit. Il ne s'agit pas de chercher pour chercher de nouveaux timbres, de nouvelles couleurs et de nouvelles textures. Le duo utilisent plutôt ces derniers pour créer une musique personnelle, ou interpersonnelle tellement les deux voix sont prononcées. Avec Tempe Jetz, Jim Denley et Magda Mayas offrent une musique spontanée et maîtrisée, exploratrice et structurée, abstraite et intentionnée, calme et réfléchie, tout en sachant créer des tensions au bon moment et se laisser immerger dans des labyrinthes soniques quand il faut.
MAGDA MAYAS & JIM DENLEY - Tempe Jetz (CD, Relative Pitch, 2017)
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Liz Allbee
Liz Allbee est une trompettiste de
formation qui utilise de plus en plus le synthétiseur et un peu
d’électronique aujourd’hui. On ne parle pas beaucoup de cette
femme qui évolue principalement au sein de l’improvisation libre
européenne, berlinoise et viennoise surtout, mais qui sait surtout
déjouer toutes les conventions et proposer une musique créative.
C’est avec Bogan Ghost , un
duo composé de Liz Allbee à la trompette et de la
violoncelliste Anthea Caddy que l’on remarque peut-être le
mieux comment, d’une part, elle utilise les codes de
l’improvisation libre, et plus particulièrement du réductionnisme,
mais surtout comment elle s’en démarque. Le duo Bogan Ghost
propose sur Zerfall une suite de neuf pièces assez
courtes, qui ne durent pas plus de cinq minutes.
Comme sur les plupart des projets de
ces deux musiciennes, ce n’est pas tant leur approche de
l’instrument que j’adore, mais bien plutôt leur approche de la
musique et leur rapport à l’improvisation libre en tant
qu’esthétique. Au premier abord, leur musique ressemble à une
musique « réductionniste » sans aucun doute : longs
souffles, cordes frottées très légèrement pour faire ressortir
les harmoniques, bruits de salive et toutes techniques étendues sont
les bienvenues. Mais si le réductionnisme est avant tout une
concentration sur le timbre, Bogan Ghost se concentre ici surtout sur
l’ambiance, sur l’espace sonore, sur l’atmosphère.
Il y a quelque chose de très singulier
dans ce duo : c’est son attention à l’atmosphère – et
peut-être plus particulièrement à l’espace et l’environnement
créés par les instruments comme en témoignent les premières et
dernières pièces composées de field-recordings et
d’enregistrements d’espace vide. Bogan Ghost s’intéresse aux
timbres, aux couleurs et aux textures sans aucun doute, mais ce n’est
pas une fin en soi. Si le duo adopte de courts formats d’ailleurs,
c’est aussi que ça permet aux deux musiciennes de trouver une
couleur sonore particulière, mais une couleur qui est là pour créer
une atmosphère spéciale, une ambiance singulière. Liz Allbee &
Anthea Caddy trouvent un son par pièce généralement, un son simple
qu’elles tiennent tout le long du morceau, et elles en explorent
les qualités atmosphériques et spatiales durant quelques minutes.
Et de mon côté, c’est cette
déviation de la concentration, qui va de la texture à l’atmosphère,
de la couleur à l’espace, que je trouve admirable dans ce projet -
et dans chaque projet de ces musiciennes en général. Liz Allbee &
Anthea Caddy reprennent les codes du réductionnisme et les déjouent
en quelque sorte pour leur donner du relief, elles se jouent du
réductionnisme pour l’approfondir et en explorer de nouveaux
horizons, certainement plus pertinents.
Et c’est en compagnie de Burkhard Beins (synthétiseur analogique, oscillateurs faits maison,
igniters, noiseboxes, samples, tuning forks) que Liz Allbee
(trompette quadriphonique, synthétiseur, moteurs électriques,
samples, tuning forks) démontre peut-être le mieux comment elle se
joue des conventions sur Mensch Mensch Mensch. Sur ce
vinyle, Liz Allbee a beau se trouver en compagnie de l’un des
fondateurs des musiques que l’on nomme maintenant réductionnistes,
elle reste néanmoins, de même que Burkhard Beins d’ailleurs, très
loin des conventions propres à ce type d’improvisation libre.
Allbee & Beins proposent sur ce
vinyle une pièce par face, une pièce de 15-20 minutes à chaque
fois. Les synthétiseurs et les samplers semblent être vraiment les
principaux instruments de ces morceaux, le reste servant surtout
d’agrément et d’ornementation. Le duo fabrique de longues nappes
qui évoluent doucement, des nappes proches de l’ambient noise, du
bruit blanc léger accompagné de sinusoïdes et de samples de
vibraphone ou de piano, des samples très aérés où une note est
répétée toutes les cinq à dix secondes. On est beaucoup plus
proche de la musique électronique pure ou de la musique
électroacoustique que de l’improvisation libre, même
réductionniste. On est plus proche du drone ou de l’ambient, mais
une forme de drone très vivante, une forme d’ambient très
structurée et avec une forme beaucoup plus importante que
l’atmosphère.
L’atmosphère générale a tout de
même son importance ici. Beins & Allbee produisent des nappes
sombres, des sortes de brouillards accompagnés de quelques
fréquences extrêmes, du bruit blanc filtré assez médium, voire
grave, avec des sinusoïdes très aigues. Mais le plus important,
c’est comment ce bruit est structuré ici. Le duo semble avoir
totalement composé ces deux pièces, car les évolutions continues
et discrètes (par filtrage, par modulation de fréquence, par
soustraction, ou simplement par augmentation du volume) comme les
ruptures sont d’une précision remarquable et arrivent toujours au
bon moment. Elles arrivent au bon moment, et jamais de manière
gratuite, car le duo semble toujours savoir où il va, voilà
pourquoi à part quelques parties, j’ai du mal à imaginer que ces
pièces puissent être improvisées.
Quoiqu’il en soit, le duo a fabriqué
ici une sorte de noise vraiment singulière. Beins & A llbee ont
produit ici deux excellentes pièces électroacoustiques où le bruit
est léger et limpide, mais évolue toujours de manière tendue. Le
duo manie ainsi la tension de manière très sensible, il créé une
musique qui n’est pas vraiment forte ni trop abrasive, mais qui
évolue ou stagne toujours de manière très tendue. C’est pourquoi
aussi j’ai l’impression que c’est vraiment composé, car le duo
sait manier les notions de tension et de résolution avec une
justesse et une sensibilité surprenantes. Mais c’est surtout
pourquoi je trouve ce disque admirable.
BOGAN GHOST –
Zerfall
(CD, Relative Pitch, 2014)
LIZ ALLBEE &
BURKHARD BEINS – Mensch Mensch
Mensch (LP, alt.vinyl, 2014)
Relative Pitch
Ingrid Laubrock (saxophones ténor, alto et soprano) et Tom Rainey (batterie) sont deux musiciens qui pratiquent l'improvisation libre et le free jazz ensemble depuis de nombreuses années mais c'est la première fois avec And other desert towns qu'ils publient un disque en duo. La tradition du duo sax/batterie ne cesse de s'enrichir depuis le fameux Interstellar Space, et ce n'est pas maintenant que ça va s'arrêter. Et pour ce duo, je pense que la collaboration historique entre Coltrane & Rashied Ali est une référence qu'ils n'ont pas cessé de digérer. Laubrock et Rainey jouent sur l'interaction libre entre des percussions non-pulsées et un saxophone énergique et lyrique. Ils jouent sur la puissance et l'intensité, mais aussi sur l'interactivité. Sans oublier bien sûr des ambiances et des improvisations plus contemplatives et d'autant plus lyriques.
Bref, Laubrock & Rainey proposent ici une suite de dix improvisations pour saxophone et batterie comme on peut s'y attendre. Un disque qui plaira aux fans de free assurément, mais qui manque de personnalité je trouve. De mon côté, je trouve bien sûr que c'est joué avec virtuosité, que les deux musiciens savent s'écouter, mais que les surprises manquent dans l'ensemble, car pour un disque qui se veut libre, ça résonne tout de même de manière assez commune. Après je parle de manière générale, il y a quelques passages émouvants, d'autres vraiment puissants, il y a des improvisations vraiment réussies en somme, mais bon, plus de singularité aurait été bienvenue à mon goût. Un disque qui s'écoute avec un certain plaisir, mais qu'on oublie aussi facilement en somme.
Le label Relative Pitch publie également un autre duo sax/ batterie cette année, intitulé Ironic Havoc. Cette fois, il s'agit de deux musiciens qui collaborent depuis de nombreuses années, puisque leur premier duo a été publié en 1989. Il s'agit aux saxophones alto & ténor de Paul Flaherty et à la batterie de Randall Colbourne. Là encore, Interstellar Space n'est pas si loin, mais passons sur ça. Quand j'ai découvert Flaherty, c'était en duo avec Chris Corsano déjà, autre batteur free énergique. Le rythme est un élément important de toute façon chez Flaherty, c'est par le rythme et les attaques que l'énergie sort de son sax, et c'est certainement la raison pour laquelle il collabore si souvent en duo avec des batteur.
Avec Colbourne, il a certes trouvé un partenaire qui sait l'écouter, qui sait le mettre en valeur, mais je ne sais pas si j'aurais aimé l'écouter seul. Quoiqu'il en soit, ici encore ce n'est pas très original, mais ce n'est vraiment pas une volonté du duo. Flaherty joue toujours de manière dure et ronde, de manière sèche et hachée, rythmique et énergique. Il a son propre style assez reconnaissable, il adopte les codes du free sans soucis, mais avec son accent particulier. Il n'a pas développé son propre langage, mais une manière de parler le free, une manière puissante, lyrique, et belle. Un accent singulier qu'il décline ici en six improvisations, accompagné d'un batteur libre, intense, arythmique, et fluide. Ce n'est toujours pas un disque que je réécouterai mais ça reste un bon disque de free de la génération post-free.
INGRID LAUBROCK & TOM RAINEY - And other desert towns (CD, Relative Pitch, 2014) : lien
PAUL FLAHERTY & RANDALL COLBOURNE - Ironic Havoc (CD, Relative Pitch, 2014) : lien
JEMEEL MOONDOC - The Zookeeper'sHouse (CD, Relative Pitch, 2014) : lien
Bref, Laubrock & Rainey proposent ici une suite de dix improvisations pour saxophone et batterie comme on peut s'y attendre. Un disque qui plaira aux fans de free assurément, mais qui manque de personnalité je trouve. De mon côté, je trouve bien sûr que c'est joué avec virtuosité, que les deux musiciens savent s'écouter, mais que les surprises manquent dans l'ensemble, car pour un disque qui se veut libre, ça résonne tout de même de manière assez commune. Après je parle de manière générale, il y a quelques passages émouvants, d'autres vraiment puissants, il y a des improvisations vraiment réussies en somme, mais bon, plus de singularité aurait été bienvenue à mon goût. Un disque qui s'écoute avec un certain plaisir, mais qu'on oublie aussi facilement en somme.
Le label Relative Pitch publie également un autre duo sax/ batterie cette année, intitulé Ironic Havoc. Cette fois, il s'agit de deux musiciens qui collaborent depuis de nombreuses années, puisque leur premier duo a été publié en 1989. Il s'agit aux saxophones alto & ténor de Paul Flaherty et à la batterie de Randall Colbourne. Là encore, Interstellar Space n'est pas si loin, mais passons sur ça. Quand j'ai découvert Flaherty, c'était en duo avec Chris Corsano déjà, autre batteur free énergique. Le rythme est un élément important de toute façon chez Flaherty, c'est par le rythme et les attaques que l'énergie sort de son sax, et c'est certainement la raison pour laquelle il collabore si souvent en duo avec des batteur.Avec Colbourne, il a certes trouvé un partenaire qui sait l'écouter, qui sait le mettre en valeur, mais je ne sais pas si j'aurais aimé l'écouter seul. Quoiqu'il en soit, ici encore ce n'est pas très original, mais ce n'est vraiment pas une volonté du duo. Flaherty joue toujours de manière dure et ronde, de manière sèche et hachée, rythmique et énergique. Il a son propre style assez reconnaissable, il adopte les codes du free sans soucis, mais avec son accent particulier. Il n'a pas développé son propre langage, mais une manière de parler le free, une manière puissante, lyrique, et belle. Un accent singulier qu'il décline ici en six improvisations, accompagné d'un batteur libre, intense, arythmique, et fluide. Ce n'est toujours pas un disque que je réécouterai mais ça reste un bon disque de free de la génération post-free.
Mais surtout, dans les dernières
productions du label Relative Pitch, le disque qui m’a le plus plu
et que je n’arrête pas d’écouter, c’est The Zookeeper’s
House de Jemeel Moondoc. Ce dernier est un
saxophoniste alto américain que j’ai découvert il y a quelques
années et que j’adore depuis. Il joue du free jazz, dans la plus
pure tradition des années 60 et 70, comme en témoignent certains
titres de ce disque comme One for Monk & Trane ou la
reprise du standard d’Alice Coltrane Ptah, the El Daoud,
avec un phrasé très dur et sèchement accentué, rythmique et
serré, et extrêmement lyrique, mais un lyrisme pincé, dur, tendu
et énervé, qui n’est pas sans rappelé celui de Roscoe Mitchell
par exemple, en plus chaleureux.
Sur les cinq pistes de ce disque qu’il
a composé – hormis la reprise d’Alice Coltrane – il est
accompagné de Hilliard Greene à la contrebasse et Newman
Taylor Baker à la batterie. Quelques invités de renom sont
également présents sur la majeure partie de ce disque :
Matthew Shipp au piano, Roy Campbell Jr. à la
trompette et Steve Swell au trombone. Des noms qui en disent
également long donc sur l’esthétique de Moondoc…
Ne cherchez pas, il s’agit de jazz,
enfin de free jazz, mais du free qui swingue, du free avec des thèmes
et une section rythmique qui font danser, avec de longs soli libres,
mais avec une base rythmique et harmonique claire. Jemeel Moondoc,
oui, joue du jazz comme les américains en jouaient lorsqu’ils
voulaient se « libérer » du jazz sans le renier pour
autant. Il joue du jazz, mais de manière libre, il joue du free jazz
à proprement parler. C’est-à-dire avec des formes un peu plus
ouvertes, avec un phrasé plus singulier, avec un accent mis sur la
personnalité donc, tout en conservant la chaleur du jazz, sa
vitalité, son swing, sa « facilité » et sa clarté.
Bref, c’est un pur plaisir d’écouter
cette musique, et surtout de se replonger dans Jemeel Moondoc qui me
ravit toujours autant. Un saxophoniste que j’adore en effet pour
ses accents si secs et singuliers, ainsi que pour son timbre serré
et chaleureux en même temps. On ne parle pas souvent je trouve de ce
saxophoniste pourtant imposant, virtuose et singulier qui est
certainement un des plus passionnants de la scène free jazz
américaine actuelle.
INGRID LAUBROCK & TOM RAINEY - And other desert towns (CD, Relative Pitch, 2014) : lien
PAUL FLAHERTY & RANDALL COLBOURNE - Ironic Havoc (CD, Relative Pitch, 2014) : lien
JEMEEL MOONDOC - The Zookeeper'sHouse (CD, Relative Pitch, 2014) : lien
Estamos Trio - People's Historia
![]() |
| ESTAMOS TRIO - People's Historia (Relative Pitch, 2013) |
Le trio propose ici douze pièces assez variées, la plupart proches du jazz et du free. Ce n'est pas que je trouve ça mauvais ou inintéressant, mais ce n'est pas vraiment ma tasse de thé... L'Estamos improvise beaucoup, et interprète des partitions de McDonas : c'est parfois complètement spontané et improvisé, d'autres titres sont basés sur des grilles harmoniques, quelques improvisations sont modales, c'est parfois très énergique, d'autres fois plus centré sur le timbre, bref chaque pièce propose quelque chose de différent. Je parlais surtout des instruments ici, mais en contrepoint, Carmina Escobar utilise sa voix de manière lyrique, ou la passe au crible de delay, quand elle ne répond pas aux instruments avec quelques larsens ou field-recordings discrets et abstraits - heureusement l'improvisation vocale avec ces borborygmes et autres clichés se fait assez rare.
Il se passe beaucoup de choses, mais ça manque parfois d'approffondissement, on ne sait pas trop où le trio veut en venir à force d'adopter toutes sortes d'attitudes. De très bonnes voies sont trouvées, mais on passe trop vite à autre chose, et le changement de direction finit par lasser... Ce n'est pas mauvais mais pas assez radical en somme, dans le sens où on aurait aimé que chaque idée soit explorer de manière plus profonde. Là c'est trop pop, trop lisse et trop facile à mon goût - même si c'est parfois beau et la plupart du temps très bien joué, avec précision et beaucoup d'investissement...
Chris Abrahams & Magda Mayas - Gardener
![]() |
| CHRIS ABRAHAMS & MAGDA MAYAS - gardener (Relative Pitch, 2013) |
Outre cette forme de duo, on retrouve aussi quelques duos piano/piano et quelques passages pour piano et harmonium, mais c'est surtout la relation entre le piano et le clavecin qui est abordée au cours de ces six pièces - c'est du moins celle qui m'a le plus marqué. Il y a quelques préparations et quelques techniques étendues utilisées de temps en temps, mais l'exploration sonore ne se fait pas tellement à ce niveau, Abrahams et Mayas explorent avant tout l'ambiance et l'atmosphère générées par la rencontre de ces deux claviers. Une atmosphère étrange, et quelque peu anachronique (qu'on retrouve aussi dans le duo Abrahams/Cooper) ; car les deux instruments ne datent pas de la même époque, ne sont pas utilisés dans les mêmes répertoires, et quant au clavecin, je crois que c'est la première fois que j'en entends dans un contexte de free improvisation.
Car même si Abrahams & Mayas sont crédités aux compositions, leur musique ressemble avant tout à de l'improvisation libre, et je pense que les "compositions" font plutôt références à des "compositions instantannées ou spontanées" ou bien à des partitions très ouvertes. Les deux claviéristes jouent de manière très réactive et souvent énergique, l'interaction entre les musiciens et entre les instruments semblent bien être le principe qui guide l'évolution de chaque pièce. Bien sûr, c'est atonal, souvent arythmique aussi, Mayas & Abrahams jouent plutôt sur les variations de dynamiques, d'intensité, de volume ou d'espace. Le dialogue -instantanné - qui se joue entre eux repose sur un jeu d'oppositions, de similitudes, de fractures et de réactivité avant tout.
Si la forme des improvisations n'est pas très fraiche, le choix instrumental l'est à coup sûr et à ce niveau, ce disque est vraiment surprenant et propose une suite de pièces plutôt fraîches. Une suite d'improvisations qui possède un caractère très personnel, et qui est interprétée avec une écoute très proche et réactive, avec un talent et une virtuosité indéniables et flagrants. Un disque qui est surtout intéressant pour l'innovation instrumentale, et qui parvient par ce biais à tout de même explorer des territoires nouveaux et frais. De l'improvisation libre réussie en somme.
Car même si Abrahams & Mayas sont crédités aux compositions, leur musique ressemble avant tout à de l'improvisation libre, et je pense que les "compositions" font plutôt références à des "compositions instantannées ou spontanées" ou bien à des partitions très ouvertes. Les deux claviéristes jouent de manière très réactive et souvent énergique, l'interaction entre les musiciens et entre les instruments semblent bien être le principe qui guide l'évolution de chaque pièce. Bien sûr, c'est atonal, souvent arythmique aussi, Mayas & Abrahams jouent plutôt sur les variations de dynamiques, d'intensité, de volume ou d'espace. Le dialogue -instantanné - qui se joue entre eux repose sur un jeu d'oppositions, de similitudes, de fractures et de réactivité avant tout.
Si la forme des improvisations n'est pas très fraiche, le choix instrumental l'est à coup sûr et à ce niveau, ce disque est vraiment surprenant et propose une suite de pièces plutôt fraîches. Une suite d'improvisations qui possède un caractère très personnel, et qui est interprétée avec une écoute très proche et réactive, avec un talent et une virtuosité indéniables et flagrants. Un disque qui est surtout intéressant pour l'innovation instrumentale, et qui parvient par ce biais à tout de même explorer des territoires nouveaux et frais. De l'improvisation libre réussie en somme.
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