Affichage des articles dont le libellé est Alexander Frangenheim. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Alexander Frangenheim. Afficher tous les articles

creative sources

WTTF - Gateway '97 
(creative sources, 2013)
WTTF est quartet d'improvisateurs européens réunissant Phillipp Wachsmann au violon et à l'électronique, Roger Turner aux percussions, Pat Thomas au piano et à l'électronique, et Alexander Frangenheim à la contrebasse. A noter que si cet album a bien été édité en 2013 sur creative sources, il s'agit comme le titre l'indique d'un vieil enregistrement datant de 1997 et enregistré à Gateway.

Et en 97, il ne faut pas l'oublier, l'avant-garde des musiques improvisées s'appelait encore l'eai (improvisation électroacoustique), c'était encore violent, avec du son à profusion, et beaucoup d'énergie. C'était encore très fortement basé également sur l'interaction et la spontanéité. Et voilà, tout est dit sur ce quartet. La plupart des lecteurs de ce blog savent certainemnt très exactement à quoi s'attendre. Des notes brèves, énergiques, puissantes, avec des irruptions momentanées de bruit, des modes de jeux très étendus et une énergie maximale. A vrai dire, je ne sais pas si ça valait vraiment le coup de publier ce disque. Je me le demande. Ca témoigne d'une certaine esthétique à une époque certes. En plus, il faut le dire, c'est très très bien fait : les quatre musiciens sont tous de grands virtuoses, l'énergie est toujours là, c'est brut, puissant et assez jouissif. Mais malgré toutes les qualités indéniables de ce disque et le talent de chaque musicien, aujourd'hui, ça paraît un peu trop daté et déjà entendu surtout, voire institutionnel.

BONDI/D'INCISE/RODRIGUES/
RODRIGUES/ULLEN -
Lisboa (creative sources, 2012)
Lisboa est un enregistrement beaucoup plus récent (juillet 2012) qui est aussi très bien joué, mais qui peut aussi paraître un peu convenu. Ici sont présents une autre génération de musiciens avec Cyril Bondi à la grosse caisse et objets, d'incise à l'ordinateur et aux objets, Ernesto Rodrigues à l'alto, Guilherme Rodrigues au violoncelle et Lisa Ullén au piano.

Le quintet propose cinq pièces improvisées dans une tendance beaucoup plus "réductionniste" ici. Archets continus sur les cordes (alto, violoncelle et piano bien sûr), grosse caisse frottée avec des objets, nombreuses techniques étendues et nappes électroniques discrètes et ambient sont au menu de cette demi-heure de musique. La durée de ce disque est peut-être sa première qualité d'ailleurs. Non pas que ce soit chiant, mais c'est le genre de musique sur laquelle on peut difficilement rester concentrer plus longtemps. Juste le temps d'un concert en gros, mais pas plus. Car si c'est très bien joué (et je pense surtout à Bondi et d'incise qui sont les musiciens avec le plus de personnalité dans ce disque) c'est tout de même attendu et convenu je trouve. Ceci-dit, Lisboa reste un bon disque dans le genre, un disque avec de la personnalité, quelques trouvailles sonores engageantes, et une atmosphère singulière.

RODRIGUES/GUERREIRO/
WOLFARTH - All about Mimi
(creative sources, 2013)
All about Mimi est une longue improvisation enregistrée à la même époque et divisée en quatre pistes que l'on ne distingue pas les unes des autres. On retrouve ici Ernesto Rodrigues à l'alto, Ricardo Guerreiro à l'ordinateur et Christian Wolfarth aux cymbales. Une cymbale est frottée à l'archet, accompagnée d'une note fragile à l'ato, et d'une ou de plusieurs sinusoïdes. Puis, un silence. Et ainsi de suite en gros. Le trio propose sur cette session d'improvisation une musique très épurée, minimaliste et plutôt extrême. Il ne s'agit ni de silence, ni de bruit, mais de quelque chose entre les deux : comme une harmonie silencieuse ou un subtil bruit harmonique. Il ne s'agit pas non plus de dialogue entre les instrumentistes, mais il s'agit de se fondre aussi bien dans le son que dans le silence jusqu'à ce qu'on ne reconnaisse plus les rôles de chacun. On distingue bien les sonorités, mais tout le monde joue sur le même plan. Il s'agit ici d'une musique plane, rugueuse en même temps, et surtout aussi espacée que faible. Une improvisation toute en finesse, en délicatesse, en écoute intime du lieu et de chacun, en harmonie avec l'espace, le bruit et le silence.

creative sources

Barry Weisblat/Alfredo Costa Monteiro/Ernesto Rodrigues - Diafon (Creatives Sources, 2005)

C'était il y a sept ans quand même. Depuis, on n'a pas trop entendu parler de Weisblat (ici à l'électronique), mais Alfredo (platines) et Ernesto (violon alto, micro-contacts et objets) ne se sont pas arrêtés. Au contraire. Sur Diafon, ils nous emmenaient tous les trois le long d'une courte piste de 35 minutes. Une piste aride, abrasive, et onirique. Monteiro et Rodrigues jouent beaucoup avec les micro-contacts, le son est avant tout d'origine physique, ça gratte, ça frotte, ça crépite, le son est matière. L'alto est traité de la même manière, ses brèves incursions ne sont jamais des notes, mais la sonorisation et l'amplification de sa matière, la percussion du bois ou le frottement dur et sec des cordes. Une musique rendue encore plus abstraite et aride par l'accompagnement de Barry Weisblat, lequel surenchère avec des bruits blancs légers, harsh subtil qui se fond dans la matière sonore. L'utilisation systématique et abondante de platines sans disque relève également de cette volonté de créer du son avec la matière seule. De confondre le son et la matière. Que le bruit devienne véritablement physique, et qu'il le devienne avec sa source. Le trio sculpte le son et l'espace sonore avant tout. Les notions de rythme, de pulsation, d'harmonie, de dynamique, etc. n'ont pas cours ici. Il ne s'agit que de son, de timbre et de texture. Des textures agencées avec sensibilité et délicatesse, avec virtuosité et créativité. Un exercice de réduction de la musique à sa plus pure dimension sonore? Pas tout à fait, car le temps, et son étirement en une longue nappe sans fin ni début, est toujours là. Dimension incontournable de l'art sonore, la temporalité est ici lisse et sous-jacente, subtile et discrète, un long fil ténu qui s'étire durant 35 minutes avant de craquer imperceptiblement et brutalement. Fin? Pas tout à fait non plus, car Diafon demande à être réécouté, à être rejoué pour en saisir à chaque de nouvelles subtilités, et surtout, pour maintenir le plaisir de s'immerger dans cet univers sonore. Recommandé.

Harold Rubin/Alexander Frangenheim - Suite (Creative Sources, 2012)

Duo contrebasse/clarinette avec la participation du bassiste électrique Mark Smulian sur trois pistes, Suite est une collection de douze improvisations énergiques et instrumentales. Une suite de pièces libres aux accents lyriques par moments, centrées sur le rythme à d'autres moments, et souvent axées sur l'interaction, la réactivité et la dynamique. Les aigus se répondent de la clarinette criarde de Rubin aux harmoniques de Frangenheim, l'énergie omniprésente se transmet de l'un à l'autre musicien, les phrases aux dynamiques similaires s'entremêlent tout en conservant leurs caractéristiques sonores. Un dialogue énergique, nerveux et réactif. Un dialogue merveilleusement enrichi par la basse électrique de Smulian qui nous apporte une fraîcheur instrumentale inédite (je ne crois pas avoir déjà entendu un trio clarinette/contrebasse/basse électrique...). Des idées de dynamique, d'intensité et de pulsation voient le jour, sans jamais être étouffées par des lois et des consignes trop pesantes. Rubin et Frangenheim mises l'improvisation l'interaction et la spontanéité, sans pour autant refuser les idiomes. Une suite plutôt plaisante en somme, qui n'a pas grand chose de neuf à apporter, mais qui se laisse facilement entendre pour le talent et la virtuosité de ces musiciens méconnus.

Roberto Fega - Daily Visions (Creative Sources, 2012)

Si une chose est sûre, c'est l'engagement politique de Fega, qui dédicace ces daily visions à "tous les antagonismes politiques, culturels et artistiques de ce monde", les ornent de photographies d'émeutes et de manifestations, et entrecoupent ses compositions d'enregistrements sonores d'émeutes et de revendications sociales diverses. Ce qui est moins sûr, c'est ce que fait cet album sur le catalogue d'Ernesto Rodrigues... Car c'est bien la première fois que j'entends de la musique électronique composée, aux tonalités souvent dub et trip-hop, sur Creative Sources. Mais passons, je ferais mieux de me réjouir de la sortie d'un aussi bon disque plutôt que d'interroger sa place dans tel ou tel catalogue. Car Daily Visions est vraiment bon. Une musique facile d'écoute, intelligente et originale, composée avec précision et beaucoup de personnalité. Sur des boucles, des samples et des compositions électroniques pour ordinateur, Roberto Fega invite de nombreux musiciens à contribuer ici et là à un mélange détonant de musique électronique et acoustique, entre composition et improvisation idiomatique: Jennifer Scappettone, Marcello Sambati et Cecilia Panichelli à la voix, Francesco Lo Cascio au vibraphone, l'excellente trompettiste Ersilia Prosperi, Mario Camporeale à la guitare acoustique, Matteo Bennici à la contrebasse et enfin, Ludovica Valori à l'accordéon. L'instrumentation est riche mais parfaite pour une petite heure d'electro-jazz aux teintes expérimentales faites de textures osées, où se croisent diverses influences et méthodes de compositions, qui vont du spoken word au sampling, en passant par les soli modaux. Un album vraiment singulier et original, riche, dense, propre absorbant. Recommandé!
Roberto Fega "Daily Visions ReMix" bonus video track from roberto fega on Vimeo.