Affichage des articles dont le libellé est Roger Turner. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Roger Turner. Afficher tous les articles

The Recedents - Zombie bloodbath on the isle of dogs

Il y a une quinzaine de jours, j'écrivais une chronique sur quelques solo de Steve Lacy, et me revoici aujourd'hui à écouter Lol Coxhill, une autre grande figure du saxophone soprano (mais pas seulement), décédé il y a maintenant quatre ans. Enfin, je n'écoute pas vraiment Lol Coxhill, mais plutôt The Recedents, un projet auquel il a participé avec Roger Turner et Mike Cooper. Un gros coffret consacré à ce trio est récemment sorti, et c'est aisni que j'ai découvert ce groupe méconnu, actif pendant trois décennies, mais comptant seulement deux publications : Barbecue Strut en 1987 et Zombie bloodbath on the isle of dogs en 1991....


Si ce "dernier" est mon préféré, c'est certainement parce qu'il est le moins free jazz, et peut-être le plus libre paradoxalement. Ici, The Recedents n'hésite pas à jouer du reggae, quelques riffs exotiques propres à Cooper, à partir dans des explorations de synthés les plus cheaps possibles, avant de proposer un morceau rock, bien rock, ou de laisser Coxhill exprimer tout son lyrisme sur une ligne de basse groove et sombre. The Recedents est peut-être le chaînon manquant entre Zappa et Mr Bungle, ou entre Devo et Naked City, ou peut-être n'est-ce que l'équivalent "free jazz" de ces groupes qui se jouent des genres et les déconstruisent en les parodiant.

Mais peut-être que The Recedents n'a rien à voir avec une histoire d'affiliation et d'influence. Ce groupe peut aussi être tout simplement l'histoire de trois musiciens qui se rencontrent, trois musiciens qui aiment le surf rock, le garage, le free jazz, Marvel, James Ellroy, la musique hawaïenne, dada, et qui détestent les barrières et les frontières. Du coup, ils se rencontrent et se réunissent et assemblent leur talent et leur imagination pour proposer une musique nouvelle.

Cette musique est une suite inclassable de free rock pulsé et dynamique, d'explorations sonores avec des effets simples, d'hommages aux musiques de films, à la BD, de jazz, et de bien d'autres choses. Une musique qui swingue, qui groove, qui est drôle parfois, mais qui fait peur aussi, qui est ensoleillée avant de devenir sombre. The Recedents est une rencontre historique qui raconte la musique d'une époque, d'une génération : celle d'un jazz libéré et d'un rock éclaté. L'histoire de trois musiciens qui savent jouer comme on dit, mais qui, avant de jouer les virtuoses, veulent jouer leur musique : celle qui les ont bercer, celle qui les ont fait rire, celle qu'ils aiment jouer ou celle qu'ils aiment écouter. Une musique qui fait éclater les barrières, qui décloisonnent les genres, mais avec de l'humour, de la joie, et du talent.


THE RECEDENTS - Zombie bloodbath on the isle of dogs (CD, Nato, 1991) : http://www.natomusic.fr/catalogue/musique-jazz/cd/nato-disque.php?id=127



creative sources

WTTF - Gateway '97 
(creative sources, 2013)
WTTF est quartet d'improvisateurs européens réunissant Phillipp Wachsmann au violon et à l'électronique, Roger Turner aux percussions, Pat Thomas au piano et à l'électronique, et Alexander Frangenheim à la contrebasse. A noter que si cet album a bien été édité en 2013 sur creative sources, il s'agit comme le titre l'indique d'un vieil enregistrement datant de 1997 et enregistré à Gateway.

Et en 97, il ne faut pas l'oublier, l'avant-garde des musiques improvisées s'appelait encore l'eai (improvisation électroacoustique), c'était encore violent, avec du son à profusion, et beaucoup d'énergie. C'était encore très fortement basé également sur l'interaction et la spontanéité. Et voilà, tout est dit sur ce quartet. La plupart des lecteurs de ce blog savent certainemnt très exactement à quoi s'attendre. Des notes brèves, énergiques, puissantes, avec des irruptions momentanées de bruit, des modes de jeux très étendus et une énergie maximale. A vrai dire, je ne sais pas si ça valait vraiment le coup de publier ce disque. Je me le demande. Ca témoigne d'une certaine esthétique à une époque certes. En plus, il faut le dire, c'est très très bien fait : les quatre musiciens sont tous de grands virtuoses, l'énergie est toujours là, c'est brut, puissant et assez jouissif. Mais malgré toutes les qualités indéniables de ce disque et le talent de chaque musicien, aujourd'hui, ça paraît un peu trop daté et déjà entendu surtout, voire institutionnel.

BONDI/D'INCISE/RODRIGUES/
RODRIGUES/ULLEN -
Lisboa (creative sources, 2012)
Lisboa est un enregistrement beaucoup plus récent (juillet 2012) qui est aussi très bien joué, mais qui peut aussi paraître un peu convenu. Ici sont présents une autre génération de musiciens avec Cyril Bondi à la grosse caisse et objets, d'incise à l'ordinateur et aux objets, Ernesto Rodrigues à l'alto, Guilherme Rodrigues au violoncelle et Lisa Ullén au piano.

Le quintet propose cinq pièces improvisées dans une tendance beaucoup plus "réductionniste" ici. Archets continus sur les cordes (alto, violoncelle et piano bien sûr), grosse caisse frottée avec des objets, nombreuses techniques étendues et nappes électroniques discrètes et ambient sont au menu de cette demi-heure de musique. La durée de ce disque est peut-être sa première qualité d'ailleurs. Non pas que ce soit chiant, mais c'est le genre de musique sur laquelle on peut difficilement rester concentrer plus longtemps. Juste le temps d'un concert en gros, mais pas plus. Car si c'est très bien joué (et je pense surtout à Bondi et d'incise qui sont les musiciens avec le plus de personnalité dans ce disque) c'est tout de même attendu et convenu je trouve. Ceci-dit, Lisboa reste un bon disque dans le genre, un disque avec de la personnalité, quelques trouvailles sonores engageantes, et une atmosphère singulière.

RODRIGUES/GUERREIRO/
WOLFARTH - All about Mimi
(creative sources, 2013)
All about Mimi est une longue improvisation enregistrée à la même époque et divisée en quatre pistes que l'on ne distingue pas les unes des autres. On retrouve ici Ernesto Rodrigues à l'alto, Ricardo Guerreiro à l'ordinateur et Christian Wolfarth aux cymbales. Une cymbale est frottée à l'archet, accompagnée d'une note fragile à l'ato, et d'une ou de plusieurs sinusoïdes. Puis, un silence. Et ainsi de suite en gros. Le trio propose sur cette session d'improvisation une musique très épurée, minimaliste et plutôt extrême. Il ne s'agit ni de silence, ni de bruit, mais de quelque chose entre les deux : comme une harmonie silencieuse ou un subtil bruit harmonique. Il ne s'agit pas non plus de dialogue entre les instrumentistes, mais il s'agit de se fondre aussi bien dans le son que dans le silence jusqu'à ce qu'on ne reconnaisse plus les rôles de chacun. On distingue bien les sonorités, mais tout le monde joue sur le même plan. Il s'agit ici d'une musique plane, rugueuse en même temps, et surtout aussi espacée que faible. Une improvisation toute en finesse, en délicatesse, en écoute intime du lieu et de chacun, en harmonie avec l'espace, le bruit et le silence.
Mats Gustafsson - Bengt (Utech, 2012)

On ne voit pas souvent le saxophoniste Mats Gustafsson - souvent qualifié de punk - au saxophone solo. Il y en a eu bien sûr, dont un au saxophone contrebasse même! Là, il s'agit d'ailleurs encore d'une curiosité instrumentale, puisque Bengt est entièrement joué avec un saxophone Grafton. Qu'est-ce que c'est que ça? Pour les amateurs de jazz, il y a un live de Charlie Parker enregistré en 1953 au Massey Hall, un de mes disques préférés du Bird où on peut entendre à ses côtés Dizzy, Bud Powell, Mingus et Max Roach. Outre ce line-up incroyable, cet enregistrement est aussi célèbre parce qu'on y entend le maître bop de l'alto jouer avec un saxophone en plastique, une curiosité qui a été commercialisé durant une dizaine d'années (en gros jusqu'à la fin des années 60) - également utilisée par Ornette d'ailleurs. Et bien c'est ce même saxophone qu'utilise cette fois-ci Mats Gustafsson. Durant deux improvisations - ou compositions spontanées - d'environ vingt minutes. Deux improvisations assez surprenantes où Mats s'étend beaucoup plus sur l'étendue des timbres et des techniques que sur un jeu de puissance. L'énergie punk-rock propre à Mats est moins présente, il ne s'agit pas de cris, de hurlements et de crescendos incessants. Et tant mieux peut-être. Car toute la virtuosité de MG est mise au service d'une recherche plus fine et minutieuse sur les couleurs, les timbres et les textures du saxophone Grafton. Jeux de clés, mise en résonance particulière du plastique, multiples techniques étendues. Après, comme on peut s'y attendre, ce n'est pas non plus contemplatif. MG passe d'une idée à une autre, d'une couleur à une autre sans non plus trop s'y attarder, il s'agit toujours du même musicien que dans The Thing, et il n'a jamais fait particulièrement dans le minimalisme. Les phrases et les idées sont jouées avec une certaine urgence, une spontanéité et une dextérité propres à MG. Même si Bengt possède certains côtés disons plus explorateurs, on retrouve tout de même une part des phrasés nerveux et des mélodies agressives - accentués par les sonorités approximatives mais ressemblantes à un sax normal du Grafton -, d'amour des musiques et du saxophone, ainsi qu'une énergie dignes de Mats Gustafsson.

Informations et extraits: http://www.utechrecords.com/Releases3.html 

noël akchoté / jean-marc foussat / roger turner - acid rain (ayler, 2012)

Passons maintenant à un trio formé plutôt récemment je crois, un trio d'improvisation libre qui utilise une instrumentation qui pourrait s'apparenter à de l'eai (guitare, synthétiseur analogique et batterie). Akchoté/Foussat/Turner pour une improvisation de 3/4 d'heure enregistrée live au Confort Moderne à Poitiers. De la musique improvisée, sans aucun doute. Mais au-delà d'un discours aux apparences spontanées (bien que travaillé par chacun depuis de nombreuses années), c'est avant tout une musique qui sculpte l'espace. Une musique interactive parfois proche du silence et de la contemplation, parfois proche des assauts sonores les plus violents. Les assauts agressent, augmentent, faiblissent, puis reviennent en recrudescence. C'est bien réalisé, c'est sincère, chacun est attentif, chacun apporte sa singularité, mais... rien de nouveau sous le soleil. On commence à connaître ce genre de structure basée sur l'intensité et la tension omniprésente. Oui, c'est joué avec passion, et avec talent, mais ça peut aussi être lourd de réentendre ces formes éternelles. Question d'humeur aussi. Je peux parfois jouir de ce disque, l'écouter assez fort et savourer chaque interaction, chaque tension, chaque sonorité, et chaque rupture avant la recrudescence. Mais il ne faut pas non plus avoir envie de nouvelles formes. Juste s'attarder sur un contenu brillant, énergique, intense, puissant, haut en couleurs, et urgent.

Informations et extraits: http://www.ayler.com/akchote-foussat-turner-acid-rain.html

Daunik Lazro/Jean-François Pauvros/Roger Turner + Peeping Tom

Daunik Lazro/Jean-François Pauvros/Roger Turner - Curare (NoBusiness, 2011)

Inutile je pense de présenter Daunik Lazro et Roger Turner, figures légendaires du free jazz depuis plusieurs décennies. Aux côtés du saxophoniste français et du percussionniste anglais, on peut entendre sur Curare un des membres fondateurs du groupe Marteau Rouge: le guitariste Jean-François Pauvros.

Techniques étendues, longs crescendo, phases d'accalmies très tendues, improvisations collectives, refus des thèmes, dynamique presque cathartique: aucun doute, nous sommes en plein territoire free et ce trio n'apporte rien de bien neuf ni de très innovateur. Ceci-dit, je n'arrive pas à me lasser de l'énergie organique et indomptable de DL (qui fait ici quelques remarquables retours au saxophone alto ainsi que quelques digressions animales avec son bec), ni de la puissance et de la profusion de RT. Mon seul bémol serait peut-être pour JFP, qui dilate un peu trop la tension avec ses longues résonances filtrées et modulées par des pédales. Mais au sein de ces codes déjà entendus, chacun de ces trois musiciens parvient à exprimer son énergie avec liberté, spontanéité et créativité, le trio ne reculant pas devant de longues nappes lisses et légères, ni devant des phrases rythmiques et mélodiques, sans oublier les inévitables climax formant des phases de chaos et de fureur généralement propres au free jazz.

Si les phases de repos sont nécessaires pour équilibrer ces climax, elles forment ici la partie la moins intéressante et la plus froide de ces quatre pièces et font de ce disque une suite inégale d'improvisations. Heureusement, les parties les plus énergiques rééquilibrent la dynamique générale et rendent cette suite plus chaleureuse et intense. Car ce sont bien ces actes de fureur composés de cris qui me paraissent les plus "authentiques", c'est du moins plus proche de mes attentes concernant DL et RT. Inégal, mais pas mal.

Tracklist: 1-Morsure / 2-White Dirt / 3-En Nage / 4-The Eye

 Peeping Tom - Boperation (Umlaut, 2011)

Peeping Tom est un groupe de free jazz composé de quatre musiciens: Pierre-Antoine Badaroux au saxophone alto, Joel Grip à la contrebasse, Antonin Gerbal à la batterie, et enfin, Axel Dörner à la trompette. Pour ce deuxième album, le quartet a choisi d'interpréter des compositions de pianistes pour la plupart issus du bop: soit Fats Navarro, Herbie Nichols, Bud Powell, pour ne citer que les plus connus. Beaucoup de contraintes, dont la première est la question de savoir comment interpréter les compositions de pianistes sans utiliser de piano, sans parler des contraintes propres aux structures des compositions choisies. Malgré tout, Peeping Tom parvient à naviguer avec facilité, fidélité et liberté parmi ces œuvres exhumées.

Avant tout, remarquons simplement que malgré la déstructuration de certaines pièces, Boperation ne réunit surtout pas des interprétations froides, abstraites et trop savamment arrangées à la manière de Braxton parfois. Au contraire, cette suite d'improvisations est exceptionnellement chaleureuse et énergique, tout le swing propre aux compositions originales est conservé au service d'une joie et d'une énergie jamais calmées et toujours maximales. Une énergie rare tellement elle est pure et puissante! Une énergie comme on pouvait seulement en trouver dans des caves américaines durant les années 50 et 60, lorsque la musique était soit une arme au service de la révolution panafricaine, soit un exutoire face aux répressions (législatives, physiques, artistiques et économiques) et aux persécutions incessantes du pouvoir dominant (fin de cette parenthèse aux relents nostalgiques...).

 Musicalement, chaque thème est interprété avec une fidélité à l'esprit surtout, mais aussi avec une précision renversante, et toujours cette énergie franchement jouissive et réjouissante. Et dès ces thèmes, on peut percevoir si l'interprétation se concentrera plutôt sur l'aspect mélodique, rythmique, ou harmonique, de la composition initiale. Puis lors des improvisations, des soli, car il n'y a pas vraiment d'improvisations collectives, la liberté et les choix de chacun s'affirment de plus en plus nettement: le phrasé saccadé et les attaques puissantes de Badaroux, l'influence réductionniste de Dörner qui donne à ces interprétations un ton très original, etc. Les accompagnements sont toujours d'une précision, d'une clarté, et d'une présence rarement entendues.

Interprétations fidèles au swing surtout et à l'esprit des compositions initiales, ces dix pièces sont d'une énergie et d'une créativité rares. Un album puissant et jouissif!

Tracklist: 01-Boperation (Fats Navarro) / 02-Cromagnon Nights (Herbie Nichols) / 03-Escalating (George Wallington) / 04-Fantasy in Blue (Bud Powell) / 05-The Gig (Herbie Nichols) / 06-House Party Dancing (Herbie Nichols) / 07-Mo Is On (Elmo Hope) / 08-Pile Driver/Dodo's Dance ((Eddie Costa/Dodo Marmarosa) / 09-Snakes (Jackie McLean) / 10-Up Jumped The Devil (George Wallington)

KONK PACK - The Black Hills (Grob, 2010)



Tim Hodgkinson: guitar, clarinet, elctronics
Thomas Lehn: analogue synthesizer
Roger Turner: drums, percussion

Petite chronique du dernier Konk Pack à l'occasion de leur imminente tournée française (plus d'infos ici). Depuis 1997, ce trio germano-anglais en est à son quatrième disque (tous publiés sur le label allemand Grob). Ses membres: le monstre Thomas Lehn (manipulateur extraterrestre du synthétiseur), Tim Hodgkinson,  un ex-membre du groupe de RIO Henry Cow (qui a également participé à quelques enregistrements d'Art Bears), et enfin Roger Turner (déjà chroniqué ici en trio avec Doneda et Russell), figure connue de la musique improvisée avec qui a déjà collaboré plusieurs fois Thomas Lehn.


Dans ce trio, Turner, plus que tout autre percussionniste, semble vraiment servir de cadre à ses deux compagnons, même s’il n’a que rarement de fonction rythmique à proprement parler. Car il est bien le seul à se maintenir dans un langage homogène (typique de l’improvisation libre), tandis que Lehn et Hodgkinson réinvente constamment le leur, notamment grâce aux nombreuses influences de Hodgkinson et à son polyinstrumentisme varié et éclaté, et aussi grâce aux possibilités infinies offertes par le synthétiseur analogique utilisé jusqu’à ses extrêmes par Lehn. C’est bien de l’improvisation libre, pas de doute, mais les frontières avec la noise et l’EAI, le post-punk, le RIO et la harsh noise se brouillent, sont constamment traversées et retournées, et cela de manière complètement naturelle, sans aucun artifice ni aucune volonté d’être apparenté à ces scènes desquelles ils s’écartent tout de même de par l’originalité de leur langage.

Dans les 7 pièces qui forment The black hills, l’intensité ne varie pas beaucoup, il y a presque constamment un véritable sentiment d’urgence et de surtension. Le mérite du trio est alors de savoir faire régulièrement contraster différents types d’énergies, qui, en retour, participent également à l’invariabilité de l’intensité. Que les improvisations soient lentes et aérées, ou rapides et serrées, qu’elles durent 5 ou 20 minutes, il y a toujours la même intensité qui les gouverne et les rend indistinctes les unes des autres, la succession et les transitions passent totalement inaperçues.  Et plutôt que d’utiliser une écriture contrapunctique, où chacun répond à l’autre, toutes les performances semblent être asservies à la maintenance de cette intensité ainsi qu’au son global. Il y a tout de même une part de dialogue, d’interaction, mais au bout de plus d’une décennie de collaboration, Turner, Lehn et Hodgkinson ont su le rendre parfaitement naturel, cohérent, logique et homogène. La force de ce dialogue est dans l’absence de rupture, n’importe quelle intervention est profondément inscrite dans le flux du discours collectif, mais tout en maintenant la singularité de son timbre et de sa voix.

Je l'accorde, il y a peut-être 1/3 du disque où ça sent l'essoufflement et la recherche infructueuse, où l'intensité commence à faiblir et se perdre. Mais hormis ceci, je salue tout de même ce disque, non pour l'originalité de son intensité, pour la fraicheur et la singularité d'un son qui doit beaucoup à Lehn et Hodgkinson. Et contrairement à Derek Bailey, Konk Pack ne refuse pas les idiomes, mais se les approprient sans complexes au contraire, ce qui n'est pas sans donner un certain tonus à leurs improvisations. Des musiciens qui font peut-être ce que l'on attend d'eux, qui ne prennent pas trop de risques, mais qui n'ont pas perdus de leur vigueur ni de leur énergie.

Tracklist: 01-the welcome / 02-saturn bar / 03-the grave / 04-the breakfast / 05-roof party / 06-the trees / 07-gin run

Michel Doneda, John Russell, Roger Turner - The cigar that talks


MICHEL DONEDA, JOHN RUSSELL, ROGER TURNER - The cigar that talks (ESAH, Collection PiedNu, 2010)

Michel Doneda: saxophones soprano & sopranino
John Russell: guitare acoustique
Roger Turner: batterie & percussions

01-Miss Antoinette
02-Les Brumes
03-Palming
04-Tous Toux
05-Eyes On Oncle

Première production de l'Ecole Supérieure d'Art du Havre, The Cigar That Talks réunnit trois maîtres de l'improvisation franco-anglaise: Doneda, Russell et Turner. Aucun doute quant à leur origine, nos trois musiciens sont bien européens, ce qui ressort immédiatement de leur musique: une grande irrégularité rythmique, voire une absence notoire de pulsation, des notes réprimées au profit du timbre, une abstraction proche de l'austérité. Face à toutes ces contraintes volontaires, comment s'en sort ce trio? La richesse de l'instrumentation (cordes, bois, percussions) alliée à la virtuosité de chacun des instrumentistes permet l'exploration d'un territoire sonore tout de même assez frais et dépaysant. Le mélange des harmoniques, des polyphoniques et du souffle de Doneda, s'accordent parfaitement avec les grattements et frottements percussifs de Turner ainsi qu'avec le jeu très serré, sec et parfois discret de Russell. Chacun à l'air de ponctuer le discours de l'autre, tous les morceaux ressemblent à une grande phrase polyphonique et contrapunctique. La personnalité de chacun est nettement préservée, elle n'est pas noyée dans le flux sonore, ni submergée par un intérêt excessif porté au timbre. Pourtant cet intérêt est bien présent, le traitement du timbre, et du son en général, est absolument fondamental dans ces improvisations. Tous les trois n'utilisent que peu d'instruments finalement: 2 saxophones pour Doneda, une guitare pour Russell, et une batterie réduite au minimum pour Turner. Mais l'exploration est instrumentale avant d'être sonore, chacun conserve ce qui fait l'originalité de son instrument et en exploite toutes les potentialités. De cette démarche émerge alors des improvisations énergiques, tendues, abstraites, violentes ou relaxantes, mais toutes sont marquées par un aspect indéniablement aventureux, créatif et spontané.