dimanche 8 avril 2012

nouvelles d'australie

Jim Denley - Your breath on my lips (Avant Whatever, 2012)

Avant Whatever est un label australien qui propose des disques expérimentaux en édition limitée et écologique... Il paraît donc normal d'y retrouver Jim Denley, saxophoniste et improvisateur australien absolument hors pair, exceptionnellement original et extérieur à toute esthétique préétablie. Si j'admire Jim, ce n'est pas tant pour ses qualités de saxophoniste que pour sa volonté de constamment renouveler sa musique, et d'explorer sans relâche de nouveaux horizons. Pour Your breath on my lips, JD a assemblé deux enregistrements différents provenant de deux performances qui ont pris places lors d'installations artistiques. Tout commence par une courte respiration, preuve de l'origine humaine de ces sons inattendus et inespérés. Puis JD souffle et siffle dans un saxophone sans bec, produit des matières sonores denses et fraîches à l'aide de ballons de baudruche remplaçant son bec, active et manipule différents objets que l'on peine à reconnaître. Mais c'est avant tout la présence du souffle que l'on perçoit, ce souffle matérialisé et médiatisé par les instruments, omniprésent et fondamental dans cette courte pièce de 25 minutes. 

Un univers très étonnant, où la matérialité du souffle et du son prend une dimension quasiment onirique tellement elle est originale. Une dimension qui va au-delà de notre représentation et de notre perception en tout cas, et qui nous permet donc d'enrichir ces dernières de nouveaux paramètres découverts par JD. Des textures incroyables forment cette pièce, des textures denses et sinueuses, granuleuses et primitives: on peine à savoir si elles proviennent d'une perception extraordinaire ou d'une animalité/naturalité inconsciente, à moins qu'il ne s'agisse des deux. Magnifique, en tout cas.

Une très belle pièce, qui mériterait même un plus long développement peut-être.

Extrait disponible ici: http://www.avantwhatever.com/?p=829

 Sam Pettigrew - Domestic Smear (Avant Whatever, 2012)

Première fois que j'écoute Sam Pettigrew, contrebassiste (proche, entre autres, de Kim Myhr et de Jim Denley), homme de théâtre mais aussi de danse (il pratique notamment le Feldenchrist), Sam Pettigrew participe également à l'organisation du célèbre festival australien de musiques improvisées, le Now Now Festival. Comme on peut le remarquer devant la sobre et minimaliste esthétique de cette édition de Domestic Smear, il s'agit encore une fois d'une production Avant Whatever.

Pour cet enregistrement, SP utilise la basse comme une fondation sonore, comme le soubassement des fréquences qui l'intéresse et non comme un instrument, et c'est peut-être en ceci qu'il se démarque d'un instrumentiste traditionnel pour se faire plutôt performer, puisqu'il s'agit presque plus de technologie et de démarche conceptuelle que de technique instrumentale. Performance de quoi? Il s'agit ici de mettre en avant des fréquences extrêmement basses, des fréquences linéaires et immuables qui se succèdent lentement, notamment sur les deux premières pièces. La contrebasse de SP atteint ici des graves insoupçonnés, des basses qui font vibrer le corps de l'auditeur, autant que les murs, tout en saturant l'atmosphère. Cette extrémité des basses transforment le corps de l'auditeur en une membrane réceptrice, en un corps qui ne perçoit plus que par des vibrations corporelles et épidermiques. C'est dans cette mesure que SP est un performer, dans la mesure où il interroge et modifie les rôles endossés autant par l'artiste que par les spectateurs/auditeurs.

En-dehors de ces longues basses monodiques très linéaires, SP utilise également un silence suprenant de quelques minutes à la fin de la première pièce, un silence qui interrompt brutalement cette dernière et interroge ce qui l'a précédé de par sa brutalité même, de la même manière qu'une sinusoïde conclut la deuxième pièce. Quelques objets émergent alors du silence, tout comme à la fin de chaque pièce qui se conclut par l'introduction de différents plastiques et métaux manipulés, d'un ipod, et autres objets. Mais avant même ces conclusions, les trois pièces, et surtout les deux dernières, vivent grâce à l'altération due à différentes pièces de métal et à quelques résonateurs placés dans les cordes de la contrebasse. Ainsi, de la vie et du mouvement, mais aussi du relief, apparaissent tout au long de ces lignes qui se font de plus en plus sinueuses malgré leur linéarité extrême.

Trois drones qui explorent l'intériorité et la matérialité de la contrebasse tout en interrogeant la place de l'artiste/musicien/perfomer et celle du public/spectateur/récepteur. Trois drones puissants et intenses, mais surtout vivants, je recommande vraiment ce Domestic Smear.

Extraits disponibles ici: http://www.avantwhatever.com/?p=865

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