organized music from thessaloniki

Unan/Nikos Kyriazopoulos - Mimus/Skua (Organized Music from Thessaloniki/A question of re_entry, 2012)

Edité en cassette et version numérique par deux labels grecs, Mimus/Skua est un split qui regroupe deux artistes également grecs, Chris Chrondopoulos (aka Unan) et Nikos Kyriazopoulos. Chacun occupe une face, et propose une pièce basée sur une idée simple: le chant des oiseaux. La première face commence avec Unan donc, pour une pièce proche de la musique concrète qui tente de reproduire le chant des oiseaux à partir de vinyles endommagés, des imperfections de la platine et des disques utilisés, qu'elles soient "naturelles" ou produites par l'artiste. Il en résulte une sorte de collage sonore où différents tableaux se succèdent au rythme des disques usités, un collage brut et lo-fi, un peu crade par moment, et pas forcément passionnant. Des field-recordings s'enchaînent, tandis qu'Unan amplifie les imperfections et noie les enregistrements dans un flot de grésillements et crépitements.

C'est bien sûr une question de goût et de sensibilité, mais je dois avouer que j'ai été mille fois plus touché et convaincu par la pièce de Kyriazopoulos, Skua. Si l'on parvient parfois à imaginer des chants d'oiseaux, c'est un chant éclaté et kaléidoscopique de mille espèce différentes et simultanées que parvient à recréer le bouquet analogique de NK. A partir d'un matériel analogique, Kyriazopoulos nous propose ici une improvisation d'environ vingt minutes où des explosions de couleurs se succèdent, à différentes tonalités et densités. Parfois très calme et aérée, notamment à la fin où l'on reconnait le mieux les chants d'oiseaux, cette pièce peut rapidement devenir hystérique et survoltée, et c'est dans ces moments que l'on se sent comme envahi et dynamité par la profusion de courtes lignes analogiques. Kyriazopoulos nous révèle à sa manière la richesse et la puissance de l'analogique. Une pièce puissante et explosive, qui, si elle devait se rapprocher d'un élément, semble traversée de manière urgente par le feu. Approuvé!

Extrait de la cassette et version digitale: http://thesorg.bandcamp.com/album/mimus-skua

 Ferran Fages - For Pau Torres (Organized Music from Thessaloniki, 2012)

Ferran Fages est un guitariste et platiniste espagnol qui partage une longue discographie avec Alfredo Costa Monteiro et Ruth Barberan, mais qui a aussi enregistré, entre autres, avec Jean-Philippe Gross, Will Guthrie, Robin Hayward, Mattin et Bhob Rainey. Quelques uns de ces projets ainsi que ses premiers solos de guitare se trouvent sur le label Etude records, label dirigé par un autre guitariste espagnol, Pau Torres, dont on peut trouver quelques photographies à l'intérieur de la pochette et sur la couverture de cette nouveauté du label Organized Music from Thessaloniki.

Pour ce nouveau solo de guitare dédicacé à celui qui l'a maintes fois publié, FF propose une pièce d'une quarantaine de minutes divisée en cinq parties. Dans une liste de ses disques préférés, les deux seuls solos de guitare cités par FF sont Opposite de Taku Sugimoto, et A dimension of perfectly ordinary reality de Keith Rowe, ce qui peut peut-être mieux aider à comprendre l'organisation de ce disque plutôt que la dédicace. Car les cinq parties suivent une logique circulaire où se succèdent d'une part de longues nappes de larsens saturés et amplifiés par des talkies-walkies, interrompues par un retour à un jeu tonal fait de courts motifs mélodiques ou d'accords arpégés, puis les larsens reviennent et ainsi de suite.

Si je citais les disques préférés de Fages, ce n'est pas pour systématiquement le comparer à ces deux guitaristes, même si l'exploration du larsen et des imperfections électriques ainsi que le retour presque provocant à la tonalité ne sont pas sans rappeler Keith Rowe et Sugimoto. Il ne s'agit que d'influences, de ressemblances, mais l'important réside plutôt ici dans la facilité avec laquelle ces parties opposées s'enchaînent. D'un côté des larsens et des talkies-walkies, de l'autre une rupture avec le retour d'une guitare électrique tonale comme je le disais à l'instant. Une suite qui paraît contradictoire mais qui dans les faits, et dans le ressenti surtout, n'est pas si fracturée. Il est plus question de linéarité que de binarité ici en fait, car les parties sont interprétées dans à peu près la même ambiance: calme, poétique, aérée et contemplative. Une large place à la résonance et un peu aussi au silence, une grande sensibilité aux couleurs du son (qu'il soit tonal ou bruitiste n'y change rien), et une forte attention à l'espace.


Une forme peut-être simple et facile, mais emplie d'un contenu singulièrement poétique, envoutant et beau. For Pau Torres gagne en qualités évocatrices et narratives ce qu'il perd -volontairement- en richesse formelle. Un beau voyage: recommandé!

Extrait du CD et version digitale: http://thesorg.bandcamp.com/album/for-pau-torres

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