Chipshop Music with Toshimaru Nakamura - Protocol (Mathka, 2012)

En cette fin d'année, le label polonais Mathka revient en force avec d'une part, l'extraordinaire solo de Martin Küchen, puis aujourd'hui, ce troisième CD du quartet CSM, accompagné de Toshimaru Nakamura (toujours - bien évidemment - à la table de mixage bouclée sur elle-même). Pour ceux qui ne connaissent pas cette formation, elle est composée de Martin Küchen (saxophones alto et baryton, radio), Erik Carlsson (percussion), David Lacey (percussion, électronique) et Paul Vogel (ordinateur, clarinette). 

On le voit tout de suite, il s'agit bel et bien d'eai, de l'improvisation électroacoustique abstraite et minimaliste. Deux pièces réussies et profondes, mais difficiles à décrire. Il s'agit de longues nappes lisses et très horizontales, sur une intensité presque toujours égale à elle-même, deux pièces qui progressent par micro-évolutions, où le son du groupe prime avant tout, où les individus, les sources, les instruments et l'électricité s'entremêlent en un maillage très serré, en un magma sonore (souvent très aéré quand même) d'où peine à émerger une voix. Du coup, disons le tout de suite, ceux qui voudraient écouter cet album pour la collaboration de Toshimaru Nakamura risquent d'être déçus. Ou pas. Malgré son statut d'invité exceptionnel, aucune place prépondérante ne lui ait accordé, les larsens de Nakamura se fondent dans la masse de souffles, de peaux frottés et de grésillements. Mais c'est aussi ceci le génie de Nakamura: conserver sa singularité discrète tout en parvenant à se fondre dans de multiples identités collectives. Comme les quatre membres de CSM, Nakamura est subtil, discret, mais c'est cette discrétion et cette sensibilité collectives qui font de Protocol un album profond, un album qui accède à des sonorités uniques et à une intimité merveilleuse.

Non la présence de Toshimaru Nakamura n'apporte pas une grande évolution à l'esthétique ou à la forme adoptée par le CSM, mais oui, leur musique reste toujours aussi profonde et singulière. Une musique contemplative, abrasive, lente et onirique. Une musique qui propose un son collectif unique, sensible et aéré, où chaque instrument est traité comme une source sonore abstraite et froide, mais où l'interaction est tout ce qu'il y a de plus humaine et chaleureuse. Excellent!

(informations, écoute et extraits: http://mathka.bandcamp.com/album/protocol)

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