Alessandro Bosetti - Stand Up Comedy

ALESSANDRO BOSETTI - Stand Up Comedy (Weird Ear, 2012)
(Quelques mots sur cette édition pour commencer. Le label Weird Ear ne se concentre que sur trois formats de diffusion, les vinyles, les cassettes et les téléchargements. Trois formats qui sont ainsi proposés pour ce nouvel album de Bosetti. Une proposition étrange qui déconnecte un peu trop le musicien et l’œuvre de sa reproduction et de sa diffusion, mais qui est une très bonne initiative pour l'auditeur/consommateur (et qui ne manquera pas de combler le fétichisme de l'objet). Le seul dommage, un peu incompréhensible, c'est que le CD ne soit pas également proposé, support pourtant le plus répandu et le plus accessible...).

Mais passons à ce Stand Up Comedy en lui-même, une des œuvres les plus réussies (avec Zwölfzungen) que j'ai entendu depuis que Bosetti a entrepris d'investir les rapports entre la musique et le langage. Sur la première face, de nombreux dialogues de différentes sources qui vont d'une interview de Bosetti sur son nouvel instrument (le Mask/Mirror) et son approche de la musique, un dialogue téléphonique où Bosetti interroge une femme américaine sur son grand-père, etc. Les dialogues sont simples, ce qui se dit pourrait être dit au comptoir d'un bar quelconque ("qu'est-ce que tu ferais avec un milliard d'euros?"), ou dans un wagon entre deux inconnus. C'est la façon dont ces discours sont traités qui est vraiment inusuelle. Chaque dialogue est soutenu par une musique électronique discrète, quelque fois par des enregistrements d'instruments. Mais surtout, avec le Mask/Mirror, Bosetti rompt les discours, les diffère, les décale, leur donne de l'emphase, les répète, les glorifie, s'en moque, les accentue. La langue devient une matière qui ne demande qu'à être dévoilée dans sa dimension musicale, que ce soit la langue connotée, ou les phonèmes, les accents, les intonations, les "espaces interstitiels" entre le sens propre et le sens figuré", etc. Et c'est tout un univers unique qui se dévoile durant cette première partie, une musique extirpée de force du langage. Elle s'extirpe notamment par l'appui et le renforcement sonore, mais également par l'interruption brusque, la répétition, et la polyphonie.

Sur la deuxième face, on entend la voix de Bosetti qui récite un dialogue auparavant enregistré, des sinusoïdes discrètes, et un duo instrumental avec Chris Heenan (clarinette contrebasse) et Johnny Chang (violon). Si les nappes électroniques sont discrètes, elles restent les seuls éléments ininterrompus et continus. Car à ses côtés, la voix et les instruments surgissent seulement pour des interventions brusques, des interventions qui apparaissent aussi vite qu'elles disparaissent, sans plus de raisons apparentes qu'à l'intérieur d'un soliloque récité par un psychotique. Une pièce pour voix, électronique et instruments où chaque élément est distinct, mais où tous se retrouvent pour se soutenir et s'appuyer. Une pièce pleine de tension, assez violente et originale. Très réussie.

En somme, une des plus belles investigations de Bosetti sur le rapport et les interférences entre la musique et la langue. A écouter.

[informations, présentation, extrait: http://weirdear.com/alessandro-bosetti-stand-up-comedy/]

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