Duplant/Chambel/Drouin - field by memory inhabited

DUPLANT/CHAMBEL/DROUIN - field by memory inhabited 1&2 (Rhizome.s, 2012)
Si Bruno Duplant est un musicien omniprésent - déjà chroniqué à de nombreuses reprises sur ce site - qui enchaîne des projets et des publications assez divers, Jamie Drouin et Pedro Chambel sont deux artistes un peu plus discrets mais remarquables. Le premier est un musicien canadien concentré sur un duo avec Lance Austin Oslen où il pratique l'improvisation et la composition électroacoustique avec, comme outil principal, un synthétiseur modulaire analogique. Quant au second, certains l'auront peut-être entendu sur deux disques solo pour guitare préparée sur table, parus il y a environ dix ans sur creative sources, deux disques minimalistes et abstraits radicaux.

Ces trois musiciens se retrouvent donc ici pour une collaboration à distance initiée par Duplant & Chambel (qui gèrent le label rhizome.s), et intitulée field by memory inhabited. Le projet consiste en une interprétation à distance d'une partition graphique de Duplant, une interprétation en deux parties de vingt minutes chacune, réalisée ici avec des outils électroacoustiques par Bruno Duplant, des microphones et des objets pour Pedro Chambel, et un synthé plus une radio pour Jamie Drouin - qui a également assuré le mixage final de ces fichiers.

La première partie, divisée en plusieurs sous-parties à peu près égales en durée, consiste en une succession de nappes électroniques, calmes et répétitives, assez lancinantes, sur lesquelles surgissent par moments des bruits d'objets et des parasites électriques. Le tempérament de chaque partie est égal à lui-même, et elles peinent à se différencier, tout semble articulé sur l'opposition entre l'instantané et la durée, entre la continuité et les ruptures. Une phonographie rurale apparaît clairement lors des dernières minutes, comme une résurgence concrète après plus d'un quart d'heure d'abstraction continue. Mais c'est surtout sur la deuxième partie - de loin ma préférée - que les prises de son prennent de l'ampleur. L'opposition ne se situe plus ici entre la continuité et la rupture, mais entre l'abstrait et le concret, la fixité des sons et l'indétermination propre à la réalisation de partitions (qui plus est graphiques). Sur un fonds sonore touristique (la "plage de monsieur Hulot"?), de longues sinusoïdes, des nappes analogiques et électroacoustiques, des fragments radiophoniques, des objets amplifiés, s'entremêlent en une confrontation surprenante. Confrontation du travail et du sérieux musical avec la légèreté des loisirs, une confrontation qui fait ressortir le potentiel musical, et même tragique j'ai envie de dire, de n'importe quelle situation anodine.

Deux pièces originales où les couches d'interprétations se distinguent bien tout en s'unissant - et il faut certainement louer ici Jamie Drouin pour l'équilibre excellent de son mixage. La forme narrative comme le contenu sonore sont singuliers, profonds, et créatifs. Très bon travail.

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