creative sources

PASCALI - Suspicious activity (creative sources, 2012)
PascAli est un duo de contrebasses préparées jouées par Sean Ali & Pascal Niggenkemper. Ce n'est pas le premier duo de contrebasses dans le genre, mais cette formation surprend encore de par son originalité et sa richesse. Une richesse qui est mise en avant, et qui cache tout même ici. PascAli propose en effet 22 miniatures très différentes et variées ici qui ne durent jamais plus de quatre minutes. 22 pièces très courtes durant lesquelles une idée est explorée : une idée rythmique, une couleur, une idée mélodique, une ambiance, un mode de jeu, certaines préparations, etc. Seulement voilà, en si peu de temps, les idées ont du mal à devenir consistantes, elles paraissent trop évanescentes et éphémères. On se doute que Niggenkemper & Ali sont tous les deux d'excellents contrebassistes, toute leur virtuosité est mise en avant, mais c'est difficile de savoir s'ils sont aussi capable de composer/improviser de la bonne musique. Car la durée empêche toute mise en forme, toute cohérence, et on a plus l'impression d'une bande-annonce que d'un disque fini. Une bande-annonce qui promet, mais qui a du mal à se suffire. Avec ce genre de forme, on comprend pourquoi la plupart des musiciens expérimentaux et de l'avant-garde se sont quasiment tous évertués à briser les durées et les formes standardisés avant tout.

Un disque qui peut paraître prometteur, car ces deux contrebassistes parviennent quand même à développer de très bonnes idées, et des couleurs très originales, mais qui ne propose que des instants évanescents, des miniatures sur lesquelles l'attention glisse trop facilement.

ELISABETH FLUNGER &TOMAS TELLO - Labor (creative sources, 2012)
Dans une moindre mesure j'ai un peu le même problème avec le duo E.T. : Elisabeth Flunger (objets en métal) et Tomás Tello (électronique). Ils proposent tous les deux huit courtes pièces de moins de cinq minutes où chaque idée a du mal à se développer et à paraître cohérente. Rien ne reste en place, mais en même temps, la même ambiance est toujours présente, une même atmosphère assure la continuité et la cohérence de ces pièces. Une atmosphère faite d'électronique mystérieux et extraterrestre, de l'électronique sans rien d'agressif et en mouvement constant. Et à côté, les étranges percussions de Flunger, des débris industriels qui s'entrechoquent de manière rythmique ou frottée, de manière concrète, musicale et figurative, ou de manière abstraite et purement sonore. E.T. propose une suite étrange et originale d'expérimentations sonores très personnelles et singulières. Des boucles et des rythmes sont parfois présents, quand le duo ne se plonge pas dans une atmosphère flottante où plus aucune loi n'a cours, une atmosphère très colorée et fluide souvent. Mais il y a encore cet aspect un peu trop évanescent et ce manque de consistance qui me dérange, malgré l'inventivité et la créativité de ce duo.

GROSSE ABFAHRT - erstes Luftschiff zu Kalifornien (creative sources, 2006)
Grosse Abfahrt est un ensemble né il y a presque dix ans autour de musiciens californiens. Créé par Tom Djll (trompette), il regroupe également Matt Ingals (clarinette), Tim Perkis (électronique), Gino Robair (synthétiseur analogique) et John Shiurba (guitare). Autour de ces cinq permanents, on retrouve des musiciens différents à chaque enregistrement, et pour cette première publication, les invités étaient Serge Baghdassarians (électronique), Boris Baltschun (électronique) et Chris Brown (piano et électronique).

Depuis 2004, la musique improvisée en a vu d'autres, des grosses formations, et j'arrive un peu sur le tard. Ce qui posait problème à l'époque est devenu un cliché aujourd'hui et sert de base à beaucoup de musiciens actuels : l'hyperréactivité, les formes longues, l'individualité dans l'ensemble, etc. Mais bon, venons-en au disque. Il s'agit de cinq longues pièces, basées sur des formes très longues et calmes, sur des nappes dans lesquelles les individus se fondent. La musique est souvent silencieuse, très aérienne et calme, les nappes n'évoluent que très doucement. Mais par moments, des contrepoints surgissent : un musicien émerge, non pour un solo à proprement parler, mais seulement pour s'opposer au groupe, quelques sons se distinguent alors, instrumentaux ou électroniques, peu importe. C'est par contre seulement à ces moments que l'on peut distinguer les musiciens, le reste n'étant qu'une masse sonore compacte et uniforme proche des grands ensembles avec Rodrigues.

Peut-être qu'à l'époque, cette sortie a fait son effet, mais aujourd'hui, ça me paraît un peu mal vieilli, un peu trop rabâché. Car si les contrepoints sont souvent très excitants, la masse et les nappes qui forment la continuité me paraissent trop légères, ne m'accrochent pas. Un beau morceau de musique improvisée pour un assez grand ensemble, qui proposait à l'époque des solutions plutôt innovantes, mais qui ne semble pas résister au temps.

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