Evan Parker & Matthew Shipp - Rex, Wrecks & XXX

EVAN PARKER & MATTHEW SHIPP - Rex, Wrecks, XXX (Rogue Art, 2013)
Un saxophone ténor, un piano ; Evan Parker, le vétéran anglais de l'improvisation libre, et Matthew Shipp pianiste free jazz américain déjà plus jeune. La rencontre entre les deux musiciens n'est pas forcément évidente, outre leur année de naissance et leur continent d'origine, c'est aussi et surtout leurs esthétiques qui les séparent. Mais après tout, EP n'a-t-il pas déjà joué avec Jah Wobble, ça n'a pas l'air d'être le goût du défi qui lui manque.

C'est la deuxième fois que ces musiciens publient une de leurs rencontres. Pour Rex, Wrecks & XXX Parker et Shipp proposent un premier disque composé de courtes improvisations enregistrées en studio et un second composé d'une longue improvisation live enregistrée au Vortex à Londres. Si le saxophone d'Evan Parker, extraordinaire instrument organique et incandescent, se reconnaît entre mille autres, son jeu est cependant grandement modifié par la présence de Matthew Shipp, seule une courte improvisation où il est seul durant 3 minutes nous le rappelle. EP ne joue pas ici sur les phrasés agressifs, les possibilités polyphoniques du souffle continu, ou sur l'étirement infini des phrases, mais joue plutôt sur les ruptures rythmiques continuelles et sur les fractures d'intensité. Son jeu se fait plus mélodique et aérien, plus léger et pulsé. A l'inverse, Matthew Shipp adopte un discours proche des flux de Parker. Le piano devient une sorte d'océan chaotique, qui a son propre rythme interne, composé de soubresauts inattendus et de flux dont l'intensité varie sans cesse.

Tout le premier disque, les six Rex en duo et les deux Wrecks en solo semblent constituer un terrain de tâtonnement (qui paraît tout de même abouti) où le pianiste et le saxophoniste cherchent une sorte de compromis, un terrain d'entente où leur jeu pourront se déployer le plus librement possible. Ils explorent les possibles, les terrains mélodiques, pulsés, les flux, les variations d'intensité, différents phrasés, rythmiques, émotifs, ou abstraits. Puis en live, une fois le terrain bien tâté, une fois les repères et les points d'accroches trouvés, les deux musiciens sont partis, et plus moyen de les arrêter. L'enregistrement live, c'est quarante minute incandescentes où une spontanéité organique et des possibilités inattendues se déploient librement, sans frein ni retenue. Les deux musiciens se sont trouvés, et bien, ils s’enrichissent mutuellement et la rencontre les épanouit, ils s'obligent à quitter leurs habitudes pour explorer de nouveaux territoires. C'est risqué, et ça ne marche pas toujours. Mais qu'importe, c'est la prise de risque qui génère toute la force et la puissance de cette rencontre.

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