Sur ce premier disque du coffret consacré au collectif Wandelweiser, cinq pièces sont présentées. Deux réalisations de natural at last de Sam Sfirri, Lieux de Passage d'Antoine Beuger, 2011(4) de Manfred Werder, various distinct spatial or temporal locations de James Saunders, et Heikou de Radu Malfatti.
Si le disque s'ouvre par une des interprétations de l’œuvre de Sfirri, je voudrais de mon côté commencer par Lieux de Passage. Une pièce onirique et majestueuse interprétée par Jürg Frey (clarinette), Angharad Davies (violon), Phil Durrant (électronique), Anton Lukoszevieze (violoncelle), Radu Malfatti (trombone), Lee Patterson (objets amplifiés) et Philip Tomas (piano). La liste est longue mais donne un très bon aperçu de ce que cette interprétation peut avoir de sensible et d'intense. Car la plupart de ces musiciens côtoient la musique de Beuger et de Wandelweiser (dont il est un des membres fondateurs) de près ou de loin depuis pas mal d'années. La pièce est construite sur de longues notes sans intonations, sans variation d'intensité, des notes qui apparaissent et disparaissent, qui forment parfois un accord harmonieux, qui se superposent simplement à d'autres moments, qui se retrouvent seules quelques fois. Seules des indications de temps semblent avoir été données, des indications de temps qui ne se correspondent pas toujours, qui permettent aux musiciens de se retrouver seuls, à deux ou en grosse formation. Une partition qui semble assez ouverte et qui permet aux timbres de se renouveler constamment. Un instrument peut apparaître après des minutes et des minutes de silence, comme il peut disparaître à tout moment pendant dix minutes, chaque note, chaque accord, chaque son paraît magique alors, chaque accord attaqué semble être une apparition. Une voix se détache tout de même de ce nuage sonore et se maintient tout du long: la clarinette de Jürg Frey qui interprète une très longue mélodie, une mélodie aérienne qui s'étire sur les 26 minutes de ce chef d’œuvre mystérieux.
L'autre composition importante sur ce disque - de par sa taille et la renommée bien établie du compositeur - est bien sûr Heikou de Radu Malfatti. Cette partition de 2010 est interprétée ici par le même ensemble que sur Lieux de Passage avec en plus le contrebassiste Joseph Kudirka. Comme darenootodesuka, Heikou semble se fonder sur des accords qui forment des vagues de sons. Des vagues qui apparaissent et disparaissent selon une temporalité unique et mystérieuse, une temporalité qui semble cosmique. Ce que j'aime avant tout avec Malfatti, c'est cette impression d'entendre la musique des sphères, d'écouter l'accord formé par le mouvement cosmique des planètes. Et bien sûr, c'est aussi l'intensité et la présence qu'il sait donner au silence, ce silence présent entre chaque vague, ce silence qui semble poser toujours la même question sans jamais donner de réponse claire: qui du silence et du son fait naître son pair?
J'en viens maintenant à 2011(4), pièce de Manfred Werder, compositeur également très important de ce collectif. Avec ce dernier, on ne parle plus vraiment d'interprétation, mais plutôt d'actualisation, car il n'y a plus d'indication musicale, ni temporelle, ni instrumentale, les compositions de Werder se réduisent dorénavant de plus en plus à quelques vers (de Ponge quelque fois par exemple), ou à des "phrases trouvées" - et ici l'actualisation est de Anett Németh. Je n'ai jusqu'ici entendu qu'un seul disque de cette musicienne, un hommage à Cage qui m'avait énormément plu, et c'est donc avec plaisir que je la retrouve dans ce coffret. Pour 2011(4), Németh a donc choisi de présenter une actualisation principalement fondée sur un enregistrement pris le long d'une route de campagne - où ne passeront que deux véhicules durant les dix minutes, un jour plutôt venteux en compagnie d'une corneille qu'on entend quelque fois. Parfois une fréquence proche du thérémine surgit, ou une sinusoïde grave qui rappelle le trombone de Malfatti, ou quelques objets métalliques entrechoqués de manière lointaine. Tout se fait en douceur, en délicatesse et en poésie. Németh nous plonge dans un paysage désertique mais évocateur, onirique et intense. Une pièce simple, contemplative, où bruits, sons et notes glissent les uns sur les autres dans un équilibre idéal. Merveilleux.
Quant à natural at last, je ne vais pas m'attarder dessus. Il s'agit d'une pièce interprétée par deux ensembles différents (les trois pièces de Sfirri présentes sur le coffret sont à chaque fois jouées par des ensembles différents). Cette approche permet de mettre en avant les potentialités produites par l'écriture, les différentes possibilités qu'offrent une écriture accordant beaucoup de place à l'improvisation et à l'aléatoire. Du coup on se retrouve ici avec une pièce calme et lente de presque 8 minutes, très axée sur le bruit, les techniques étendues et les sons parasitaires, interprétée par Neil Davidson (guitare & objets) Rhodri Davies (harpe), Jane Dickson (piano), Patrick Farmer (objets) et Dimitra Lazaridou-Chatzigoga. La seconde version reprend le même orchestre que Lieux de Passage et réalise cette partition de manière beaucoup plus instrumentale, en jouant beaucoup plus sur les notes et leur superposition, ainsi que sur la neutralité du son.
Pour finir, various distinct spatial or temporal locations de James Saunders, interprétée ici par le producteur à qui l'on doit ce coffret hallucinant. Une pièce plutôt anecdotique où l'on peut entendre Simon Reynell déplacer une tasse à café en carton sur une table durant deux minutes...
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Wandelweiser und so weiter: Undertows (another timbre, 2012)
L'autre compositeur capable de présenter une pièce aux accents romantiques est bien évidemment Jürg Frey, également connu pour l'aspect plus lyrique et mélodique de certaines de ses compositions. Avec Circular Music No.2, interprétée par Angharad Davies (violon), Phil Durrant (électronique), Jürg Frey (clarinette), Anton Lukoszevieze (violoncelle), Radu Malfatti (trombone), Lee Patterson (objets amplifiés) et Philip Thomas (piano), le compositeur présente ici une pièce d'un quart d'heure où clarinette, violon, violoncelle et piano jouent une lente mélodie calme, lente et triste, fondée sur deux notes chacun qui sont jouées selon les modes de jeux traditionnels offerts par l'instrument. Notes longues, courtes, attaqués par en-dessous ou brusquement, frottées, pincées, percutées, et soufflées, se confrontent et sont accompagnées par un trombone qui n'est plus qu'un souffle unificateur, ainsi que par des nappes discrètes de bruits dus à Durrant et Patterson. Très belle pièce. La seconde composition de Jürg Frey sur ce disque est une longue pièce intitulée Un champ de tendresse parsemé d'adieux (4) (oui, on pourrait croire au titre toujours poétique d’œuvre d'Antoine Beuger, mais non...) et est interprétée par l'edges ensemble, toujours dirigé par le pianiste Philip Thomas. Durant presque vingt minutes, des objets métalliques sont jetés régulièrement sur une surface dure, à travers une pièce qui semble peut résonner. Il n'y a pas beaucoup de relief, hormis un souffle omniprésent et sombre, plus rassurant qu'inquiétant, un souffle quelque peu familier et poétique, proche d'un vent hivernal automatisé. Une pièce étrange, où l'on sombre dans un univers en déphasage avec le réel, et qui répond plutôt bien à la pièce qui la précède.
Autre grand moment de ce disque, l'interprétation par Anett Németh (enregistrements, instruments, objets) de 2008(6) de Manfred Werder. Comme souvent chez cette interprète, les sources sonores s'entremêlent pour former un univers unifié et poétique. Un univers constitué ici de longues notes sourdes et graves ou médiums, d'enregistrements d'une sorte de source d'eau avec ce qui ressemble à une sorte de petit moulin artificiel. Tout se mélange indistinctement en une texture sonore cohérente, onirique et unique, on regrettera seulement que ça ne dure pas plus de cinq minutes... Enfin, une pièce du compositeur plutôt méconnu Taylan Susam intitulée for sesshū tōyō, interprétée par les habituels Angharad Davies (violon), Phil Durrant (électronique), Joseph Kudirka (contrebasse), Anton Lukoszevieze (violoncelle), Lee Patterson (objets amplifiés) et Philip Thomas. Il s'agit ici de longues notes jouées par peu d'instruments simultanés et entrecoupées de silences. Des notes jouées pour leur timbre et leur texture principalement. Une pièce minimaliste, axée sur des textures simples mais recherchées, où son et silence sont sur le devant de la scène.
Wandelweiser und so weiter: Upwellings (another timbre, 2012)
J'en arrive enfin au dernier disque de ce coffret épique. Après sept heures de musique, deux mois d'écoutes, j'avoue que je commence à fatiguer... Pour ce volume, il n'y a qu'une seule pièce conséquente dans la durée et huit autres plutôt courtes (entre une et dix minutes). La plus importante est donc la dernière œuvre qui clôture ce coffret: von da nach da écrit en 2005 par une des plus importantes compositrices qui gravitent autour de Wandelweiser, Eva-Maria Houben que l'on écoute pour la première fois sur cette compilation. La pièce est interprétée par trois musiciens récurrents sur ces disques: Angharad Davies au violon, Phil Durrant à l'électronique, et Lee Patterson aux objets et mécanismes. Un long morceau de vingt minutes où se superposent trois strates de sons continus. Pas vraiment de silences, ni de répétitions, il s'agit d'une pièce certainement beaucoup influencée par le mouvement réductionniste où l'attention est principalement accordée aux couleurs et aux textures. Une pièce sur le son lui-même et le dialogue entre les différentes sources sonores: acoustiques et artisanales, instrumentales, et électroniques.
On trouve également sur ce disque trois "réalisations" de la pièce little by little composée par Sam Sfirri. La première est interprétée par un ensemble de musiciens qui n'utilisent que de l'électronique avec Stephen Cornford, Robert Curgenven, Ferran Fages, Patrick Farmer, Alfredo Costa Monteiro et Lee Patterson. Il semblerait que les musiciens -au moins au début- jouent chacun leur tour durant cette "réalisation", chacun semble envoyer une texture et chacune de ces nappes de son est entrecoupée par un silence. Les couleurs se ressemblent et différent, elles semblent se répondre à travers les silences et elles deviennent de plus en plus consistantes au fur et à mesure de la pièce, mais aussi de plus en plus similaires. Le deuxième version par le Set Ensemble (Angharad Davies, Bruno Guastalla, Sarah Hughes, Daniel Jones, Dominic Lash, Tim Parkinson et David Stent) propose une version instrumentale et acoustique (excepté Daniel Jones) qui joue beaucou plus sur la répétition de notes et les silences. On y retrouve le même espacement des timbres et la même solitude de chaque évènement sonore. Une version moins inventive, mais aussi plus poétique et sensible. Quant à la troisième version, elle est réalisée de manière très calme et minimaliste par Angharad Davies, Phil Durrant, Jürg Frey, Anton Lukoszevieze, Radu Malfatti, Lee Patterson et Philip Thomas à leurs instruments et outils habituels. Une version plus électroacoustique et plus faible que les autres, qui nous démontre encore une fois l'énorme part d’indétermination dans l'interprétation de beaucoup des compositions "ouvertes" propres à Wandelweiser. De plus, ce disque propose une troisième réalisation de natural at last par le même Sam Sfirri et avec la même formation (Neil Davidson, Rhodri Davies, Jane Dickson, Patrick Farmer, et Dimitra Lazaridou-Chatzigoga) que la première version présente sur le premier disque du coffret.
Ce disque est aussi l'occasion d'entendre deux grandes influences pour tous les membres de Wandelweiser: John Cage bien sûr et le compositeur britannique John White. De ce dernier, l'edges ensemble dirigé par Philip Thomas toujours nous présente une excellente version de Drinking and Hooting Machine, pièce composée en 1970. Dans cette œuvre, chaque interprète souffle dans une bouteille de sa boisson préférée. La pièce évolue lentement, doucement, le son se déplace par répétition et par micro-évolution. L'univers sonore produit ici a quelque chose d'inouï et de franchement onirique, une des plus belles réalisations de ce disque. Quant à John Cage, Philip Thomas ne nous joue qu'une interprétation du très court Prelude for Meditation composé en 1944 (qui ne se base donc pas encore sur les processus aléatoires et sur les principes d'indétermination). Un prélude de seulement 1 minute 13, pour piano préparé. On peut y remarquer l'importance du silence, du timbre, mais également de la répétition et de la réduction du matériau sonore (la partition ne comporte que quatre notes). Éléments fondamentaux dans les processus de composition propres à Wandelweiser.
Pour la première fois aussi, j'entends une composition d'Angharad Davies, nommée Cofnod Pen Bore / Morning Records et interprétée par Neil Davidson (guitare et objets), Rhodri Davies (harpe électrique), Jane Dickson (piano), Patrick Farmer (objets amplifiés, lecteurs CD ouverts), et Dimitra Lazaridou-Chatzigoga. Une pièce qui joue beaucoup sur les timbres et la confrontation des couleurs (notes/bruits, son/silence, abstrait/concret, sons continus/notes brèves) mais aussi sur les reliefs et les variations d'intensité, à travers les attaques, les modes de jeux et bien évidemment le volume. Et enfin, une œuvre de l'excellente compositrice trop méconnue et peu publiée: eine unbedeutende aussage composé par Anett Németh en 2012) - musicienne qu'on a déjà entendu actualiser une partition de Manfred Werder sur le premier disque. Une pièce difficile à jauger puisqu'il s'agit d'un remix du Set Ensemble, les instruments sont modifiés et tendent encore plus vers l'abstraction, le son devient soit un bourdonnement soit métallique. Pas mal de relief également, du silence au forte. D'autres enregistrements concrets sont ajoutés, et comme à son habitude, Anett Németh parvient à merveille à confondre et mélanger les sources (réelles, synthétiques, instrumentales) pour produire une ambiance et un univers sonores singuliers, poétiques et déroutants - on regrettera seulement que ce ne soit pas plus développé et plus long...
On trouve également sur ce disque trois "réalisations" de la pièce little by little composée par Sam Sfirri. La première est interprétée par un ensemble de musiciens qui n'utilisent que de l'électronique avec Stephen Cornford, Robert Curgenven, Ferran Fages, Patrick Farmer, Alfredo Costa Monteiro et Lee Patterson. Il semblerait que les musiciens -au moins au début- jouent chacun leur tour durant cette "réalisation", chacun semble envoyer une texture et chacune de ces nappes de son est entrecoupée par un silence. Les couleurs se ressemblent et différent, elles semblent se répondre à travers les silences et elles deviennent de plus en plus consistantes au fur et à mesure de la pièce, mais aussi de plus en plus similaires. Le deuxième version par le Set Ensemble (Angharad Davies, Bruno Guastalla, Sarah Hughes, Daniel Jones, Dominic Lash, Tim Parkinson et David Stent) propose une version instrumentale et acoustique (excepté Daniel Jones) qui joue beaucou plus sur la répétition de notes et les silences. On y retrouve le même espacement des timbres et la même solitude de chaque évènement sonore. Une version moins inventive, mais aussi plus poétique et sensible. Quant à la troisième version, elle est réalisée de manière très calme et minimaliste par Angharad Davies, Phil Durrant, Jürg Frey, Anton Lukoszevieze, Radu Malfatti, Lee Patterson et Philip Thomas à leurs instruments et outils habituels. Une version plus électroacoustique et plus faible que les autres, qui nous démontre encore une fois l'énorme part d’indétermination dans l'interprétation de beaucoup des compositions "ouvertes" propres à Wandelweiser. De plus, ce disque propose une troisième réalisation de natural at last par le même Sam Sfirri et avec la même formation (Neil Davidson, Rhodri Davies, Jane Dickson, Patrick Farmer, et Dimitra Lazaridou-Chatzigoga) que la première version présente sur le premier disque du coffret.
Ce disque est aussi l'occasion d'entendre deux grandes influences pour tous les membres de Wandelweiser: John Cage bien sûr et le compositeur britannique John White. De ce dernier, l'edges ensemble dirigé par Philip Thomas toujours nous présente une excellente version de Drinking and Hooting Machine, pièce composée en 1970. Dans cette œuvre, chaque interprète souffle dans une bouteille de sa boisson préférée. La pièce évolue lentement, doucement, le son se déplace par répétition et par micro-évolution. L'univers sonore produit ici a quelque chose d'inouï et de franchement onirique, une des plus belles réalisations de ce disque. Quant à John Cage, Philip Thomas ne nous joue qu'une interprétation du très court Prelude for Meditation composé en 1944 (qui ne se base donc pas encore sur les processus aléatoires et sur les principes d'indétermination). Un prélude de seulement 1 minute 13, pour piano préparé. On peut y remarquer l'importance du silence, du timbre, mais également de la répétition et de la réduction du matériau sonore (la partition ne comporte que quatre notes). Éléments fondamentaux dans les processus de composition propres à Wandelweiser.
Pour la première fois aussi, j'entends une composition d'Angharad Davies, nommée Cofnod Pen Bore / Morning Records et interprétée par Neil Davidson (guitare et objets), Rhodri Davies (harpe électrique), Jane Dickson (piano), Patrick Farmer (objets amplifiés, lecteurs CD ouverts), et Dimitra Lazaridou-Chatzigoga. Une pièce qui joue beaucoup sur les timbres et la confrontation des couleurs (notes/bruits, son/silence, abstrait/concret, sons continus/notes brèves) mais aussi sur les reliefs et les variations d'intensité, à travers les attaques, les modes de jeux et bien évidemment le volume. Et enfin, une œuvre de l'excellente compositrice trop méconnue et peu publiée: eine unbedeutende aussage composé par Anett Németh en 2012) - musicienne qu'on a déjà entendu actualiser une partition de Manfred Werder sur le premier disque. Une pièce difficile à jauger puisqu'il s'agit d'un remix du Set Ensemble, les instruments sont modifiés et tendent encore plus vers l'abstraction, le son devient soit un bourdonnement soit métallique. Pas mal de relief également, du silence au forte. D'autres enregistrements concrets sont ajoutés, et comme à son habitude, Anett Németh parvient à merveille à confondre et mélanger les sources (réelles, synthétiques, instrumentales) pour produire une ambiance et un univers sonores singuliers, poétiques et déroutants - on regrettera seulement que ce ne soit pas plus développé et plus long...
Anett Németh - A pauper's guide to John Cage (Another Timbre, 2011)
Pour finir cette dernière série another timbre consacrée à l'influence de John Cage et du collectif Wandelweiser sur différents musiciens plutôt nouveaux, ce CDr rassemble deux pièces d'une jeune compositrice autodidacte dont je n'avais encore jamais entendu parler, Anett Németh. Malheureusement, je n'ai trouvé aucune information concernant cette prometteuse musicienne, hormis une interview sur le site d'another timbre.
La première pièce, écrite en 2010 est une œuvre pour piano, clarinette, objets ménagers, field-recordings et électronique. Durant A pauper's guide to John Cage donc, directement inspirée par l’œuvre de Cage, Németh utilise un nombre restreint de notes ou d'accords sur le piano, auxquels sont associés certains paramètres tels qu'une intensité précise, un certain type de résonance, etc. Ces différentes interventions répétées sont aléatoires et parsèment la pièce de manière sporadique. Autour d'elles s'articulent d'autres matériaux sonores comme les field-recordings, la clarinette, des instruments ou d'autres sources sonores modifiés plutôt simplement, ainsi que quelques fréquences sinusoïdales. Une pièce très aérée où les différents types de sources sonores s'équilibrent, dialoguent de manière narrative, et où le piano, central, acquiert au fil du temps une puissance lyrique et émotive de plus en plus intense. L'espace sonore est traité avec une attention particulière et une maîtrise surprenante, les jeux d'intensités et de silences forment une architecture sonique singulière, contrastée et équilibrée. Une construction espacée et poétique, où le lyrisme est teinté de délicatesse et de sensibilité, au son comme à l'espace.
La seconde pièce, Early morning melancholia, n'utilise plus d'instruments, mais uniquement des field-recordings et de l'électronique rudimentaires, censés décrire une mélancolie matinale comme son nom l'indique. Plus linéaire et moins contrastée, cette superposition de nappes lisses et continues effleure de près la pesanteur et la gravité de la sensation de mélancolie que l'on peut ressentir suite à une nuit d'insomnie par exemple. Une pièce très calme, presque contemplative, qui a perdu du lyrisme de la pièce précédente pour accéder à l'essence même de l'émotion envisagée, avec son angoissante sérénité et sa triste assurance. Juxtaposition de nappes sonores déjà entendues peut-être, mais rarement dans cette perspective figurative, car Némett tente bel et bien de peindre une émotion par des procédés musicaux nouveaux, mais selon un vieille philosophie romantique qui consiste à associer la musique à un flux d'émotions. Tradition et modernité se croise dans cette musique originale d'une compositrice extérieure à tout mouvement artistique (cf. l'interview publiée sur le site d'another timbre toujours). Si Némett ne s'intéresse plus vraiment à l'agencement sonore de l'espace, elle réussit néanmoins à pleinement déployer les propriétés émotionnelles de sons pourtant communs et rudimentaires.
A pauper's guide to John Cage rassemble donc deux œuvres différentes mais aussi belles et intenses l'une que l'autre, malgré certains aspects parfois abstraits, linéaires ou minimalistes. Une musique toujours profonde et chaleureuse, sensible et émotionnelle, qui croise différentes approches compositionnelles et esthétiques. Différentes démarches qui, à leurs points de jonction et d'interaction, forment une musique puissamment lyrique et profondément riche. Deux pièces vraiment belles, intelligentes et singulières en somme, recommandé!
Tracklist: 01-A pauper's guide to John Cage / 02-Early Morning Melancholia
La première pièce, écrite en 2010 est une œuvre pour piano, clarinette, objets ménagers, field-recordings et électronique. Durant A pauper's guide to John Cage donc, directement inspirée par l’œuvre de Cage, Németh utilise un nombre restreint de notes ou d'accords sur le piano, auxquels sont associés certains paramètres tels qu'une intensité précise, un certain type de résonance, etc. Ces différentes interventions répétées sont aléatoires et parsèment la pièce de manière sporadique. Autour d'elles s'articulent d'autres matériaux sonores comme les field-recordings, la clarinette, des instruments ou d'autres sources sonores modifiés plutôt simplement, ainsi que quelques fréquences sinusoïdales. Une pièce très aérée où les différents types de sources sonores s'équilibrent, dialoguent de manière narrative, et où le piano, central, acquiert au fil du temps une puissance lyrique et émotive de plus en plus intense. L'espace sonore est traité avec une attention particulière et une maîtrise surprenante, les jeux d'intensités et de silences forment une architecture sonique singulière, contrastée et équilibrée. Une construction espacée et poétique, où le lyrisme est teinté de délicatesse et de sensibilité, au son comme à l'espace.
La seconde pièce, Early morning melancholia, n'utilise plus d'instruments, mais uniquement des field-recordings et de l'électronique rudimentaires, censés décrire une mélancolie matinale comme son nom l'indique. Plus linéaire et moins contrastée, cette superposition de nappes lisses et continues effleure de près la pesanteur et la gravité de la sensation de mélancolie que l'on peut ressentir suite à une nuit d'insomnie par exemple. Une pièce très calme, presque contemplative, qui a perdu du lyrisme de la pièce précédente pour accéder à l'essence même de l'émotion envisagée, avec son angoissante sérénité et sa triste assurance. Juxtaposition de nappes sonores déjà entendues peut-être, mais rarement dans cette perspective figurative, car Némett tente bel et bien de peindre une émotion par des procédés musicaux nouveaux, mais selon un vieille philosophie romantique qui consiste à associer la musique à un flux d'émotions. Tradition et modernité se croise dans cette musique originale d'une compositrice extérieure à tout mouvement artistique (cf. l'interview publiée sur le site d'another timbre toujours). Si Némett ne s'intéresse plus vraiment à l'agencement sonore de l'espace, elle réussit néanmoins à pleinement déployer les propriétés émotionnelles de sons pourtant communs et rudimentaires.
A pauper's guide to John Cage rassemble donc deux œuvres différentes mais aussi belles et intenses l'une que l'autre, malgré certains aspects parfois abstraits, linéaires ou minimalistes. Une musique toujours profonde et chaleureuse, sensible et émotionnelle, qui croise différentes approches compositionnelles et esthétiques. Différentes démarches qui, à leurs points de jonction et d'interaction, forment une musique puissamment lyrique et profondément riche. Deux pièces vraiment belles, intelligentes et singulières en somme, recommandé!
Tracklist: 01-A pauper's guide to John Cage / 02-Early Morning Melancholia
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