Clément Édouard au saxophone plus électronique, Sheik Anorak à la batterie plus électronique, LOUP est un duo français originaire de Lyon. Un duo puissant, fort et intense. Un duo de "jazz/art contemporain" comme le batteur le qualifie. A la croisée de la noise, des musiques expérimentales et minimales, et du free jazz. Deux horizons se sont croisés lors d'un concert, un duo plutôt fort en a émergé. Un dialogue qui nous rappelle le bon vieux jazzcore des années 90 et 2000 avec les désormais cultes Zu, Naked City, et les premiers Painkiller. Sauf que la musique a fait son chemin, a intégré de plus en plus de musiques savantes et écrites par le biais de Phill Niblock, des nouvelles musiques électroniques, des mélanges incessants d'écriture et d'improvisation qu'on retrouve dans Wandelweiser comme dans les orchestres de sound-painting. C'est tous ces horizons qui se retrouvent dans The Opening, un recueil de 10 improvisations plutôt courtes mais intenses. Dix improvisations fortes, déstructurées, intenses et fraîches. Je ne sais pas quel âge ont ces deux musiciens, mais ils paraissent jeunes, ça déborde et transpire d'énergie, de fureur, mais aussi de créativité et d'inventivité durant ces dix pièces qui sont aussi jazz que rock, aussi noise que drone, aussi minimales que binaires, devant ces dix pièces où une multitude d'esthétiques se croisent pour former un projet vraiment puissant et énergique. Ce n'est pas exceptionnellement original par rapport à certains prédécesseurs plus ou moins vieux comme Zu ou The Thing, mais il y a une énergie fraîche et puissante présente dans LOUP, qui pouvait parfois faire défaut aux groupes précités. Peut-être que je les aime par excès de patriotisme, mais en tout cas je les recommande à tous, amateurs d'improvisations libres, de noise, et de musiques expérimentales en général. Car LOUP sait puiser dans les esthétiques sans récupérer les défauts, il n'y a ni l'absence formelle de structure propre à l'improvisation libre, ni la monotonie de la déconstruction systématique et des cris propres au jazzcore, mais il y a tout de même la créativité du premier et l'énergie du second. Très bon.
(Si ce disque a été publié par le label Gaffer, on peut tout de même en retrouver l'intégralité en téléchargement libre sur les archives d'Audition Records qui l'avait déjà publié au mois de janvier: http://www.auditionrecords.com/ar060.php)
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Nouvelles musiques coréennes
Hong Chulki, Jin Sangtae, Kevin Parks - 音影 (Celadon, 2011)
Celadon est un nouveau label coréen lancé par Bill Ashline, un label concentré sur les musiques improvisées et électroacoustiques coréennes, qu'on attendait depuis quelques temps pour compléter les publications de Balloon & Needle, The Manual et Audioguy. Ce label prometteur inaugure sa collection avec un trio surpuissant composé de Hong Chulki aux platines, de Jin Sangtae à l'ordinateur, et de Kevin Parks (américain émigré en Corée depuis le début des années 90), à la guitare et à l'électronique.
Comme son titre l'indique, 音影 (Eum-young, néologisme signifiant une forme sonore de clair/obscur) est une suite de pièces pleines de contrastes. Durant ces cinq improvisations, les trois musiciens peuvent parfois trifouiller en toute quiétude leurs instruments/machines/dispositifs, dans des expérimentations pleines d'attention au timbre et à l'espace; mais par moments, l'univers s'agite et les sons fusent dans une atmosphère quantique et apocalyptique. On ne sait jamais vraiment à quoi s'attendre, les tensions se résolvent de manière aléatoire, du bruit blanc succède à de légers parasites incompréhensibles. Je ne sais pas si l'on peut encore vraiment parler de structure quant à ces improvisations, la multitude d'intensités, de densités, semble se produire au gré de principes irrationnels et inaccessibles, un puissant larsen peut surgir d'un duo serein, des mélodies à la guitare ou des boucles informatiques s'insèrent également à certains moments au beau milieu d'un chaos indescriptible de sonorités souvent corrosives et abrasives. Timbres bruitistes et industriels, faits de faux-contacts et de vinyles défoncés, qui explorent un territoire sonore où les contrastes se soutiennent et s'aident mutuellement à se déployer, telles ces basses issues de câbles jack, basses ombragées qui supportent des larsens éclatants et lumineux. Mais ce sont également les sources sonores qui s'opposent et se complètent, la musique numérique de Jin Sangtae déploie les sonorités acoustiques des platines de Hong Chulki tandis que la guitare de Kevin Parks, par le biais de notes saturées un maximum ou de mélodies, approfondit le dialogue entre les trois sources opposées.
Une (non-)musique industrielle sans structure, à moins qu'elle soit noyée par son opacité, qui parvient à renouveler aussi bien l'improvisation que la noise. Inspiré par les compositions lumineuses visuelles, 音影 nous livre durant plus d'une heure une musique puissante et contrastée, dense, inouïe, et jouissive. Recommandé!
Deux plus: le mixage et le mastering assurés par Parks sont juste exceptionnels, il y a parfait équilibre et parfaite égalité entre chacun, tout en préservant les contrastes et les reliefs. Et la photo de couverture est juste hallucinante.
Jason Kahn/Ryu Hankil - Circle (Celadon, 2011)
Le label coréen de Bill a également publié Circle, simultanément à 音影, lors de l'inauguration de son catalogue. Sur ce double CD d'une heure trente, on retrouve l'américano-suisse Jason Kahn (percussions, mixeur, micro-contacts, radio) et une des principales figures des nouvelles musiques coréennes, Ryu Hankil (mécanismes et appareils divers, mixeur, micro-contacts).
Beaucoup plus aride, cette pièce divisée en deux parties de cinquante et quarante minutes requiert une attention et une disponibilité pas toujours facile à trouver. Circle est une pièce plutôt simple basée sur des bourdonnements, auxquels s'ajoutent les étranges moteurs mécaniques de Ryu Hankil, ainsi que de nombreux parasites de toutes sortes. Une pièce en somme très abstraite où le son acquiert facilement des dimensions physiques et visuelles; on a du mal à s'empêcher d'imaginer quels types de mécanismes a pu produire tel ostinato rythmique, quelle installation sonore a pu produire tel résonance fantomatique et inouïe. Comme sur 音影, les timbres déployés sur Circle ne ressemblent pas à grand chose, mais semblent tout de même beaucoup plus s'inspirer des musiques acoustiques. Ici, le duo n'hésite pas à se servir de percussions, à produire des pulsations et des sons déjà connus (on croirait même, à la trentième minute de la première partie, entendre le soprano de Stéphane Rives!). Il ne s'agit pas vraiment de créer un univers absolument nouveau qui n'offre aucun repère, mais de produire une pièce avec de nouveaux procédés instrumentaux sur une structure simple, souple, offrant une multitude de possibilités que le duo s'enthousiasme à saisir. L'omniprésence des bourdons pèse constamment, et donne à Circle une atmosphère apocalyptique et sombre, inquiétante et oppressante, que les différents rythmes déploient d'autant plus qu'ils ont souvent une sonorité proche d'une sorte de musique industrielle ou post-industrielle. Je notais déjà à propos du dernier solo de Kahn, Beautiful Ghost Wave, que le compositeur suisse semblait quitter le minimalisme pour aborder des compositions plus proche de l'architecture sonore. Cela semble se confirmer à nouveau sur Circle, également plus âpre et abrasif que ses précédentes œuvres, où une certaine forme de minimalisme semble laisser la place à une musique plus spontanée et moins formelle, une musique qui accorde beaucoup plus de place à l’interaction entre les couches sonores (notamment bourdons/nappes et pulsations/mécanismes). Il y a également de nombreux contrastes et différentes dynamiques abordés tout au long de Circle, mais de manière beaucoup plus douce et linéaire que sur 音影 qui favorisait les ruptures brutales.
Tout de même assez minimaliste, cette pièce où les idées qui se succèdent prennent une ampleur surprenante et s'étendent à travers des temps qui peuvent parfois paraître hors du commun, Circle reste cependant une pièce improvisée basée sur une nappe quelque peu agressive et surtout très intense, pas très dense et claire, mais qui sait d'une manière presque magique rester dans une atmosphère faite de calme et de quiétude, comme une lente contemplation d'une dégradation sonore. Après la longue tempête industrielle qui a aussi bien ravagé la Suisse que la Corée, ce duo s'approprie des débris de civilisation pour une œuvre aussi belle qu'exceptionnelle. Tout aussi réussi et original que son double 音影, Circle est hautement recommandé. Un grand merci à Bill Ashline et tous mes souhaits pour ce label très prometteur.
Choi Joonyong/Hong Chulki/Ryu Hankil - all Ears Festival for Improvisert Musikk 2011 (Audition, 2011)
Pour cette courte session d'une trentaine de minutes enregistrées durant un festival norvégien, aucun invité européen ou américain, le trio est seulement composé de trois des artistes les plus radicaux de la musique coréenne. Choi Joonyong aux lecteurs CD, Hong Chulki aux platines acoustiques, et Ryu Hankil à la machine à écrire (sic). Un live généreusement publié par les archives documentaires Audition, disponible gratuitement donc sur leur site web. Par rapport aux deux albums publiés chez Celadon (sur lesquels étaient également présents les deux premiers membres de ce trio), la musique produite ici est beaucoup plus extrême. La pièce présentée ici est véritablement abrasive, violente, urgente et puissante. Faux-contacts et larsens, irruptions de percussions, timbres industriels, numériques et électriques, grésillements, crépitements et ruptures. Une improvisation extrême et viscérale qui mène l'auditeur sur des terrains hostiles et apocalyptiques.
Une pièce très intense et dense qui prend l'auditeur aux tripes et produit une musique brutale, d'une énergie sauvage utilisant des techniques qui vont au-delà de la propreté et de l'imperfection. Le trio improvise sur des textures acides et résiduelles, sans aucun apport structurel, et fait très attention aux différentes interactions possibles entre les timbres et les dynamiques, interactions sur des modes fusionnels ou opposés.
En bref, une musique brute, primitive et sauvage tout en étant neuve et originale, une improvisation intense et violente. Recommandé!
Libellés :
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Leonel Kaplan, Diego Chamy, Ivar Grydeland, Axel Dörner - Portraits 2004 (Audition Records, 2011)
Pour cet album, deux sessions enregistrées en 2004, deux trios autour de Leonel Kaplan. Le premier trio est composé de Leonel Kaplan à la trompette, Diego Chamy aux percussions et Ivar Grydeland à l'électronique et au banjo, et a été enregistré live en Argentine. La deuxième session réunit Dörner et Kaplan toujours à la trompette, aux côtés de Chamy aux percussions encore, et provient d'un concert enregistré en France. Deux performances respectivement de 20 et 30 minutes, où se succèdent des explorations sonores électroacoustiques et acoustiques puissantes et abyssales.
La première piste est certainement la plus singulière des deux, l'exploration sonore atteint des profondeurs vertigineuses et l'interaction entre chacun est extrêmement intense. Cette pièce est principalement constituée de strates qui se superposent les unes en réponses des autres. Des strates qui sont comme de courtes vagues, des nappes qui apparaissent aussi vite qu'elles laissent place aux suivantes. Chaque idée est cependant pleinement déployée avant d'être enchainée par une autre, et elles acquièrent toutes une intensité très dynamique grâce à la collaboration de chacun qui approfondit systématiquement les textures de ses deux partenaires. Car chacun sait répondre de manière à vraiment déployer l'idée de ses partenaires, et ces multiples déploiements aboutissent à un univers hétérogène mais unifié. Mais c'est surtout les strates en elles-mêmes qui sont profondément originales: entre les expérimentations électroacoustiques de Grydeland (radios, fréquences), les bourdons percussifs de Chamy (peaux frottées, cymbales martelées) et les explorations abyssales de la trompette de Kaplan (comment peut-on jouer de manière si grave et rauque? comment le souffle peut-il être si puissant?), l'interaction de ces trois mondes forment un univers hors du commun, aussi profond que puissant, aussi intense que varié. Un univers où les reliefs sont d'une richesse surprenante, reliefs dans l'intensité comme dans le timbre, où l'exploration sonique atteint des hauteurs vertigineuses ou des profondeurs abyssales. Un très bel exemple de musique improvisée électroacoustique façon artisanale et intelligente.
La seconde pièce, entièrement acoustique cette fois, est beaucoup plus linéaire. Les souffles de Kaplan et Dörner s'entremêlent, se croisent et se mélangent par dessus une sorte de drone sur des peaux frottées très basses. Lentement, quelques notes sporadiques émergent et se transforment en nappes statiques et continues. De la même manière que dans la précédente pièce, des strates sonores se superposent ou s'entremêlent, se soutiennent ou dialoguent. Un mélange de notes continues, de sortes de flatterzunge et de courtes phrases agressives, de techniques étendues riches et variées contribue à cette musique synergique qui s'intensifie de manière assez progressive et minimale, mais avec force et assurance. Une performance peut-être moins variée et plus linéaire, mais l'interaction paraît plus réussie dans la mesure où la symbiose et toutes les connections semblent mieux établies, les réponses plus proches et personnelles, mieux adaptées aux potentialités de chacun. Il y a quelque chose de plus homogène et de plus communautaire qui fait ressortir une émotion plus chaleureuse parce que plus intime. Et par cet aspect symbiotique et synergique, l'exploration gagne en profondeur, les trompettes comme les percussions semblent exploitées de manière encore plus riche. Même le côté linéaire est rééquilibré par le relief mis dans l'intensité, par les différents agencements spatiaux mis à contribution dans cette grande improvisation texturale qui sait mettre à profit les relations entre les instruments et les musiciens.
Deux pièces différentes qui explorent chacune des univers variées, entre drone, ambiant, réductionnisme, improvisation libre, EAI, et musique progressive; ces performances exploitent des techniques surprenantes pour créer des progressions envoutantes à travers des unités sonores très diversifiées. Le plus étonnant reste l'intensité constante de ces improvisations, la tension est constamment à son comble malgré les reliefs (notamment dans le volume sonore). Des masses sonores en mouvement qui s'aèrent parfois ou bien se resserrent, il en ressort toujours un sentiment d'épuisement et d’essoufflement tellement l'écoute est intense et les sentiments véhiculés sont puissants. Quant à la diversité et à la variété des paysages sonores, seule l'écoute peut en rendre compte, à vous d'admirer ces explorations absolument créatives et aventureuses, consistantes et profondes, cohérentes et intelligentes. Hautement recommandé!
Cet album est publié sous une licence Creative Commons, vous pouvez le télécharger librement et gratuitement ici.
La première piste est certainement la plus singulière des deux, l'exploration sonore atteint des profondeurs vertigineuses et l'interaction entre chacun est extrêmement intense. Cette pièce est principalement constituée de strates qui se superposent les unes en réponses des autres. Des strates qui sont comme de courtes vagues, des nappes qui apparaissent aussi vite qu'elles laissent place aux suivantes. Chaque idée est cependant pleinement déployée avant d'être enchainée par une autre, et elles acquièrent toutes une intensité très dynamique grâce à la collaboration de chacun qui approfondit systématiquement les textures de ses deux partenaires. Car chacun sait répondre de manière à vraiment déployer l'idée de ses partenaires, et ces multiples déploiements aboutissent à un univers hétérogène mais unifié. Mais c'est surtout les strates en elles-mêmes qui sont profondément originales: entre les expérimentations électroacoustiques de Grydeland (radios, fréquences), les bourdons percussifs de Chamy (peaux frottées, cymbales martelées) et les explorations abyssales de la trompette de Kaplan (comment peut-on jouer de manière si grave et rauque? comment le souffle peut-il être si puissant?), l'interaction de ces trois mondes forment un univers hors du commun, aussi profond que puissant, aussi intense que varié. Un univers où les reliefs sont d'une richesse surprenante, reliefs dans l'intensité comme dans le timbre, où l'exploration sonique atteint des hauteurs vertigineuses ou des profondeurs abyssales. Un très bel exemple de musique improvisée électroacoustique façon artisanale et intelligente.
La seconde pièce, entièrement acoustique cette fois, est beaucoup plus linéaire. Les souffles de Kaplan et Dörner s'entremêlent, se croisent et se mélangent par dessus une sorte de drone sur des peaux frottées très basses. Lentement, quelques notes sporadiques émergent et se transforment en nappes statiques et continues. De la même manière que dans la précédente pièce, des strates sonores se superposent ou s'entremêlent, se soutiennent ou dialoguent. Un mélange de notes continues, de sortes de flatterzunge et de courtes phrases agressives, de techniques étendues riches et variées contribue à cette musique synergique qui s'intensifie de manière assez progressive et minimale, mais avec force et assurance. Une performance peut-être moins variée et plus linéaire, mais l'interaction paraît plus réussie dans la mesure où la symbiose et toutes les connections semblent mieux établies, les réponses plus proches et personnelles, mieux adaptées aux potentialités de chacun. Il y a quelque chose de plus homogène et de plus communautaire qui fait ressortir une émotion plus chaleureuse parce que plus intime. Et par cet aspect symbiotique et synergique, l'exploration gagne en profondeur, les trompettes comme les percussions semblent exploitées de manière encore plus riche. Même le côté linéaire est rééquilibré par le relief mis dans l'intensité, par les différents agencements spatiaux mis à contribution dans cette grande improvisation texturale qui sait mettre à profit les relations entre les instruments et les musiciens.
Deux pièces différentes qui explorent chacune des univers variées, entre drone, ambiant, réductionnisme, improvisation libre, EAI, et musique progressive; ces performances exploitent des techniques surprenantes pour créer des progressions envoutantes à travers des unités sonores très diversifiées. Le plus étonnant reste l'intensité constante de ces improvisations, la tension est constamment à son comble malgré les reliefs (notamment dans le volume sonore). Des masses sonores en mouvement qui s'aèrent parfois ou bien se resserrent, il en ressort toujours un sentiment d'épuisement et d’essoufflement tellement l'écoute est intense et les sentiments véhiculés sont puissants. Quant à la diversité et à la variété des paysages sonores, seule l'écoute peut en rendre compte, à vous d'admirer ces explorations absolument créatives et aventureuses, consistantes et profondes, cohérentes et intelligentes. Hautement recommandé!
Cet album est publié sous une licence Creative Commons, vous pouvez le télécharger librement et gratuitement ici.
Kim Myhr, Burkhard Beins, Kari Rønnekleiv, Nils Ostendorf - Live at Rigve Museum (Audition Records, 2011)
Suite à une carte offerte à Kim Myhr par le musée de Trondheim, ce dernier décide de réunir trois musiciens avec qui il n'avait auparavant jamais joué: Burkhard Beins aux percussions et objets, Kari Rønnekleiv aux violons, et Nils Ostendorf à la trompette, l'invité d'honneur utilise quant à lui quelques guitares (dont une baroque et une à douze cordes), des cithares et des percussions.
La musique de ce quartet est pleine de relief et de diversités: des nappes synergiques qui s'intensifient massivement, un solo de guitare dissonant, des jeux de questions/réponses entre les instruments, des phrases aérées, des espaces saturés, des drones lancinants, des patterns rythmiques corrosifs et des frottements métalliques incisifs, etc. De nombreux territoires sont traversés et la musique de ce quartet acquiert ainsi une valeur narrative, ce Live forme une sorte de conte musical à travers les nouvelles possibilités d'expressions sonores, à travers les nouveaux modes de jeux et des formes de constructions neuves. Des bourdons au violon peuvent par exemple soutenir des cycles rythmiques à la guitare tandis qu'une nappe de cymbale entretient des phrases toutes en retenue à la trompette. Je ne me sens pas trop de synthétiser ces deux pièces, malgré leur courtes durées (l'album ne dure que trente minutes), il se passe trop de choses, on navigue constamment d'une texture à une autre. Ceci-dit, les transitions entre chaque paysage se font tout en douceur, à chaque fois, on est emporté dans un autre espace sans s'en rendre compte. Cette performance tend à explorer de multiples univers soniques principalement inspirés par le réductionnisme et l'improvisation libre, sans pour autant rejeter d'autres formes de structures et de discours musicaux.
Un performance pleine de fraicheur et de spontanéité, mais aussi d'attention et de rationalité. Chaque mode de jeu, chaque structure tout autant que la composition des textures, tout ceci est toujours appréhendé avec délicatesse et sensibilité, avec intelligence et une faculté d'écoute et d'adaptation remarquable. Nos quatre musiciens voyagent à travers des mondes soniques très variés, le voyage est dynamique et l'attention à l'espace sonore est toujours sensible, il y a de la place pour tous, pour des modes de jeux intenses ou silencieux, pour des dialogues à quatre ou seuls, pour des techniques traditionnelles ou étendues, pour des instruments issus de la musique savante ou populaire, etc. Recommandé!
Cet album est publié sous une licence Creative Commons, vous pouvez le télécharger librement et gratuitement ici.
La musique de ce quartet est pleine de relief et de diversités: des nappes synergiques qui s'intensifient massivement, un solo de guitare dissonant, des jeux de questions/réponses entre les instruments, des phrases aérées, des espaces saturés, des drones lancinants, des patterns rythmiques corrosifs et des frottements métalliques incisifs, etc. De nombreux territoires sont traversés et la musique de ce quartet acquiert ainsi une valeur narrative, ce Live forme une sorte de conte musical à travers les nouvelles possibilités d'expressions sonores, à travers les nouveaux modes de jeux et des formes de constructions neuves. Des bourdons au violon peuvent par exemple soutenir des cycles rythmiques à la guitare tandis qu'une nappe de cymbale entretient des phrases toutes en retenue à la trompette. Je ne me sens pas trop de synthétiser ces deux pièces, malgré leur courtes durées (l'album ne dure que trente minutes), il se passe trop de choses, on navigue constamment d'une texture à une autre. Ceci-dit, les transitions entre chaque paysage se font tout en douceur, à chaque fois, on est emporté dans un autre espace sans s'en rendre compte. Cette performance tend à explorer de multiples univers soniques principalement inspirés par le réductionnisme et l'improvisation libre, sans pour autant rejeter d'autres formes de structures et de discours musicaux.
Un performance pleine de fraicheur et de spontanéité, mais aussi d'attention et de rationalité. Chaque mode de jeu, chaque structure tout autant que la composition des textures, tout ceci est toujours appréhendé avec délicatesse et sensibilité, avec intelligence et une faculté d'écoute et d'adaptation remarquable. Nos quatre musiciens voyagent à travers des mondes soniques très variés, le voyage est dynamique et l'attention à l'espace sonore est toujours sensible, il y a de la place pour tous, pour des modes de jeux intenses ou silencieux, pour des dialogues à quatre ou seuls, pour des techniques traditionnelles ou étendues, pour des instruments issus de la musique savante ou populaire, etc. Recommandé!
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D'incise & Gabriel Ferrandini - The Eruption (Audition Records, 2011)
d'incise: laptop, objets
Gabriel Ferrandini: batterie
Publié sur le netlabel hispano-allemand et hyperactif Audition Records, The Eruption rassemble le jeune américain Gabriel Ferrandini aux percussions et l'improvisateur suisse d'incise, déjà très engagé et connu dans le milieu des musiques libres (musicalement et économiquement) et gratuites. Ensemble ils nous livrent quatre pièces d'improvisations électroacoustiques libres, évolutives et progressives, riches et vivantes.
Une seule dynamique semble guider toutes ces pièces: invariablement d'incise et Ferrandini débutent de manière pointilliste et minimaliste avec des ponctuations à peine perceptibles, des drones silencieux, des lignes très fines, des points et du vide. Et progressivement, la texture s'épaissit, une autre dimension s'ajoute et la musique gagne un relief imposant. Nous évoluons alors au sein d'un univers de plus en plus profond, puissant, dense et nerveux fait de saturations, de larsens et de murs sonores instables mais intègres; la même ligne est inlassablement suivie malgré les coupures et les hachures. A partir d'éléments flous, disparates, chaotiques et minimalistes, d'incise et Ferrandini composent l'éruption d'un monde dense et organisé, profond et riche.
Quelques mots également sur la forme du dialogue et de l'improvisation: malgré la diversité des procédés instrumentaux (électroniques, peaux et cymbales frappées et frottées, objets acoustiques non musicaux), Ferrandini et d'incise réussissent toujours à fusionner intégralement leurs matériaux dans une architecture sonore massive et unifiée. Et cette fusion est égalitaire, il n'y a pas soumission du discours de l'un à celui de l'autre, l'ordinateur peut tout autant se faire percussif que la batterie peut former une nappe sonore et texturale à tendance parfois très harsh, et il est souvent impossible de distinguer qui fait quoi dans cette fusion sonore.
Que l'approche du son soit sensible, brutale, instinctive ou rationnelle, elle demeure toujours fusionnelle, singulière et aventureuse, tout en desservant une organisation du son et des structures claires, précises, riches et fécondes. The Eruption rassemble quatre pièces inégales dans l'énergie peut-être, mais toujours aussi minimales que sensibles au départ, puis denses, intenses, puissantes et nerveuses à leur apogée.
The Eruption est publié sous une licence creative commons, il est gratuitement téléchargeable ici.
Tracklist: 01-Fissure / 02-Shield / 03-Cinder / 04-Strato
LVSXY (Clayton Thomas & Clare Cooper) - Live at Altes Finanzamt
LVSXY - Live at Altes Finanzamt 17/12/2010 (Audition Records, 2011)
Clayton Thomas: contrebasse & percussions
Clare Cooper: guzheng & percussions
Il y a environ un an, le netlabel Audition Records est né de Audiotalaia, afin de mieux se concentrer sur la musique improvisée, la noise et la musique expérimentale. Entre Barcelone et Berlin, ils ont déjà enregistrés Clayton Thomas, Clare Cooper, Tom Chant, Wade Matthews, ainsi qu'une compilation de promotion du label turque d'Umut Çağlar: re:konstruKt. Une de leur dernière production est l'enregsitrement live d'un duo acoustique absolument fantastique: LVSXY.
Au programme de ce concert enregistré en décembre 2010 à Berlin (à l'Altes Finanzamt), le duo de deux natifs australiens résidants maintenant à Berlin. Clayton Thomas (The Ames Room, The Splinter Orchestra) à la contrebasse et aux percussions, accompagné de Clare Cooper (The Splinter Orchestra, Hammeriver) au guzheng et également aux percussions. La première pièce se veut tout d'abord très percussive, Cooper frappe, tambourine, tandis que Thomas, grâce à la préparation de sa basse, peut répondre de manière sèche, précise, ronde et en même temps agressive. Le ton est dur, tendu, puis se résout dans des nappes d'harmoniques aériennes qui étaient déjà présentes dans l'introduction. Arrivé à la moitié de cette pièce, tout se mélange, l'aspect percussif de la basse, le timbre bien particulier de la cithare chinoise et les frottements gras et rauques de Thomas. Et la tension baisse encore pour laisser place à un jeu minimaliste, certains diront peut-être même réductionniste (toute contestée que puisse être cette catégorie). Vous l'aurez compris, cet enregistrement est remarquable par son relief et son hétérogénéité, l'auditeur est complètement mené en bateau et ne sait jamais où est-ce qu'il va attérir, car LVSXY ne tombe dans aucun schéma préconçu, le duo n'utilise pas vraiment les codes habituels de la musique improvisée. La seule chose qui semble guider cette musique est la sensibilité: les instruments sont traités avec dévotion, et chaque son est placé pour ce qu'il est - et non pour sa fonction - avec respect. L'exploration des timbres trouve peut-être son aboutissement dans la seconde pièce principalement jouée à l'archet, la force et l'agressivité des frottements finit par faire fusionner les timbres, ou au contraire, c'est la délicatesse du jeu et la présence du silence qui mélange notre esprit, on ne sait plus trop; en tout cas, c'est dans ce contexte éthéré que les percussions, émergeant de manière aussi contrastée, acquièrent une puissance fortement émotive et nous saisissent par les tripes.
En définitive, LVSXY nous offre une musique riche marquée par une grande sensibilité aux timbres. La couleur du son ainsi que la structure des pièces sont vraiment singulières et originales, sans pour autant que la musique soit exempte d'émotions, grâce au surgissement sporadique de quelques rythmes ou à l'émergence d'une forme d'harmonie dans la tension des frottements.
En téléchargement gratuit sur le site d'Audition Records.
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