Ferran Fages - Cançons per a un lent retard (Etude, 2007)
De
la guitare, on a largement l'habitude d'en entendre, dans les musiques
improvisées aussi. De la guitare sèche, c'est déjà plus rare. OK, cet
album est sorti il y a déjà plusieurs années, certains l'ont
certainement déjà pas mal écouté, mais je tiens quand même à écrire
dessus car Ferran Fages nous propose tout de même ici un solo de guitare
acoustique de plus d'une heure (ainsi qu'un duo avec Dimitra
Lazaridou-Chatzigoga), un solo frais, inventif, et beau.
Une
guitare singulière, lente, calme et poétique. Mais aussi dissonante la
plupart du temps, et dure, métallique. Deux grands noms de la guitare
(un anglais et un japonais) viennent facilement à l'esprit mais je ne
veux pas en parler, car Ferran Fages a surtout le don de proposer
quelque chose d'unique avec
Cançons per a un lent retard. Une
musique vraiment personnelle, singulière et quelque peu intimiste. Ici,
Ferran Fages ne triture pas des objets pour une exploration sonore
abstraite et rugueuse mais nous propose plutôt une musique aux accents
lyriques parfois, une musique faite de mélodies sombres et triturées.
Des mélodies? pas tout à fait. Les lignes ne reviennent jamais mais
s'évanouissent dans des résonances et des silences omniprésents et
profonds. Il y a peu de techniques étendues utilisées ici, la guitare
est la plupart du temps frottée de manière traditionnelle - hormis sur
le long duo avec Dimitra Lazaridou-Chatzigoga qui s'évertue à étouffer
le timbre de la guitare durant une étrange pièce de vingt minutes - mais
ceci n'empêche pas Ferran Fages d'accorder une grande attention aux
couleurs et aux textures utilisées. Chaque note est choisie avec
précision et sensibilité, chaque attaque est pleinement planifiée et
chaque résonance est révérée avec respect. Des couleurs expressives qui
sont constamment au service de la sensibilité, des couleurs qui parlent,
qui respirent, qui vibrent, qui forment un espace sonore et émotionnel
particulier et envoutant. Une ambiance un peu sombre, teintée de
mélancolie, mais surtout poétique et onirique. Très beau disque.
[informations, chroniques & extrait: http://www.etuderecords.com/cancons.php]
Ferran Fages - Life Best Under Your Seat (Copy for your records, 2012)
Même si j'ai beaucoup d'admiration pour les différents travaux de Ferran
Fages et une grande confiance en Richard Kamerman et son label Copy for
your records, je dois dire que j'ai beaucoup de mal à accrocher avec ce
disque. Est-ce que j'ai mal suivi les consignes d'écoute de FF (je
reviendrai dessus)? pas pris le temps nécessaire? Je ne sais pas trop,
mais, bon gré mal gré,
LBUYS a plutôt du mal à passer même si j'en attendais beaucoup...
Durant
ces 35 bonnes minutes, FF utilise un ordinateur pour produire des ondes
sinusoïdales ainsi que des micros contact et de l'électronique pour des
fréquences plus complexes et des textures plus abrasives et glitch. Ces
deux formes de timbres différents sont largement entrecoupées de
silences omniprésents, et ne sont que très peu développées. Il s'agit
d'évènements sonores qui apparaissent et disparaissent sans autre forme
de procès. On a du coup parfois beaucoup de mal à percevoir la cohérence
et la mise en scène de ces sons qui ne se répondent pas et
n'entretiennent aucune relation les uns avec les autres. Même le silence
paraît quelque peu artificiel et ne donne pas forcément plus de
consistance aux évènements sonores.
Quant aux consignes qui aideraient à apprécier cette musique, FF recommande pour écouter
LBUYS
de placer ses enceintes face à un mur, de les déplacer à chaque écoute,
et de changer également de position pour mieux percevoir les différents
types de réverbération possibles qui modifieraient la musique présente.
Je ne sais pas, j'ai quand même l'impression que ce type de dispositif a
quelque chose de formel et creux, et qu'il n'apporte pas forcément plus
de présence et de consistance à chaque évènement sonore.
J'aurais
beaucoup aimé apprécié ce disque, mais pour la première fois (vis à vis
de FF aussi bien que de CFYR), je suis juste déçu.
[informations, chroniques + un (long) extrait: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr014.html]
Ferran Fages - Llum Moll (Entr'acte, 2012)
Llum Moll est une composition de Ferran Fages basée sur les interférences de lampes LED sur des ondes radio.
Le musicien espagnol a tout d'abord enregistré une multitude de
combinaisons, une foule de timbres et de notes produits par ces
interférences puis les a assemblé en une structure cohérente. Car s'il y
a bien une chose qu'on ne peut pas reprocher à FF, c'est l'attention
qu'il prête aux structures et aux formes musicales. Llum Moll commence
de manière étonnamment mélodique. Une suite de notes produites par les
interférences forment une mélodie lente et agréable, calme et poétique.
C'est seulement après quelques minutes que le chant s'étire en de
longues nappes claires et cristallines de bruits. L'unique contrainte
que FF s'est imposé lors de cette composition est de ne jamais utiliser
plus de huit pistes simultanées. D'où cet aspect cristallin, la
réduction du nombre de fréquences utilisées pour une texture permet à
chacune des fréquences d'être perçues et entendues clairement.
Quarante
minutes de textures claires et limpides qui s'enchaînent et se glissent
les unes sur les autres de manière naturelle, simple, précise et
sensible. Les ondes radio prennent l'allure d'une sorte d'orgue lyrique,
chaque onde est traitée comme une note de n'importe quel instrument
traditionnel, et non comme du bruit. Avec toute sa sensibilité, FF nous
propose ici une sorte d'anti-noise, du bruit traité de manière
complètement instrumentale et même - attention je vais employer un gros
mot - musicale (blasphème!). Une structure claire qui donne de la
cohérence à chaque évènement, un traitement sensible du son et une
approche instrumentale du bruit, FF brouille les pistes et les repères
pour une musique toujours aussi singulière et créative, personnelle et
inventive, sensible et poétique. Recommandé.
[informations, chronique & extrait: http://www.entracte.co.uk/project/ferran-fages-e135/]