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Nick Hennies et Marcus Rubio

De mon point de vue, j'ai souvent l'impression que les États-Unis sont le pays qui compte le plus de compositeurs et improvisateurs intéressants. Il y a bien sûr Pisaro, une des plus importantes figures musicales actuelles à mon avis, mais aussi Anne Guthrie que j'admire beaucoup, Lescalleet pour ses manipulations de cassette qui renversent tous les codes établis et les attentes des auditeurs, et j'en oublie certainement. Dans cet article en tout cas, je présenterai seulement deux personnes qui évoluent chacune sur des territoires différents.

Le premier dont je parlerai est Nick Hennies, que j'ai déjà chroniqué à plusieurs reprises ici, et que j'apprécie énormément pour son dernier solo où étaient présentées une pièce de lui-même et des réalisations de pièces de John Cage et de Peter Ablinger. Un autre de ses albums que j'avais également adoré était une réalisation d'une pièce de Jürg Frey. Tout ça pour dire que Nick Hennies est un percussionniste qui utilise principalement le vibraphone, qui joue régulièrement avec Greg Stuart (un des plus proches collaborateurs de Pisaro), et qui s'intéresse beaucoup - comme le montre le listing de ces collaborations et des compositeurs qu"il a joué - aux musiques expérimentales écrites, et notamment aux musique qu'on pourrait appeler minimalistes - à noter d'ailleurs que les États-Unis comptent certainement tous les plus importants compositeurs qui ont pu s'intéresser à cette approche musicale.

Mais bref, passons maintenant au dernier solo de Nick Hennies publié par Quakebasket, le label de Tim Barnes, sobrement intitulé Work. Deux pièces composées par le percussionniste sont présentées sur ce disque. La première se nomme Settle et est une pièce solo pour vibraphone jouée par Nick Hennies lui-même. Il s'agit d'une pièce minimaliste axée notamment sur la répétition et un jeu extraordinairement dense et riche sur la pédale de maintien du son. A un tempo assez rapide et constant, Nick Hennies frappe son vibraphone et laisse les notes résonner. Après chaque attaque, des harmoniques se forment et se mélangent pour former une seconde couche sonore qui se juxtapose aux notes "jouées". Ce qui est impressionnant, c'est la précision avec laquelle l'instrument est abordé ici, et la richesse qui ressort d'une composition en apparence très simple. C'est répétitif, constant, sans faute, certes, mais c'est surtout la seconde couche qui apparaît comme quelque chose de magique et de surtout magnifique.

Avec Expenditures, Nick Hennies rejoue pratiquement la même chose, une autre pièce de 10 minutes également en solo, jusqu'à ce qu'une formation importante vienne le rejoindre et le soutenir. Les musiciens présents sont Ingebrigt Håker Flaten et Brent Fariss aux contrebasses, Chris Cogburn aux percussion et sine waves, Jon Doyle à la clarinette, Steve Parker au trombone et Travis Weller au violon. Des noms qui sont parfois associés aux musiques improvisées, mais ici pas du tout. Les musiciens, par-dessus le vibraphone en mode toujours répétitif, obsessionnel et axé sur le spectre harmonique, jouent des sortes de mélodies étirées dans une ambiance froide et nostalgique (genre Mohammad) avec parfois quelques sortes de soli improvisés non-idiomatiques en apparence, mais quand même en lien avec les fondamentales joués au vibraphone. Tout un réseau de sons se crée au gré des mélanges et des superpositions entre les différentes couches (répétitives, spectrales et harmoniques, mélodieuses et continues, improvisées et hachées). Et le résultat est une sorte de belle architecture sonore complexe et hybride, riche et simple en même temps. Une superposition de couches hétérogènes qui parvient tout de même à une grande cohérence et une grande unité, où chaque instrument tient son rôle et apporte toujours une profondeur ou un relief supplémentaire à la construction sonore de Nick Hennies.

Voilà un excellent travail qui mêle très bien différents modèles musicaux, un travail cosmopolite et hétérogène qui va bien au-delà du minimalisme, du réductionnisme, de l'improvisation et peut-être même de la composition. Je serais curieux de voir la partition à ce propos pour mieux comprendre ce qui est clairement écrit et la marge de liberté laissée aux différents interprètes. Recommandé en tout cas, pour la beauté de ces compositions, pour la virtuosité de Nick Hennies, et pour la richesse de cette seconde pièce.

Le second jeune musicien dont je souhaiterais parler ici s'appelle Marcus Rubio. (Pour ceux qui me suivent un peu, j'ai publié un de ces disques il y a quelques mois en version digitale sur le label crisis.) Ce dernier, comme Nick Hennies, a également étudié la musique en Californie (à CalArts, où enseigne Pisaro entre autres), et habite aussi au Texas. Il évolue dans des musiques très variées allant du folk au minimalisme en passant par l'improvisation électroacoustique et la noise. Et il y a quelques mois aussi, sur Copy For My Records, l'excellent label de Richard Kammerman (autre jeune musicien américain passionnant), Marcus Rubio a publié un disque intitulé Music for Microphones.

Le titre parle de lui-même. Il s'agit ici d'une suite de sept courtes pièces qui explorent uniquement des micros. Micros chant, pick-ups, neufs, détériorés, en larsen ou non, légèrement accompagnés d'électronique parfois, Marcus Rubio explore ici toutes les possibilités offertes par cet instrument technique. Sur la première pièce, ce dernier joue sur les phénomènes électromagnétiques du micro, et on a fortement l'impression d'entendre un Theremin, sur la quatrième il s'amplifie et se parasite soufflant dans des bouteilles de bières, sur la cinquième, il joue des larsens aigus qu'on connaît tous. Le dispositif est simple et réduit, mais la palette et les atmosphères sont larges, riches. Marcus Rubio explore le micro d'une manière particulière sur chaque pièce, en utilisant un parasite précis, une interaction avec un ampli donné, avec une source sonore particulière. Il s'agit en quelque sorte de minimalisme, dans le dispositif en tout cas, mais les résultats sont très hétérogènes. Marcus Rubio invente un univers à chaque pièce, un univers parfois psychédélique, d'autres fois noise, parfois sombre, parfois rigolo, daté à certains moments, très actuels à d'autres. Bref, le micro est constamment réinventé et régénéré durant cette suite, et l'inventivité technique de Rubio - le nombre de possibilités trouvées dans un dispositif très réduit - étonne et surprend à chaque fois.

Il y aurait encore bien d'autres musiciens dont il faudrait parler, certains ont déjà été chroniqués ici, d'autres le seront plus tard, et d'autres encore seront certainement oubliés pour toujours. Mais ça me paraissait important de commencer par signaler déjà deux facettes de la musique américaine, car ce sont tous les deux des musiciens qui ont un univers propre et singulier, qui évoluent sur des territoires aussi personnels qu'innovants, et qui me paraissent pour cela-même dignes d'intérêt.

NICK HENNIES - Work (CD/digital, Quakebasket, 2014) : bandcamp
MARCUS RUBIO - Music for Microphones (CD, Copy For Your Records, 2014) : lien / bandcamp

FERRAN FAGES [solo]

Ferran Fages - Cançons per a un lent retard (Etude, 2007)

De la guitare, on a largement l'habitude d'en entendre, dans les musiques improvisées aussi. De la guitare sèche, c'est déjà plus rare. OK, cet album est sorti il y a déjà plusieurs années, certains l'ont certainement déjà pas mal écouté, mais je tiens quand même à écrire dessus car Ferran Fages nous propose tout de même ici un solo de guitare acoustique de plus d'une heure (ainsi qu'un duo avec Dimitra Lazaridou-Chatzigoga), un solo frais, inventif, et beau.

Une guitare singulière, lente, calme et poétique. Mais aussi dissonante la plupart du temps, et dure, métallique. Deux grands noms de la guitare (un anglais et un japonais) viennent facilement à l'esprit mais je ne veux pas en parler, car Ferran Fages a surtout le don de proposer quelque chose d'unique avec Cançons per a un lent retard. Une musique vraiment personnelle, singulière et quelque peu intimiste. Ici, Ferran Fages ne triture pas des objets pour une exploration sonore abstraite et rugueuse mais nous propose plutôt une musique aux accents lyriques parfois, une musique faite de mélodies sombres et triturées. Des mélodies? pas tout à fait. Les lignes ne reviennent jamais mais s'évanouissent dans des résonances et des silences omniprésents et profonds. Il y a peu de techniques étendues utilisées ici, la guitare est la plupart du temps frottée de manière traditionnelle - hormis sur le long duo avec Dimitra Lazaridou-Chatzigoga qui s'évertue à étouffer le timbre de la guitare durant une étrange pièce de vingt minutes - mais ceci n'empêche pas Ferran Fages d'accorder une grande attention aux couleurs et aux textures utilisées. Chaque note est choisie avec précision et sensibilité, chaque attaque est pleinement planifiée et chaque résonance est révérée avec respect. Des couleurs expressives qui sont constamment au service de la sensibilité, des couleurs qui parlent, qui respirent, qui vibrent, qui forment un espace sonore et émotionnel particulier et envoutant. Une ambiance un peu sombre, teintée de mélancolie, mais surtout poétique et onirique. Très beau disque.

[informations, chroniques & extrait: http://www.etuderecords.com/cancons.php]

Ferran Fages - Life Best Under Your Seat (Copy for your records, 2012)

Même si j'ai beaucoup d'admiration pour les différents travaux de Ferran Fages et une grande confiance en Richard Kamerman et son label Copy for your records, je dois dire que j'ai beaucoup de mal à accrocher avec ce disque. Est-ce que j'ai mal suivi les consignes d'écoute de FF (je reviendrai dessus)? pas pris le temps nécessaire? Je ne sais pas trop, mais, bon gré mal gré, LBUYS a plutôt du mal à passer même si j'en attendais beaucoup...

Durant ces 35 bonnes minutes, FF utilise un ordinateur pour produire des ondes sinusoïdales ainsi que des micros contact et de l'électronique pour des fréquences plus complexes et des textures plus abrasives et glitch. Ces deux formes de timbres différents sont largement entrecoupées de silences omniprésents, et ne sont que très peu développées. Il s'agit d'évènements sonores qui apparaissent et disparaissent sans autre forme de procès. On a du coup parfois beaucoup de mal à percevoir la cohérence et la mise en scène de ces sons qui ne se répondent pas et n'entretiennent aucune relation les uns avec les autres. Même le silence paraît quelque peu artificiel et ne donne pas forcément plus de consistance aux évènements sonores.

Quant aux consignes qui aideraient à apprécier cette musique, FF recommande pour écouter LBUYS de placer ses enceintes face à un mur, de les déplacer à chaque écoute, et de changer également de position pour mieux percevoir les différents types de réverbération possibles qui modifieraient la musique présente. Je ne sais pas, j'ai quand même l'impression que ce type de dispositif a quelque chose de formel et creux, et qu'il n'apporte pas forcément plus de présence et de consistance à chaque évènement sonore.

J'aurais beaucoup aimé apprécié ce disque, mais pour la première fois (vis à vis de FF aussi bien que de CFYR), je suis juste déçu.

[informations, chroniques + un (long) extrait: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr014.html]


Ferran Fages - Llum Moll (Entr'acte, 2012)

Llum Moll est une composition de Ferran Fages basée sur les interférences de lampes LED sur des ondes radio. Le musicien espagnol a tout d'abord enregistré une multitude de combinaisons, une foule de timbres et de notes produits par ces interférences puis les a assemblé en une structure cohérente. Car s'il y a bien une chose qu'on ne peut pas reprocher à FF, c'est l'attention qu'il prête aux structures et aux formes musicales. Llum Moll commence de manière étonnamment mélodique. Une suite de notes produites par les interférences forment une mélodie lente et agréable, calme et poétique. C'est seulement après quelques minutes que le chant s'étire en de longues nappes claires et cristallines de bruits. L'unique contrainte que FF s'est imposé lors de cette composition est de ne jamais utiliser plus de huit pistes simultanées. D'où cet aspect cristallin, la réduction du nombre de fréquences utilisées pour une texture permet à chacune des fréquences d'être perçues et entendues clairement.

Quarante minutes de textures claires et limpides qui s'enchaînent et se glissent les unes sur les autres de manière naturelle, simple, précise et sensible. Les ondes radio prennent l'allure d'une sorte d'orgue lyrique, chaque onde est traitée comme une note de n'importe quel instrument traditionnel, et non comme du bruit. Avec toute sa sensibilité, FF nous propose ici une sorte d'anti-noise, du bruit traité de manière complètement instrumentale et même - attention je vais employer un gros mot - musicale (blasphème!). Une structure claire qui donne de la cohérence à chaque évènement, un traitement sensible du son et une approche instrumentale du bruit, FF brouille les pistes et les repères pour une musique toujours aussi singulière et créative, personnelle et inventive, sensible et poétique. Recommandé.

[informations, chronique & extrait: http://www.entracte.co.uk/project/ferran-fages-e135/]

copy for your records

Mites - Passing Resemblance (Copy for you records, 2012)

Ceci est ma première rencontre avec Grisha Shakhnes, alias Mites, un artiste sonore israélien. J'ai mis quelques temps à passer outre sa nationalité, mais une fois qu'on se laisse absorber par son œuvre, il n'y a plus rien qui compte. Une œuvre monumentale, remarquable, sombre et dérangeante. Passing Resemblance est une suite de trois pièces aux structures déséquilibrés et aux titres étranges ("you can come and shake my hand"/"comfort"/"why elephants are not allowed to cross a bridge") - qui n'expliquent surtout pas la démarche de Mites. A l'intérieur de ce disque, beaucoup de field-recordings, manipulés et étouffés, distordus et ralentis, qui semblent provenir de cassettes. Hélicoptères, sirènes, coups de feux, tirs de mortiers, radios, prières, paroles, le quotidien d'un pays vindicatif. Mais tout du long, un son lourd, sombre, comme un enregistrement hydrophonique à la Thomas Tilly ou un souffle analogique, field-recordings ou synthèses granulaires? Peu importe, cette ligne apporte une cohésion à des structures pas toujours évidentes (rien que la durée des pièces interroge: 15 minutes, puis 4, et 35 minutes pour finir...). Ceci-dit, la musique est toujours claire, Mites utilise peu d'éléments, il superpose avec une grande sensibilité au son et à son architecture deux ou trois éléments au maximum. Dans un pays dont la réalité est devenue insupportable pour beaucoup, il vaut mieux transformer cette réalité en abstraction. Et Mites produit ici une sorte de musique concrète filtrée et manipulée jusqu'à l'abstraction, dérangeante, qui laisse place à une imagination sombre. On croirait par moments entendre des coups de feux étouffés comme s'ils étaient enregistrés dans une toile de jute au fond d'une cave dissimulée ou d'un bunker. L'ambiance est pesante, obscure, lourde de sens. Mais pas seulement. Car les constructions sonores de Mites sont remarquablement absorbantes, ce sont des plongées immersives à l'intérieur du son et de quelques unes de ses propriétés abstraites. Une suite puissante d'immersions sonores et de constructions abstraites, où Mites sait jouer avec facilité et douceur des différentes dynamiques du son. Recommandé.

Informations et extraits: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr010.html

David Kirby - Cittakarnera (Copy for your records, 2012)

David Kirby est un artiste sonore originaire d'Atlanta, créateur du superbe netlabel homophoni, et dont la musique se situe plutôt dans une veine eai. Son travail est aujourd'hui principalement axé sur les cassettes audios (en partie parce qu'il en avait apparemment marre de passer autant de temps sur un ordinateur...). Pour cette longue pièce de 70 minutes, Kirby utilise donc comme principale source quatre enregistreurs cassettes. On y trouve des chants d'oiseaux, des bruits méconnaissables, des chansons de pop, de rap, de musique électronique, de classique, des musiques de films, du métal, etc. La liste est longue, très longue, autant que le disque j'ai envie de dire. Car c'est assez difficile de digérer ce collage et ces manipulations (ralentissement de la bande, accélération, lecture à l'envers, distorsion, amplification du souffle, "scratch") pendant aussi longtemps. Kirby a produit pour ce disque un gigantesque collage magnétique, assez linéaire et monotone, qui a parfois du mal à retenir l'attention... Après, il y a des passages vraiment jouissifs, intenses ou puissants, forts et osés, mais c'est tout de même inégal dans l'ensemble, et la démarche, le collage systématique de sources parfois incongrues et inattendues, lasse au bout d'un moment. Un disque talentueux mais peut-être un peu trop ambitieux.

Informations et extraits: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr007.html


Bryan Eubanks/Jason Kahn - Energy (Of) (Copy for your records, 2012) 

Enregistré en live, Energy (Of) est une pièce d'une quarantaine de minutes présentées par deux grands compositeurs électroniques: Bryan Eubanks et Jason Kahn. Le premier utilise un système électronique fait maison, tandis que le second use de larsens, de table bouclée sur elle-même, d'un synthétiseur analogique, de micro-contacts, etc. Autant le dire tout de suite, ça ne rigole pas! 

La performance tend vers la musique aux effets psychoacoustiques avec murs de bruit blanc, larsens vigoureux, crépitements abrasifs, tension violente, puissance maximum. Ceci-dit, il ne s'agit pas de harsh noise comme on pourrait le croire. Pas tout le temps du moins. Car le duo Eubanks/Kahn sait jouer sur les reliefs et les différentes dynamiques. Une improvisation savamment construite avec ses silences, ses espaces aérés, puis saturés, ses murs de son, et ses instants éthérés et minimalistes de souffles légers. Une musique en dent de scie qui rend chaque instant violent d'autant plus intense. Car chaque passage calme n'est pas gratuit, la tension est toujours, ce n'est qu'un calme avant la tempête. Les deux sculpteurs sonores paraissent aussi à l'aise et précis lors des passages minimalistes que lors des assauts sonores. Et quels assauts! La violence de Kahn et Eubanks peut être franchement renversante. Les murs de son prennent aux tripes, tendent chaque muscle du corps de l'auditeur. Des oreilles à l'intégralité du corps en passant par le cerveau bien sûr, la tension et l'intensité d'Energy (Of) soufflent l'auditeur dans son intégrité, traversent tout le corps et le transforment en une boule de nerfs ambulante.

Une traversée organique et dangereuse à travers des résidus sonores aux allures industrielles et apocalyptiques. Une épopée tendue, non plus vers son origine, mais vers un futur sombre, incertain, et dévasté. Les oreilles prennent chers, l'esprit aussi. Amateurs de noise et de construction sonore savante et précise, vous y trouverez votre compte. Recommandé!

Informations et extraits: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr011.html

Antoine Beuger - un lieu pour être deux (Copy For Your Records, 2011)

Je ne sais pas à quoi ressemble la partition d'Antoine Beuger, membre fondateur du collectif Wandelweiser, interprétée ici par Ben Owen et Barry Chabala. Est-ce un texte, une partition graphique, un poème, des pages dont seraient extraits les dessins qui ornent la pochette? Quoiqu'il en soit, cette extrait de la partition un lieu pour être deux, joué ici à la guitare par Barry Chabala et aux field-recordings et synthesized tones par Ben Owen, est une réussite. 

Je ne connais pas la partition, mais je pense qu'elle est très ouverte, qu'une marge énorme est laissée aux instrumentistes, jusqu'au choix des instruments, ce qui me permet de juger principalement l'interprétation plus que la composition. Et cette interprétation est juste formidable. En premier lieu, il y a les enregistrements de Ben Owen qui parcourent cette unique pièce de 45 minutes dans sa totalité. Des enregistrements urbains surtout, avec de nombreuses bribes de discussions en plusieurs langues, le trafic routier, des klaxons, des autoradios, oiseaux, eau, etc. Mais aussi des enregistrements intimes, qui paraissent tirés d'appartements. Des enregistrements très propres et en même temps très discrets en tout cas, qui demandent à être écoutés au casque pour ne pas confondre son environnement avec celui du disque, ou qui peuvent volontairement être écoutés avec des haut-parleurs pour mélanger les environnements sonores. Le montage des field-recordings est cohérent, sensible, poétique, intime, et limpide, sans retouche ni rupture. Les ruptures sont pourtant présentes, à travers les interventions instrumentales qui empêchent de pénétrer l'univers sonore des field-recordings. Des ruptures de ton et d'intensité, où une corde est brutalement pincée sans prévenir en plein milieu d'une discussion, où une fréquence nasillarde vient faire obstacle à une audition voyeuriste des enregistrements de terrain, parfois trop intimes peut-être. 

un lieu pour être deux est une longue pièce, subtile, qui demande beaucoup d'attention et de disponibilité. Une pièce minimaliste où Ben Owen et Barry Chabala dialoguent avec un environnement sonore bruyant et non-musical. Et ce sont ces interventions musicales impromptues qui confèrent une esthétique particulière aux enregistrements bruts sur lesquels jouent les deux musiciens. Ce dialogue tend dès lors à produire une nouvelle intimité, au-delà de celle des enregistrements, entre ces derniers et les musiciens qui semblent extrêmement attentifs à leur environnement sonore. Attentifs à sa poétique inhérente, à ses rythmes, à ses intensités, à sa continuité comme à ses ruptures, à sa structure aléatoire en fait, mais aussi à son atmosphère et à son ambiance. Autant d'éléments que chacun des musiciens parvient à mettre en avant (ou à créer) grâce à de brèves interventions minimalistes. 

Quel est l'écart ou la fidélité entre les indications d'Antoine Beuger et l'interprétation de Chabala/Owen? Aucune idée, mais la musique qui en résulte est d'une poétique admirable, d'une sensibilité à l'environnement sonore exceptionnelle (ce qui est certainement caractéristique de tous les membres de Wandelweiser). un lieu pour être deux est très calme et minimaliste, mais paradoxalement intense et envoûtant. Un peu comme dans le dernier Pisaro (fields have ears 6), la musique parvient à conférer un caractère majestueusement poétique et une dignité musicale envoutante à un environnement sonore urbain et austère, gris et minimal, tout étant extrêmement vivant.

Informations et extrait: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr008.html

Wade Matthews & Alfredo Costa Monteiro - Winter (Copy For Your Records, 2011)

Au départ, les expérimentations électroniques et numériques de l'avant-garde musicale pouvaient sembler austères, hermétiques, froides, ou même insensées pour certains. Mais après soixante années de  recherches et de tentatives parfois réussies, parfois échouées, un véritable langage musical a pu se constituer et se structurer au-delà des concepts et de l'expérimentation. Un langage organique et humain, parfois poétique, plus ressenti à travers les émotions (sans que ce soit nécessairement la douleur comme chez Karkovski par exemple), que compris par la raison. Et c'est bien ce que parvient à nous prouver une fois de plus la collaboration entre ces deux artistes sonores que j'admire: Wade Matthews et Alfredo Costa Monteiro. Oui le langage musical et sonore, qu'il soit numérique, électronique ou électroacoustique, est véritablement arrivé à pleine maturité. Pour Winter, une suite de cinq tableaux structurés et composés avant tout par la sensibilité, le premier utilise des field-recordings manipulés et des synthèses digitales, tandis que son collaborateur jour avec des cordes amplifiées, des moteurs électriques et des radios.

Au regard de ces sources sonores fondamentalement composées d'électricité et de codes informatiques, du titre et de la pochette parsemée de cristaux, on pourrait facilement s'attendre à une musique froide et austère. D'un côté, c'est exact, la plupart des morceaux sont constitués sur de longues basses abyssales, sur des drones sombres qui semblent extirpés des profondeurs de la croûte terrestre, comme si on était plongé à l'intérieur d'une pompe d'extraction de pétrole. Il y a toujours un aspect linéaire et ambient assez marqué à travers ces cinq plages pas si glacées. Car parallèlement à ce drone ambiant et sombre, chaque piste fourmille de bruits parasites, principalement électriques, de larsens et de moteurs, de fréquences radios et de bruits blancs, mais aussi d'enregistrements étranges, d'enregistrements sous-marins aux réverbérations hallucinantes. Et ce sont tous ces bruits, parfois inouïs mais toujours inattendus, qui font de Winter un disque vivant, chaleureux, sensible et organique. Wade Matthews et Alfredo Costa Monteiro produisent des textures continues, corrosives et sombres comme de la lave, mais constamment ponctuées d'éléments inattendus. Ponctuées de parasites organiques qui entraînent fractures et discontinuités tout en révélant la sensibilité et l'inventivité de ce duo, qui révèlent en fait la volonté esthétique ainsi que l'origine humaine et artistique de ce duo formidable qui se cache derrière des câbles, des écrans et des installations qui peuvent paraître hermétiques. 

Chaque pièce de Winter constitue en soi un univers surprenant, riche et extrêmement dense. Un univers exceptionnel qui ne ressemble à aucun autre et où se révèlent la sensibilité aussi bien que l'intelligence des deux musiciens en totale osmose. Une intelligence qui se retrouve notamment dans la structure claire et la continuité des pièces, tandis que les ruptures et la fusion des sons pourtant très différents et individualisés révèlent quant à elles la sensibilité et l'humanité de ce duo.

Hautement créatif et inventif, clair et très sensible, Winter rassemble cinq pièces électroacoustiques qui fourmillent de détails et respirent la vie, aussi bien terrestre, qu'humaine ou animale. Des détails que l'on découvre ou redécouvre à chaque écoute, et qui nécessitent une écoute tout de même assez forte. En fait, on ne se lasse pas de Winter et on reste apparemment émerveillé à jamais: vivement recommandé!

Informations et extrait: http://cfyre.co/rds/pgs/cfyr009.html

Joe Panzner - Clearing, Polluted (Copy For Your Records, 2011)

Le dernier album de Joe Panzner, Clearing, Polluted, est une suite de trois pièces principalement composées à l'électronique et publiée par le label de Richard Kammerman, Copy For My Records. Trois pièces exceptionnellement originales, neuves, intelligentes et puissantes, on est en fait ici en face d'un des meilleurs albums de musique électronique de 2011 à mon avis, en tout cas un des plus puissants et des plus originaux.


La première pièce, "Young Theorist", est plutôt calme et utilise peu de fréquences. Très aiguës aux départs, elles deviennent par la suite ultra-basses, mais jamais très fortes ni uniques, il y a toujours des fréquences parasites qui viennent doubler les dominantes ainsi que des interférences beaucoup plus fortes et dures qui donnent du relief à l'ensemble de la pièce. On arrive à une sorte de drone instable et mystérieux sur lequel se greffent régulièrement des ondes étonnantes et détonantes qui peuvent faire penser à une radio déréglée souhaitant prendre le dessus. L'ambiance générale est fraiche et originale, une pièce calme et simple, d'une douceur violente mais pas agressive, comme une sorte de poème noise qui souhaite plus agencer intelligemment des fréquences que pulvériser l'estomac de l'auditeur avec un mur de son aux limites du supportable.

"Hindsight Is 50/50" commence par des micro-contacts déjà plus agressifs et violents, et finira par une guitare franchement harsh. Électroniques archaïques et fractures dynamiques débutent la pièce, puis un mur de son arrive, mais pas un mur saturé d'un maximum de fréquences, Joe Panzner utilise encore peu de timbres simultanément, il en agence quelques uns qui laissent place à d'autres au fur et à mesure. Mais sur cette pièce, chaque texture est forte et saturée, puissante et agressive. Une pièce dense qui prend aux tripes, une sorte de souffle monstrueux, de tsunami sonore plutôt hostile et effrayant. Un univers dur et grandiose à la fois, mais aussi envoûtant, car on veut savoir comment le massacre se terminera, si une issue est possible, et on se laisse également facilement absorber par la surabondance de détails, car il y a quelque chose de baroque dans cette pièce, comme un mur de son ornementé d'une multitudes de détails parasitaires. A la moitié de la pièce environ, le son tourne sur lui-même, devient cyclique, et la même boucle se répète inlassablement tout en devenant de plus en plus dense et forte, la musique se fait noise extatique jusqu'à ce qu'un accord de guitare saturée jusqu'à la nausée viennent rompre cette boucle qui va lentement se fondre et disparaître dans des méandres calmes et inconnus.

La dernière partie de Clearing, Polluted, intitulée "Less than a feeling" revient à quelque chose de plus calme et de plus aéré. Une fréquence basse qui fait penser à un moteur organique, quelques parasites qui interfèrent continuellement, des parasites qui évoquent des insectes hertziens, voilà comment sont peuplées les premières minutes. L'agencement des sons est clair, propre, et original toujours, le son de Panzner ne ressemble à rien de connu, surtout dans les dynamiques qu'il adopte. Petit à petit, la fréquence basse, comme un vent ralenti une vingtaine de fois, prend une place de plus en plus conséquente, jusqu'à ce qu'on entende quasiment plus que lui. On se retrouve alors dans un territoire proche du drone, mais qui n'a pas grand chose de linéaire non plus, un drone très vivant et inquiétant à la fois. La première impression qui m'est survenue est, étrangement, le sentiment de ma balader dans une jungle, de longer un sentier continu à travers une multitude d'espèces animales et végétales, ce que peuvent évoquer toutes les interférences qui parsèment la mystérieuse fréquence basse continue.


Clearing, Polluted, est un des rares albums de noise ou de musique électronique à être aussi diversifié malgré une unité et une continuité indéniables, mais aussi un des rares albums à être aussi humain, chaleureux et concret. Une suite magnifique et vraiment fraîche de pièces puissantes, denses, et superbement construites. Hautement recommandé!

Tracklist: 01-Young Theorist / 02-Hindsight Is 50/50 / 03-Less Than A Feeling

Dave Barnes, Richard Kamerman, Graham Stephenson - Three Duos (Copy For Your Records, 2009)

Pour une de ses premières publications sur son propre label, Richard Kamerman (à l'ordinateur, aux objets et aux "moteurs") publie trois formes de duo sur quatre pièces: Dave Barnes à l'électronique avec Graham Stephenson à la trompette et au micro sur la première piste, Dave Barnes toujours accompagné de Kamerman sur les pistes 2 et 3, et enfin, Graham Stephenson aux côtés de Kamerman sur la dernière piste.

Durant ces quatres pièces, le dialogue est largement concentré sur des textures aux reliefs escarpés et abstraits, faits d'imperfections, de techniques étendues, de micro-contacts effleurés et éraflés, de bruits silencieux et de souffles, ou de sons stridents et de larsens agressifs. Quatre improvisations qui explorent des territoires hors-normes et aventureux, entre des silences suffoquants et des dialogues surchargés. Entre les instruments (enfin la trompette), l'électronique, les objets acoustiques et les ordinateurs, la palette sonore est très riche et variée et la dynamique d'exploration est constamment maintenue dans les extrêmes: exploration uniquement timbrale des propriétés physiques du son, et de l'interaction entre les sons. Un voyage radical dans un univers très singulier composé de fragments industriels, de déchets numériques, et d'imperfections électro-acoustiques, qui navique en plein dans la physicalité du son et fait pleinement abstraction de toutes les caractéritiques traditionnellement musicales pour ne s'intéresser qu' à la matière sonore en tant que telle.

Une musique tour à tour contemplative, agressive, attentive, individuelle, mais toujours extrême. Quatre pièces tellement abstraites qu'il devient difficile d'en parler: y'a-t-il une structure pré-établie? elle paraît plutôt spontanée et improvisée; des thèmes, des rythmes, des variations? vous voulez rire? Ces trois duos travaillent des textures sonores abstraites comme un peintre pourrait composer une oeuvre concentrée avant tout sur la matière du support. Ces quatre pièces ne composent pas de la musique à proprement parler peut-être, mais sculpte du son à travers différents matériaux, et peu importent lesquels - instrument, ordinateur, marteau-piqueur - du moment qu'ils produisent du son.

Mais ces sculptures abstraites sont toujours fabriquées à deux, et l'entente entre les deux "producteurs de sons", entre les deux artisans-artistes, est toujours profonde et fortement empreinte d'une attention et d'une concentration extrêmes, car le mariage entre les différentes sources sonores est constamment agencé avec un équilibre sensible, malgré l'hétérogénéité des sources. De plus, en dépit de l'aspect froid, abstrait et rebutant des matériaux de base, leur sculpture n'en est pas moins sensible, délicate et attentionnée, et ces quatre pièces ne laissent pas de marbre pour ainsi dire: à condition d'accepter les fondements sonores rebutants, l'intelligence de leur agencement et la sensible délicatesse de leur sculpture nous plongent dans quatre univers intriguant et envoutant, sensible et même parfois intense.

Anne Guthrie - Perhaps A Favorable Organic Moment (Copy For Your Records, 2011)


Anne Guthrie est une musicienne américaine mieux connue pour ses installations électroacoustiques que pour ses improvisations au cor d'harmonie, parallèlement elle compose aussi des pièces pour orchestre de chambre et écrit un peu de poésie. Perhaps a favorable organic moment, sa dernière œuvre en date, est une pure merveille qui réunit presque toutes ces facettes, une oeuvre si riche et qui pose tellement de questions tout en évoquant une infinité de notions, qu'il sera impossible pour moi de tout énumérer: de ce que l'on peut ressentir ou penser à l'écoute de ce disque, mais même de ce que j'ai pensé et ressenti moi-même durant ces trois mouvements.


Autant le dire tout de suite, la première pièce, Bach Cello Suite N. 2, Prelude, de cet ensemble de trois mouvements électroacoustiques, constitue le véritable sommet de ce disque, et elle suffit elle-seule à qualifier ce disque de chef d’œuvre. Autant par son originalité, son assurance, son intelligence que par sa sensibilité. Cette œuvre prodigieuse qui interroge la perception arrive à concrétiser le point de vue d’espaces tampons, d’espaces de transition, d’opposition et de médiation. Matériellement, Anne Guthrie semble avoir placé son micro dans l’encadrement d’une fenêtre ouverte : nous pouvons ainsi entendre voitures, klaxons, et différents bruits urbains durant les premières minutes, jusqu’à ce qu’Anne Guthrie s’installe dans la pièce pour venir y travailler, imparfaitement mais avec amour, une suite de Bach pour violoncelle, interprétée ici au cor d’harmonie – plus le fonds sonores extérieur toujours présent. La première partie de ce mouvement matérialise l’opposition et la transition entre l’extérieur et l’intérieur (ce qui permet de véritablement matérialiser un espace, par le seul biais d’outils sonores), entre l’environnement ambiant et l’intimité, entre l’espace privé et l’espace public, entre l’hostilité urbaine et la sensibilité intime, entre l’objectivité et la subjectivité en somme. Quant à la seconde partie, le travail de modification de ces mêmes sources sonores permet d’unir ou de réunir ces oppositions qui font partie intégrante de la personnalité et de l’environnement de la jeune compositrice américaine. La puissance émotionnelle de la suite de Bach, accompagnée de l’abstraction froide des fied-recordings réunissent passé et futur, résurgence baroque et expérimentations électroacoustiques, en une œuvre absolument merveilleuse, intelligente, subtile, délicate et belle.

J’en ai déjà beaucoup dit sur ce premier mouvement et il faudra bien mettre un terme à cette chronique (d’un disque que je voudrais pourtant interminable et qui a du mal à sortir de ma platine). Venons-en donc au mouvement central : Times Center, NYC 2010, basé uniquement sur des enregistrements de terrain à l’intérieur du hall des locaux du célèbre journal américain. Comme dans son précédent album, Standing Sitting (chroniqué ici), Anne Guthrie utilise un matériau simple et réaliste qui interroge surtout les liens entre l’espace et le son. Par le biais de quelques modifications simples et réduites (réverbération, réduction ou augmentation de la vitesse de quelques fréquences), Guthrie arrive prodigieusement et magiquement à restituer le cadre spatial de l’enregistrement, uniquement à partir d’évènements sonores, et non par la médiation de l’imagination ou de la psychologie. Cependant, ces dernières caractéristiques ne sont pas absentes de ce mouvement pour autant, mais ce sont l’imagination et l’état émotionnel et perceptif d’Anne Guthrie seulement que nous pouvons ressentir à travers les manipulations électroacoustiques, ces modifications qui pointent l’individualité même de Guthrie (son idipsum...). Une pièce puissante qui, comme dans le précédent album de Guthrie, arrive de manière hallucinante, précise et virtuose, à restituer un espace concret par le seul biais de ses caractéristiques et de ses propriétés sonores.

Comme on l’a déjà noté, cette pièce forme l’axe central de ces trois mouvements, l’axe symétrique plus précisément. Il s’ensuit donc que le troisième mouvement, Annie Laurie, reprend forcément des éléments conceptuels inversés de Bach Cello Suite N. 2, Prelude. La première partie est une lecture ralentie d’enregistrements intimes encore une fois, le point de vue assourdi d’une fenêtre (le son est si sourd qu’on a l’impression d’être comme à l’intérieur du verre)  qui médiatise le chant et l’environnement urbain duquel le premier surgit. La tradition est encore rappelée, cette fois par le bourdon, quelquefois  très proche du bourdonnement d’un essaim de guêpes d’ailleurs, créé par les bruits environnants et citadins. Comme on pouvait s’y attendre, la seconde partie se compose de field-recordings non-manipulés, d’où émerge le mélancolique et sensuel Annie Laurie. Et malgré la démarche expérimentale quelque peu jusqu’au-boutiste et systématique de cette pièce, il y a toujours des réminiscences de musique populaire, notamment à travers l’utilisation de l’hymne ancestral et sentimental Annie Laurie, interprétée toujours par la compositrice.

Perhaps a favorable organic moment est une formidable suite de trois mouvements symétriques qui nous entrainent au plus près d’une réalité concrète et complexe d’une part, mais également au cœur de la sensibilité, de l’intimité et de l’individualité d’Anne Guthrie, une immersion intime et sensible au plus profond de la perception et des sentiments de la compositrice. Une démarche expérimentale assez simple et quelque peu extrême, mais qui ne manque ni de chaleur, ni de délicatesse et d’attention. Un chef d’œuvre hautement sensible, original et radical : une œuvre formidable, merveilleuse et prodigieuse, etc. A écouter absolument !

Tracklist: 1-2: Bach Cello Suite N.2, Prelude / 3-Times Center, NYC 2010 / 4-5: Annie Laurie