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Lali/Noish/Xedh - icgs el

LALI/NOISH/XEDH -  icgs el (Nada, 2013)
icgs el est un cd-r publié à certainement trop peu d'exemplaires malheureusement (édition de 50...), donc j'espère que ceux que ça intéresse trouveront tout de même leur disque. On retrouve ici trois des artistes les plus importants de la nouvelle scène expérimentale expagnole : Lali Barrière aux objets amplifiés, Noish (Oscar Martin) à l'ordinateur (avec des patchs et des logiciels artisanaux) et Xedh (Miguel A. Garcia) à la table de mixage. Le trio espagnol propose deux longues pièces d'improvisations électroacoustiques brutes et abstraites. Noish y utilise des programmes numériques déconstruits et chaotiques, Garcia des tables de mixage en larsen primitives et quelques radios, tandis que Barrière met des objets de toutes sortes en résonance.

La musique en elle-même n'a pas grand chose à voir avec le réductionnisme, mais l'attitude de ces musiciens face à leurs outils s'en rapproche fortement je trouve. Garcia utilise sa table comme Dörner utilise sa trompette, de manière réduite et épurée, mais en même temps très poussée aussi, et c'est peut-être ici encore plus radical. Car le trio n'explore pas forcément des territoires soniques pour leur richesse, mais plutôt pour l'expérience. Du coup, le trio peut utiliser des sons primitifs tel qu'un larsen pur, de la ferraille frottée, des micro-contacts et des radios, ainsi que des synthèses numériques bizarres, car ce qui est intéressant ici, c'est la déconstruction de tous ces éléments qui naît de leur rencontre et de leur succession. Réductionniste dans l'attitude instrumentale peut-être mais pas du tout dans le contenu musical : les trois musiciens ne se fixent que très rarement sur une texture particulière, ils ne cherchent pas à en explorer les possibilités, ils cherchent plutôt à les déconstruire et à créer une expérience sonore unique avec des matériaux plutôt banals. Et c'est réussi.

De l'improvisation qui n'est pas vraiment électronique, ni numérique, encore moins acoustique et qui se base plus sur la déconstruction des matériaux plutôt que sur leur exploration. Une expérience vraiment étrange qui en vaut le détour.

Aaron Dilloway + Miguel Garcia

AARON DILLOWAY - Corpse on Horseback (Ergot, 2013)
Au départ, Corpse on Horseback était une cassette aujourd'hui épuisée, mais heureusement rééditée en 45 tours par le nouveau label Ergot (après un passage sur CD-R en 2005 sur Chonditric).

Des bandes, toujours des bandes. Avec Aaron Dilloway, les méthodes sont aussi rudimentaires que le résultat est réjouissant. Des bandes corrosives à base de déchets mises en boucles, de très courts cycles d'une à deux secondes. Tout commence avec une boucle, puis deux, trois, etc., des boucles qui deviennent de plus en plus saturées, denses, et intenses. Sur les deux pistes, Aaron Dilloway superpose des boucles les unes sur les autres, sans jamais en retirer. Un crescendo où le son devient à chaque minute de plus en plus agressif, dense et massif. Ça paraît simpliste comme forme, mais le plus impressionnant est surtout la précision et la minutie avec lesquelles ces boucles se superposent, une précision héritée des techniques de calquage plus que de collage. En plus, la spatialisation du son donne l'impression d'être pris dans un étau, une impression forte et persistante. Puissant.

AARON DILLOWAY - Infinite Lucifer (Hanson, 2013)
Même si sa musique est construite quasiment de la même façon sur chacun de ses travaux en solo, Aaron Dilloway reste un musicien qui m'impressionne toujours énormément. Je me répète beaucoup quand je parle de lui, car je le répète encore, c'est un musicien qui se répète et joue sur les répétitions. Infinite Lucifer, une pièce de douze minutes (initialement paru sur un vinyle une face aujourd'hui épuisé mais réédité en version gratuite sur le bandcamp de Dilloway), se démarque seulement par son aspect plus solennel et dramatique que d'habitude, par sa construction en ruptures, ainsi que par l'utilisation d'un synthétiseur. Je ne me répèterai pas sur l'utilisation des bandes magnétiques, sur les boucles et les collages. Je répète seulement qu'Aaron Dilloway défonce: écoutez, c'est gratuit et ça ne dure pas longtemps. Je répète: Aaron Dilloway tue.

[informations & téléchargement: http://hansonrecords.bandcamp.com/album/infinite-lucifer)

MIGUEL A. GARCIA - one perjury (for murayama) (homophoni, 2013)
MIGUEL A. GARCIA - one perjury (for coccyx) (homophoni, 2013)
one perjury est une suite de deux pièces dédicacées l'une à Seijiro Murayama, et l'autre à Miguel Prado, publiées en téléchargement gratuit sur le netlabel homophoni. Deux pièces composées et assemblées par Miguel A. Garcia (aussi connu sous le nom de Xedh). Deux pièces assez linéaires où radios, sinusoïdes et petits bruits toujours assez minimalistes dialoguent avec des matériels additionnels des dédicataires (les râles et la caisse claire de Murayama, la guitare épurée de Miguel Prado). On dirait une sorte de dialogue imaginaire avec les dédicataires, un dialogue fantasmé ou désiré par Miguel A. Garcia qui tente en même temps de créer et leur univers, et une réponse personnelle à leur musique. Deux pièces courtes, minimalistes et légères, mais cependant la construction est solide, chaque évènement semble placé où il faut, et chaque univers (j'entends ceux de Murayama et Prado) est bien retranscris. Cohérent, riche et personnel: du bon travail.

(informations & téléchargement: http://homophoni.com/homo056.html et
http://www.homophoni.com/homo057.html)

Hoffman/Zarzutzki + Noish/Xedh + Hoffman

Aaron Zarzutzki & Nick Hoffman - Exhaustive Expulsion (Pilgrim Talk, 2012)

Quatrième publication du duo Zarzutzki/Hoffman, Exhaustive Expulsion est un recueil de plusieurs enregistrements live regroupés sur deux cassettes. Près de deux heures d'improvisations brutes, abstraites, post-industrielles, voire post-électroacoustiques. Les instruments ne sont pas indiqués ni sur les cassettes ni sur le site du label, mais on peut entendre une trompette, quelques cymbales, des dispositifs électriques et électroniques, le souffle de câbles jacks, des platines et des bandes magnétiques, etc. L'absence de structure, de pulsation, de mélodie, de beauté au sens social, tous ces éléments peuvent évidemment servir à qualifier cette suite de "non-musique". Mais au-delà de l'aspect extrêmement abstrait et brut de cette suite, il faut quand même remarquer l'esprit aventureux de ce duo qui tente d'explorer un nouveau terrain sonore, fait de silences, du fracas aléatoire d'objets choisis dans le quotidien, d'électronique low-fi, de recherche acoustique brute et sale à travers les résidus des nouvelles musiques comme des nouvelles technologies.

Évidemment, l'écoute de ces improvisations est difficile, autant à cause de leur longueur que de leur abstraction radicale, hors de tout idiome. Peut-être d'autres seront-ils également offusqués par le son volontairement crade et brut de ces enregistrements. Quant à moi, même si je m'impatiente devant quelques longueurs, je reste quand même admiratif devant la volonté radicale de ce jeune duo originaire de Chicago de sortir des terrains battus de l'eai et des musiques improvisées en général. Une sculpture sonore sans trop de reliefs mais pleine d'aspérités et de sinuosités. Une exploration brute et extrême de la matérialité du son, amplifiée par le grain sale des bandes magnétiques, une aventure osée à travers des improvisations linéaires et fracturées, sales et escarpées, mais en tout cas assez fraîches et originales.

http://pilgrimtalk.com/PT19.html

Noish & Xedh - rlhaaa to (Pilgrim Talk, 2012)

Si je n'avais pas trop aimé le mini cdr de Miguel A. Garcia (aka Xedh) publié sur Ghost&Son, cette cassette en duo avec Noish (Oscar Martin de son vrai nom) m'a beaucoup plus convaincu. Pour rlhaaa to, le duo Noish/Xedh a composé deux pièces d'environ vingt minutes chacune. Une pièce par face, toutes deux maintenues par une cohésion et une continuité, malgré la rupture du changement de face. Ça commence par des textures abrasives où se mélangent des bruits parasites et des interférences électriques, accompagnés de quelques objets et divers sons préenregistrés, ainsi que d'une radio. L'intensité monte petit à petit, faible au départ, elle est parfois rompue par des interruptions analogiques puissantes, mais il faudra tout de même longtemps avant de sortir de l'enchevêtrement de câbles jack avec leur souffle parasitaire et de manipulations électriques sur les interférences. Mais même si ce n'est pas fort, il y a tout de même une forte tension, une ambiance presque angoissante où les bruits les plus incongrus peuvent surgir à tout moment, de manière souvent inattendue.

Comment les deux artistes sonores espagnols parviennent à sortir de ce fatras de bruits hétéroclites et parasitaires? Réponse: l'analogique bien sûr. Synthétiseur analogique à fond, trituration de bandes, la puissance de l'analogique renverse la quiétude et la méditation digitales. Les sinuosités tracées par les interférences deviennent de vrais reliefs et une nouvelle dynamique semble engagée. Une dynamique beaucoup plus puissante et forte, tout aussi fracturée et ponctuée d'évènements inattendus et hétérogènes, de manipulations et de déconstructions sonores qui forment des textures denses et des dynamiques violentes et puissantes.

Deux pièces inspirées par l'eai et la musique concrète, puissantes, denses et intenses. Recommandé!

http://pilgrimtalk.com/PT18.html
http://pilgrimtalk.bandcamp.com/album/rlhaaa-to


 Nick Hoffman - Hell House (Pilgrim Talk, 2012)

Pour finir cette chronique à propos du label expérimental Pilgrim Talk, quelques mots sur Hell House, plus pour signaler sa présence que pour le chroniquer. Je ne veux pas trop en dire parce que je n'ai pas du tout aimé ce disque. Je ne sais pas comment le prendre, je ne sais pas si c'est une blague ou non, s'il faut le prendre au premier degré ou rire avec Nick Hoffman, car le contenu est vraiment surprenant: huit morceaux assez courts pour ce CD-R de vingt minutes, huit pistes qui flirtent avec le black metal, le hardcore, le metal symphonique et le punk. Une distorsion dégueulasse sur la voix et la guitare, des riffs sortis tout droit d'une série Z des années 80/90, genre production Trauma; et pourquoi Nick Hoffman, aka Eyeless Executioner pour ce projet, a-t-il pris cette initiative de revenir à des formes désuètes du métal, à des clichés pareils? On pourrait penser à une démarche similaire à Mr Bungle ou Franck Zappa, mais je n'ai pas du tout ressenti le moindre recul ni la moindre ironie dans ces huit morceaux étranges. J'espère en fait que c'est une blague, car c'est bien la seule manière de pouvoir considérer ces pistes avec un minimum de respect et d'intérêt.

Ceci-dit, le plus intéressant dans Hell House est plutôt le magasine dans lequel le disque est livré. 56 pages de dessins aux traits enfantins mais aux contenus beaucoup moins innocents. Un trait gras pour un humour gras (ce qui me laisse penser que la musique de Nick Hoffman est tout de même à prendre au sixième degré), où sang, sexe, et politique, se chevauchent dans des planches volontairement crades mais sans tabous.

http://pilgrimtalk.com/PT16.html
http://pilgrimtalk.bandcamp.com/album/hell-house

Ghost & Son

Jin Sangtae - Sacrifice 2 (Ghost & Son, 2012)

Sacrifice 2 est un mini CDR de l'artiste sonore coréen Jin Sangtae publié par un label de Nick Hoffman, Ghost & Son. Un disque extrême, radical et très étrange à vrai dire, difficile d'écoute malgré le peu de temps qu'il dure, c'est-à-dire, 25 minutes. A l'intérieur du disque, Jin Sangtae n'est crédité qu'aux klaxons, mais on peut entendre de nombreux objets percussifs ainsi que différents larsens et quelques manipulations électroniques. La structure est difficilement identifiable en fait, après des silences et des sons indéterminés, des sons aussi percussifs que bruitistes, voilà qu'un klaxon, apparaît, neutre, fort, surprenant, quand ce n'est pas une fréquence suraiguë alarmante, autant de fractures qui viennent rompre une dynamique globale plutôt calme.

Sur cette unique pièce, Jin Sangtae s'amuse à rompre les habitudes, à jouer sur les discontinuités au niveau des timbres comme au niveau des dynamiques. Le klaxon, comme gêné par une feuille de papier qui le fait trembler, ainsi que des larsens, viennent irrégulièrement briser la ligne tracée par les percussions chaotiques, calmes et industrielles, mais également les lignes tracées par les silences. Difficile de cerner la logique des ruptures, les lignes sont cassées de manière apparemment irrationnelle, on sait seulement qu'il vaut mieux ne pas s'habituer à un univers, dans la mesure où il sera nécessairement brisé par un élément sonore toujours plus improbable, toujours plus fort, et toujours plus radical, dans son intensité comme dans son opposition.

Une pièce extrême, violente, radicale, et originale: à écouter.

Miguel A. Garcia - red river/rio tinto (Ghost & Son, 2012)

A partir d'enregistrements des voix d'Alba Burgos et Ohiana Vicente, des percussions de Raul Dominguez et des guitares de Carlos Valverde, Miguel A. Garcia (alias Xedh) a composé une musique brutale, sale, violente et extrême. Durant neuf pièces qui durent en tout 25 minutes, MAG compose une musique noise, hardcore, électrique et grasse, basée sur la déconstruction des enregistrements proposés par ses amis. Un son très brut, une énergie très bestiale, des structures éclatées, une texture saturée, red river/rio tinto nous plonge dans les bas-fonds de la musique noise, à tendance harsh, low-fi et métal.

Neuf pièces intenses, très fortes, crades, bestiales. Peut-être originales, mais malheureusement plutôt fatigantes. Si cette suite respire l'underground, il  n'en reste pas moins que l'absence de développement et de continuité, en plus de la saturation exacerbée, m'ont empêché de pénétrer cet univers sans me lasser ou m'énerver...