Rodrigues & co.

E.RODRIGUES/G.RODRIGUES/O. MARSHALL/C.SANTOS/J.OLIVEIRA - Kinetics (Creative Sources, 2006)
Sur Kinetics, paru en 2006, c'est l'occasion d'entendre trois habitués du label CS : Ernesto Rodrigues (violon, alto), Guilherme Rodrigues (violoncelle, trompette de poche), et Carlos Santos (électronique), mais également José Oliveira (percussions) et Oren Marshall (tuba).

Ce quintet propose huit improvisations non-idiomatiques et réductionnistes, pas très longues, minimales, abstraites et arides. Je l'écoute peut-être avec un peu trop de recul (Kinetics a été enregistré il y a déjà sept ans...), mais en tout cas, on n'est pas loin des clichés du réductionnisme. Car sur chaque improvisation : aucune note, aucun rythme, aucun changement d'intensité, un faible volume, un intérêt quasiment exclusif porté sur les textures. Il s'agit toujours de nappes de sons, des nappes légères, fines, abstraites et abrasives, de souffles, de pistons, de sinusoïdes, de cordes et de percussions effleurées. Un ensemble de bruits légers qui fourmillent indistinctement.

Oui, Kinetics a assurément un aspect virtuose et talentueux, osé et aventureux, radical même, mais l'exploration sonore ne se suffit pas à elle-même. Elle manque de forme, de prestance, de profondeur et de consistance ici, notamment par rapport à tout ce qui a pu se faire dans cette esthétique, avant comme après ce disque.

P.REBELO/F.SCHROEDER/E.RODRIGUES/G.RODRIGUES - May there be... (Creative Sources, 2008)
De manière formelle, on pourrait croire qu'il s'agit de deux duos sur ce disque, Pedro Rebelo (piano) & Franziska Schroeder (saxophone soprano) d'un côté, Ernesto Rodrigues (violon alto) et son fils Guilherme Rodrigues (violoncelle) de l'autre. Par deux ils ont l'habitude de jouer ensemble, tous les quatre c'était la première fois sur May there be... publié en 2008, mais ça ne s'entend vraiment pas, tant le quartet est cohérent et unifié.

"Il peut y avoir..." de la tension, du calme, du mouvement, de la mélodie ; tout le programme de ces huit improvisations est indiqué dans les titres. Et les quatre instrumentistes s'y tiennent avec brio. Chaque pièce se concentre sur une ambiance ou un paramètre. Du timbre au rythme, du son aux notes, des nappes lisses aux phrases réactives et rythmiques, tout un panel de techniques et de modes de jeux est développé durant ces quarante-cinq minutes. Un panel large, où chacun semble toujours à l'aise, de l'abstraction exploratrice aux questions-réponses rythmées et réactives. May there be... démontre les nombreuses possibilités de quatre instruments, oui, mais aussi et surtout de l'improvisation non-idiomatique au sens large.

Un excellent disque pour découvrir l'état de l'improvisation libre au début du XXIe siècle à mon avis. Les esthétiques et les directions sont variées, chaque idée est abordée avec sérieux et talent, les musiciens sont très bons et s'adaptent bien à chaque situation. Très bon travail. 

E.RODRIGUES/K.YAMAUCHI/C.SANTOS - Three rushes (Creative Sources, 2012)
Three rushes est une courte suite de trois pièces improvisées par Ernesto Rodrigues à la harpe cette fois, Carlos Santos à l'électronique et Katsura Yamauchi au saxophone alto. Les trois pièces se ressemblent assez, il s'agit à chaque fois d'improvisations réductionnistes et minimalistes. Une musique toute en finesse, en délicatesse, poétique et subtile, parcimonieuse et attentive. Rien de très nouveau en somme mais j'aime beaucoup la harpe de Rodrigues, ses résonances disséminées à travers un espace éthéré, ainsi que l'aspect très espacé de ces improvisations. Un souffle, un bol tibétain, une courte sinusoïde, du bois frotté, une corde pincée, une légère note au saxophone, quelques bruits, ça fait bling - tsss - chhhh - tzzz - hmmm -et ça s'imbrique facilement. 

Trois rushes subtils et délicats, aux sonorités pures et audacieuses. Une musique calme, belle, aventureuse et sensible, comme seuls ces trois musiciens peuvent en produire. Un beau morceau de réductionnisme, sans nouveauté, mais qui est achevé et personnel.

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