Frédéric Nogray - Vaccabons et Malfactours

FRÉDÉRIC NOGRAY - Vaccabons et Malfactours (Kaon, 2013)
Il y a quelques mois, j'avais déjà chroniqué un album de d'incise qui appartenait à cette série de mini-CDR basé uniquement sur des field-recordings de Cédric Peyronnet, réalisés autour d'une rivière limousine et de sa vallée. La série continue, au rythme d'une publication tous les deux mois, par un artiste sonore à chaque fois différent, et c'est de la proposition de Frédéric Nogray que je parlerai ici.

De ce dernier, je n'avais jamais entendu de travaux basés sur des field-recordings encore - je ne connais que son installation à base de bols en cristal de roche, et son duo électronique aux côtés de Stéphane Rives. Il n'est pas question d'abstraction sonore ici, ni de manipulations électroniques. Le son est simplement équalisé, et monté. Un son tellement pur et figuratif qu'on se demande si l'objectif n'est pas plus documentaire que musical. Nogray assemble certains enregistrements à la manière d'une chronique journalière de cette vallée limousine. Quelques coqs évoquent le lever du jour, un orage éclate, des grillons et certains oiseaux évoquent ensuite le coucher du soleil, la rareté des moteurs comme le côté rustique des barques et des rames peuvent aussi rappeler l'aspect déserté de cette région, tandis que les cris et les bruits animaliers évoquent au contraire la richesse de la faune locale. Et bien, sûr, c'est de l'eau, beaucoup d'eau qu'on entend.

Sur ce mini-CD Nogray propose une pièce ultraréaliste et précise qui joue principalement sur l'évocation et la figuration. De la musique très concrète (au sens premier, pas au sens esthétique) au caractère rural et naturel. Les sons sont très beaux, très précis, mais ils ne m'ont pas plus enchanté que ça. C'est propre, naturellement évocateur, très linéaire et narratif, une pièce plus proche du documentaire sonore (même le format de 20 minutes rappelle ces petits reportages télévisés) que de la musique concrète.

2 commentaires:

  1. Suite à cette chronique, Frédéric m'a fait part de quelques remarques intéressanteset pertinentes au sujet de ce disque, de sa démarche et de l'utilisation des field-recordings en général. Je les recopie ici :

    Frédéric : Pourquoi si l'on ne met pas d'effets ou que l'on a pas la main lourde sur le dénoisage et l'équalisation ce n'est pas de la musique mais du reportage ? Je suis étonné de lire encore ce genre de propos plus de quarante ans après le "Presque Rien" de Luc Ferrari par exemple.
    Que penser de certains Francisco Lopez (relire le livret du CD La Selva) ou les albums à base de field recordings de Dave Phillips (pour n'en citer que 2, et je ne me compare pas à eux) ? Sont-ils à visée documentaire ?
    De plus je t'invite a réécouter la pièce et tu te rendras compte (je pense) que rien (ou si peu) est laissé tel quel. Les prises de sons sont (au minimum) superposées les unes aux autres afin de jouer sur les matières, les volumes, l'espace sonore, les mouvements de flux et reflux, les illusions, les dynamiques...
    Personnellement je n'aimerais pas écouter cette pièce comme quelque chose de documentaire ou informatif sur cette rivière. Je sortirais de l'écoute bien frustré. Pour moi il ne fait aucun doute que ce travail (parmi beaucoup d'autres productions actuelles issues des champs du field recording) rentre dans la continuité de cette histoire de la musique qui a vu passer des John Cage, des Pierre Schaeffer, et beaucoup beaucoup d'autres.

    Julien : Je ne suis pas sûr que ce soit une question d'effets ou d'équalisation Frédéric ; c'est plus l'aspect narratif et scénarisé - et cette pièce je l'ai entendu comme ça - qui m'a fait pensé à un reportage. Bien sûr, ç'aurait été plus abstrait, j'aurais seulement pensé que c'était narratif et je me serais certainement plus concentré sur le son lui-même, mais ce que j'ai ressenti avant toute forme de traitement, et de travail sur la matière sonore, c'est son aspect narratif , et j'ai eu du mal à me sortir de l'aspect purement figuratif des sons après...

    Frédéric : Je n'ai aucune intention scénaristique dans cette pièce si ce n'est le voyage (dans le sens abstrait) que ces sons me procurent, c'est à dire la musique. Pendant le temps de composition que ces sons soient issus de prises-de-sons naturelles, qu'ils sortent d'un violon ou qu'ils soient créé de manière électronique m'importe peu voir pas du tout (je parle bien à ce stade là). Je les prends pour ce qu'ils sont : des informations sonores de grains, d'espaces, de durées, de timbres... Je n'ai donc aucun problème à dire qu'ils forment une composition musicale. Avec la particularité d'utiliser des paysages sonores comme des sons-matière. Comme je le disais plus haut il n'y aucune visée documentaire sur le sujet de la rivière. Cet aspect quelque part Cédric l'avais déjà fait au début du projet. Encore que là aussi je l'écoute comme une composition musicale même si il reste plus dans l'approche de juxtaposition de ses sons. Mais la juxtaposition n'est-elle pas déjà une forme de composition... ?

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  2. Frédéric : J'ajoute : Avant de composer ma participation à ce projet je connaissais déjà les 17 autres propositions qui avaient été faites. Certaines ont un fonctionnement radicalement abstrait et/ou conceptuel... D'autres ont gardé l'aspect plus naturaliste des sons originaux. Ce qui créé une grande variété d'approches par ces différents compositeurs, qui fait aussi que j'étais déjà très intéressé par la série en tant qu'objet artistique et conceptuel. Mais aucune de ces propositions (dans mon souvenir !!) n' a gardé les qualités de ces sons dans (même presque) l'état dans lesquels ils étaient proposés. J'ai beaucoup aimé les qualités des prises de sons de Cédric (très différentes des miennes que j'utilise sur mes autres disques utilisant comme matériaux de base des field-recordings). J'ai voulu jouer et composer avec elles comme elles me sont arrivées. Même si parfois 5 ou 6 prises de sons peuvent se retrouver superposer par exemple...

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