Chris Abrahams, Burkhard Beins, Andrea Ermke - Tree

TREE - sans titre (Musica Moderna, 2013)
Quand on connaît un peu la scène réductionniste berlinoise, on sait à peu près à quoi s'attendre avec cet enregistrement du trio Tree, qui regroupe le pianiste de The Necks Chris Abrahams (aux synthétiseurs numérique et analogique, ainsi qu'à l'orgue), Burkhard Beins (percussions, cithare, objets, synthé analogique et live-electronics) et Andrea Ermke (samples et field-recordings). Des membres éminents de l'echtzeitmusik proposent donc deux longues improvisations qui ne sont pas forcément exemptes de clichés, mais qui sont étonnamment bien menées.

Qui ne sont pas exemptes de clichés, car on n'échappe pas aux longues notes pures et statiques de plusieurs minutes, ni aux cymbales frottées, et encore moins à l'ambiance très aérienne et aux structures flottantes. Tree joue sur des images éprouvées du réductionnisme, mais avec talent, précision et poésie. Si le trio ne lésine pas sur les longues nappes épurées, sur les silences implicites mais jamais réels, sur la confusion des instruments, autant de choix esthétiques qu'on a pu déjà entendre à foison, ce trio joue néanmoins cette musique avec une sensibilité et une précision étonnantes.

Les instruments et outils utilisés sont très diversifiés ici, avec des sources aussi bien numériques (DX7, samples), qu'analogiques (synthétiseurs), acoustiques (percussions, objets) et concrètes (filed-recordings). Mais chaque outil est utilisé pour ne faire qu'un son, le trio n'explore qu'un paramètre à la fois de chaque instrument. Les sources se reconnaissent un peu, et se mélangent souvent, on ne sait pas trop qui fait quoi mais on sent bien la présence de trois niveaux sonores différents. C'est cette ambiguïté entre les sources que je trouve très poétique. On croit reconnaître tel ou tel musicien, mais très vite on en doute. Il y a un son de groupe plutôt unifié, mais avec trois voix tout de même distinctes. On reconnaît les explorations minimalistes et bruitistes des percussions de Beins, les atmosphères marquées d'Andrea Ermke, les tons épurés d'Abrahams, mais ils s'entremêlent avec beaucoup de finesse et de précision. Et c'est cet entremêlement ambigu que je trouve très poétique et sensible, qui parvient à maintenir dans un état de doute et d'attention permanents.

Deux longues improvisations subtiles, légères et linéaires. Les sons et l'interaction sont d'une finesse très élégante et poétique, et la précision de chaque jeu et de chaque intervention est irréprochable. De l'improvisation réductionniste en grande forme, où les différentes sources sont employées de manière très minimale et épurée, où l'interaction est véritablement belle, et où le geste instrumental est parfaitement maîtrisé. Beau travail.

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