Burkhard Stangl - Unfinished. For William Turner, painter

STANGL - Unfinished. For William Turner, painter (Touch, 2013)
La scène autrichienne contemporaine a quelque chose de discret et d'omniprésent en même temps. Des musiciens comme le contrebassiste Werner Dafeldecker ou le guitariste Burkhard Stangl savent participer et collaborer avec des artistes qui ont tous des approches très différentes, sans être vraiment sur le devant de la scène. Burkhard Stangl, qui vient de sortir un solo en hommage au peintre Turner, fait partie de ces musiciens qui ont collaboré aussi bien avec Anthony Braxton, Taku Unami, Kevin Drumm, Robert Piotrowicz, Joëlle Léandre, Polwechsel et Christof Kurzmann, ce qui montre déjà l'étendue des esthétiques approchées par ce guitariste très influent pour les musiques improvisées et minimales actuelles. 

Pour ce nouveau solo, Stangl adopte une approche très personnelle et intime de la musique. Je ne suis pas féru des associations entre la peinture et la musique, donc je ne vais tenter de faire des rapprochements entre le guitariste autrichien et le peintre anglais. Seulement, Stangl est apparemment une de ces personnes qui a été bouleversé par les derniers travaux du peintre, sur ces travaux où la peinture se présente pour elle-même, en tant que matière, avant d'être de la lumière ou quoique ce soit. Bref, Stangl joue ici une musique en hommage à un artiste qui l'a profondément ému, qui l'a bouleversé, d'où cette sensation persistante de proximité et d'intimité, d'émotions fortes et de présence. 

Mais déjà, en soi, la musique de Stangl paraît facilement intime : car ce dernier joue seul, il joue sur ses guitares des arpèges épurés, aérés, des arpèges souvent nostalgiques, doux et mélancoliques. Un jeu de guitare pur axé sur les silences et les pauses qui ponctuent chaque arpège, mais aussi sur le dialogue avec des accompagnements réalisés sur cassette (field recordings d'ambiance - vent, eau, etc. - et noise très discrets, légers et atmosphériques). Unfinished est une magnifique suite de trois pièces (inégales en durée - de trois à trente minutes...) qui jouent principalement sur l'ambiance et l'atmosphère. On reconnaît ici et là des influences pop-folk car Stangl joue sur des Gibson, des Ibanez, un ampli Fender avec vibrato ; on reconnaît aussi l'influence de Sugimoto et du réductionnisme pour le jeu sur les silences, sur l'espace qui sépare chaque phrase mélodique et la réintégration des notes dans l'improvisation non-idiomatique. Mais Stangl va au-delà, il va dans la description et la peinture pures d'atmosphères sonores. Ce n'est pas qu'il s'intéresse au timbre ou aux textures, mais plutôt à l'ambiance sonore ressentie.

Et à ce niveau, ces compositions de Stangl sont merveilleuses. Les atmosphères sonores dépeintes par le guitariste sont lumineuses et simples, chaque attaque et chaque silence sont d'une intensité émotionnelle rare. Unfinished est un disque comme on en entend rarement : personnel et inventif ça l'est, émotionnel et évocateur ça l'est aussi, simple et riche, il l'est avant tout. Stangl, après ses passages dans la pop, l'électronique, le drone, le réductionnisme, l'improvisation non-idiomatique, réinvente sa musique en utilisant des éléments glanés au fil des années pour former une oeuvre cohérente et unique. Un hommage magnifique, oui Turner aurait de quoi être fier. Recommandé.

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