Murmer - Framework 1-4

MURMER - framework 1-4 (Herbal International, 2012)
Murmer (Patrick McGinley) est un artiste sonore américain qui réside en Europe depuis une quinzaine d'années maintenant. Son travail est axé sur des enregistrements bruts de sons quotidiens, qu'il parvient à écouter de manière unique. Avec cette série de quatre framework  par exemple, Murmer travaille uniquement à partir de "sons trouvés", des field-recordings qu'il ne retouche pas du tout, et qui sont enregistrés de la manière la plus simple (parfois avec juste un MD). Il enregistre de longues scènes quotidiennes, banales, mais qui n'ont plus rien de reconnaissables à l'arrivée.

Le principe de composition est à peu près le même sur chacune des parties : on trouve deux pièces de 15 minutes environ et deux longues de trente minutes concentrées sur différents thèmes. Les unes explorent les différences de volume sonore, les autres l'espace d'enregistrement, ou encore l'opposition entre les prises de son intérieures et extérieures, etc. Si le premier disque à un aspect plus industriel (avec les bruits de moteur, de machine à écrire, de ventilation), le second utilise plus de sons animaux et naturels (comme le bourdonnement d'insectes, ou le chant de grenouilles et d'oiseaux). Mais peu importe en fait, car finalement, même s'ils sont bruts, les sons disparaissent derrière leurs propriétés sonores et leur dynamique lors de la composition.

C'est assez incroyable comme méthodologie et comme rendu je trouve. Chaque enregistrement est laissé tel quel, Murmer se contente juste d'en superposer un ou deux pour que tout apparaisse différemment - et même si un enregistrement est seul, il parvient toujours à apparaître pour autre chose que ce qu'il signifie. La musique de Murmer apparaît comme des longues compositions abstraites, de purs sons, quand bien même il s'agit à l'origine d'enregistrements aussi reconnaissable que des matchs de sports, des essaims d'abeilles, ou un orage. L'enchaînement des enregistrements est fait de telle manière qu'ils apparaissent tous pour leur propriété sonore avant tout, on sait qu'un enregistrement est utilisé parce qu'il a des caractéristiques lourdes, agressives, douces, graves, aigues, espacées, parce qu'il dégage un sentiment de proximité, d'éloignement, etc, etc. Peu importe ce qu'il signifie, l'enregistrement est toujours traité comme une matière sonore abstraite, et ce traitement le rend abstrait sans aucun besoin de modifications des sons en tant que tel (filtrage, effets, équalisation, etc.), ni de prise de son particulière.

Ces framework présentent un excellent travail de composition proche de la musique concrète et des intérêts que beaucoup de musique expérimentales portent aux notions d'espace. Une vision très particulière et étrange du monde, passée au filtre d'une composition unique des field-recordings qui renie leurs propriétés documentaires.

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