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The Electrics - Fylkingen [LP]

THE ELECTRICS - Fylkingen (ILK, 2013)
Près de dix ans d'existence et troisième album pour The Electrics (le premier en vinyle après deux CD chez Ayler), un quartet qui réunit dorénavant Sture Ericson aux saxophone ténor et clarinette, Axel Dörner à la trompette, Joe Williamson à la contrebasse et Raymond Strid à la batterie.

De manière générale, j'aime beaucoup les propositions musicales radicales et extrêmes. Ainsi, la musique de Derek Bailey me paraît toujours remarquable, mais la voie qu'il a ouverte dans les musiques improvisées me paraît aujourd'hui plus stérile que celle ouverte par Coltrane et le free jazz ensuite. A tout renier, on finit par s'enfermer dans des codes impersonnels. Et à la limite, quand on est attaché à certaines traditions, on peut faire quelque chose de beaucoup plus personnel et intéressant en les intégrant complètement à sa musique. Comme The Electrics donc, qui propose du free jazz, à l'ancienne, du free littéralement bercé par le jazz (comme en témoigne le titre le plus long de ce LP : All the things we are).

Du free traditionnel ? oui et non. The Electrics intègre aussi des éléments beaucoup plus contemporains, telles les techniques étendues très harsh de Dörner. The Electrics joue sur l'énergie, mais sait aussi se reposer aux moments les plus judicieux. En tout cas, le mélange d'improvisation spontanée et bruitiste avec des lignes de basse et des rythmiques ternaires très swing, de même que la succession de certains solistes plus jazz (Williamson et Ericson) avec des improvisateurs plus radicaux et plus axés sur le son que sur le rythme et les phrasés (Dörner surtout), le mélange en somme d'improvisation libre et collective, de solo jazzy et swing, de musique modale et de free jazz, tout ça est manié avec un équilibre assuré et un grand sens de la musicalité.

The Electrics utilise des éléments connus et parfois même traditionnels pour créer une musique somme toute originale, une musique personnelle, innovante, puissante, créative, et surtout jouissive. Les deux pièces présentées ici varient constamment en couleur, en dynamique, en esthétique, sans que l'on s'en rende compte ; et le tout est joué avec la même passion et la même énergie. Une musique puissante, dansante, et recherchée, jouée avec talent et virtuosité bien sûr.

creative sources

KOCH/BADRUTT/BABEL -
Species-Appropriate Animal Husbandry  

(creative sources, 2013)
Hans Koch à la clarinette basse, Gaudenz Badrutt à l'électronique et Alexandre Babel aux percussions. Trois musiciens réunis pour une session de six improvisations électroacoustiques avec techniques étendues nombreuses, électronique réduit à de simples fréquences, de même que la clarinette souvent réduite à du souffle, ou que les percussions parfois frottées, parfois percutées sur les bois et les métaux au lieu des peaux. C'est réductionniste d'une certaine manière, le travail est très axé sur l'exploration sonore, et le silence est également de la partie, mais le son et les modes de jeux sont, la plupart du temps, énergiques et dynamiques. Le trio Koch/Badrutt/Babel explore aussi bien les parasites instrumentaux et électroniques que l'énergie et la puissance du son. Du réductionnisme violent en quelque sorte, aussi violent qu'il peut l'être en tout cas. Ce n'est pas harsh non plus, mais le trio joue beaucoup sur les ruptures et les attaques brusques, ainsi que sur des volumes assez élevés (mais pas trop quand même évidemment). De l'improvisation réductionniste énervée en somme.

DÖRNER/WILLERS/KAUFMANN -
.AAA. Live (creative sources, 2013)
.AAA. est un trio qui réunit Axel Dörner (trompette), Andreas Willers (guitare & électronique) et Achim Kaufmann (piano). Quatre pièces d'improvisation libre énergique toujours, fortement axée sur les techniques étendues et les préparations. Le trio propose une longue pièce où chaque musicien est présent pour une performance colorée, rythmée et puissante. Une improvisation vraiment puissante et dense, proche de la noise, mais sans électronique (ou très peu). Attaques très fortes à la trompette, souffles harsh, guitare déconstruite, piano à clou sont de la partie pour une longue improvisation jamais à bout de souffle. Puis ensuite, c'est au tour de chacun des musiciens de présenter un solo. Le premier est une pièce d'Andreas Willers pour guitare acoustique, puis viennent Achim Kaufmann et Axel Dörner. C'est toujours une bonne occasion de présenter son langage en-dehors de la collaboration afin de mieux comprendre l'interaction et l'influence de chacun des musiciens. Tous possèdent un sens fort de la recherche acoustique et de la puissance sonore, et ça vaut le coup surtout de les entendre ensemble. Une belle collaboration intense, forte, et puissante d'improvisation libre.

EYE OF THE MOOSE - Hot Four (creative sources, 2014)
Eye of the Moose est un quartet qui publie son premier disque sur le label portugais creative sources. On y retrouve quelques noms déjà connus des musiques improvisées scandinaves : Andreas Backer à la voix, David Stackenäs aux guitares, Joe Williamson à la contrebasse et Ståle Liavik Solberg à la batterie & percussions.

Encore une fois, il s'agit d'improvisation libre non-idiomatique sans trop de surprise. C'est moins énergique et plus spontané, avec de nombreuses phases calmes et contemplatives qui se placent en ruptures avec les passages les plus énervés. Mais dans l'ensemble, on est bien dans le cadre d'une droite lignée de l'improvisation libre telle que l'avait imaginé Derek Bailey. Un langage atonal et arythmique sans référent musical, une négation du jazz et du passé pour construire un langage neuf et personnel. Enfin tout ceci reste théorique, car au final, il s'agit d'une musique comme on en entend aujourd'hui dans toutes les salles et festivals de jazz qui s'intéressent de près ou de loin aux musiques improvisées. Alors certes oui, c'est très bien joué, il s'agit de quatre instrumentistes virtuoses et de quatre improvisateurs très réactifs, mais à un niveau musical plus général, leur musique reste assez commune malgré les quelques belles trouvailles sonores des instrumentistes.

The Ägg [LP]

THE ÄGG - sans titre (Found You Recordings, 2013)
The Ägg est un projet bien barré et atypique qui se démarque déjà de tout rien que pour son instrumentation. Car ce groupe suédois de 10 musiciens (et ceux que je connais proviennent principalement des musiques improvisées) regroupe rien de moins que 4 batteurs (Raymond Strid, Erik Carlsson, Ola Hultgren, Christopher Cantillo), trois basses électriques (Patric Thorman, Vilhelm Bromander, Joe Williamson) et trois guitares électriques (David Stackenäs, Anton Toorell, John Lindblom).

Une instrumentation qui a déjà de quoi faire frémir, mais qui donne un aperçu de leur musique. Pour le reste, il n'y a plus qu'à imaginer une sorte de renouvellement d'Ascension de Coltrane ou du Free Jazz d'Ornette, le tout repris par un ensemble qui a l'air tout droit sorti du Trout Mask Replica de Captain Beefheart... Enfin ça , c'est pour le côté improvisation collective et dissonance, deux aspects assez importants de ce groupe. Ensuite, pour se faire une idée plus claire, il faut aussi imaginer un groupe qui semble diviser en sous-sections, lesquelles jouent des sortes de motifs répétitifs tout au long de chaque pièce, ce qui donne aussi une sorte d'unité et de cohérence à ces improvisations. Chaque sous-groupe joue sur la répétition d'une note, sur une pulsation, mais les sous-groupes ne sont pas forcément calés les uns avec les autres, et c'est ce décalage tonal et rythmique qui rappelle cette sensation de liberté extrême propre au free jazz, comme l'aspect dissonant de ce décalage fait penser au travail de Captain Beefheart.

Pas de thèmes, pas de solo, pas de refrain, pas de grilles, pas d'harmonies, pas de pulsation. Et pourtant, The Ägg propose une musique très rock (avec ses pulsations fortes qu'il faut aller chercher au milieu de tout), très jazz (avec ses accents lyriques), très linéaire dans ses progressions semblables à des marches interminables, mais surtout très énergique et unique. Comme si le Magic Band de Captain Beefheart rejouait le Free Jazz d'Ornette, ce dont plus d'un d'entre nous a du rêver à un moment ou à un autre. The Ägg propose trois pièces sur ce premier vinyl, trois pièces qui durent entre dix et vingt minutes, trois morceaux sauvages, intenses, bruts, libres. Du vrai free rock, qui garde plus que l'intensité du rock et la liberté du free, du free rock avec les patterns bruts, binaires et forts du rock, mais aussi avec l'énergie collective du free, sa liberté et sa volonté de dépasser le passé. Comme une relecture rock et moderne d'Ornette et des orchestres free genre Alan Silva, ou comme un croisement étonnant entre Derek Bailey version rock orchestral et Captain Beefheart version free jazz. En tout cas, je pense que ça peut ravir les amateurs de tous ces musiciens, ainsi que beaucoup d'autres. Du très bon travail, ça vaut le détour.

Trapist - The Golden Years

TRAPIST - The Golden Years (Staubgold, 2012)
La plupart des lecteurs de ce blog connaissent surement déjà Trapist, le trio composé de Martin Siewert (guitare, électronique), Joe Williamson (basse) et Martin Brandlmayr (percussions). Un trio assez rock, très influencé par le réductionnisme et la musique électronique minimaliste viennoise. Car s'il s'agit de rock ou de post-rock, il ne faut pas oublier non plus que c'est réalisé par un contrebassiste qui provient de l'improvisation libre, un guitariste qui vient de la musique expérimentale électroacoustique, en plus d'un membre de Polwechsel à la batterie. On ne s'étonnera donc pas que certains aient pu dire que "si Cage, Tudor et Feldman avaient formé un groupe de rock", ça aurait donné Trapist... 

Je n'avais jamais écouté ce trio en fait avant cette publication (CD et LP) qui est leur troisième en dix ans. Apparemment, le rythme de publication est aussi épuré que leur musique... Car la musique de Trapist joue beaucoup sur l'épuration, la répétition et l'abstraction. Trapist livre quelques riffs composés d'un accord, un accord qui se dilate jusqu'à ne former plus qu'une nappe électronique. Et il en va de même pour tous les instruments : des accompagnements simples qui s'épurent au fur et à mesure des pistes jusqu'à s'approcher du silence comme par exemple à la fin de la deuxième piste où on n'entend plus que quelques harmoniques à la contrebasse et une caisse claire au rythme divisée par quatre. De manière générale, Trapist propose des morceaux assez lents, avec quelques mélodies répétitives, aux accents mélancoliques et sombres, accompagnées de quelques incursions bruitistes à l'électronique. Et chacune des pièces tend progressivement vers l'amenuisement et l'épuration : elles semblent toutes destinées au silence et au minimalisme quelque soit le départ - qui peut également être le silence comme sur la dernière piste...

Avec quatre courtes pièces, Trapist propose une sorte de post-rock version noise et minimaliste très intime, mais aussi très personnel. C'est sensible, extrêmement précis, bien construit, les atmosphères lyriques et le son recherché sont vraiment intéressants, les développements sont exigeants et radicaux, mais ça reste facile d'écoute. Bref, conseillé. 

Henrik Wallin & Sven-Åke Johansson - 1974-2004 (Umlaut, 2011)


Presque 6 ans après la mort du pianiste Per Henrik Wallin en 2005, le label franco-suédois Umlaut publie un coffret de quatre CD réunissant quelques collaborations avec le légendaire batteur Sven-Åke Johansson. Le premier disque est un enregistrement de 2004 en compagnie du contrebassiste Joe Williamson, tandis que les trois autres réunissent des enregistrements de Wallin & SÅJ  en duo seulement, l'un datant de 1974-75, et l'autre de 1986.

La première chose qui m'a frappé dans ces enregistrements est certainement la cohésion de ce duo de longue date, l'aspect presque intemporel de cette collaboration qui s'étend sur plusieurs décennies pourtant. Difficile de juger quel disque date de quand, l'évolution est présente mais pas très marquante. D'ailleurs, il faudrait peut-être plus parler d'affirmation que d'évolution. Car Wallin&SÅJ évolue sur le même terrain, un terrain extrêmement marqué par le musique improvisée allemande (scène déjà marquée par la participation très active de SÅJ aux côtés de Brötzmann notamment), mais également par le jazz américain, le boogie-woogie et de nombreuses musiques populaires. Si dès le départ, l'accordéon et les chants de SÅJ sont présents, c'est surtout la passion et les citations de Wallin que l'on remarque de plus en plus fréquemment, notamment sur l'enregistrement de 86 où l'on jurerait entendre le célèbre "Now's the time" de Charlie Parker. Mais c'est également Art Tatum qui ressort régulièrement, et ce dès 1974, des multiples phrases et progressions qui se croisent sur plusieurs étages, ainsi que Thelonious Monk dans les progressions chromatiques et l'utilisation rythmique et percussive du piano. Mais la plupart du temps, il s'agit bien de free jazz, d'un duo (ou d'un trio) qui évolue sur un terrain saturé, puissant, où clusters et polyrythmies se superposent, où les crescendos sont omniprésents, où il s'agit de jouer fort et de transmettre une énergie puissante, véhémente. 

Mais au-delà de cet aspect violent et incendiaire, les personnalités de chacun parviennent à s'affirmer lors de nombreuses pauses et de quelques répits. Aux percussions, rythmiques ternaires, dansantes, enivrantes, ou porteuses, dialoguent avec des progressions harmoniques et mélodiques inattendues, des bribes de phrases et des grilles joyeuses au piano. A quelques moments, Wallin&SÅJ esquissent également quelques tentatives d'exploration de la matière sonore, à travers le dialogue entre l'accordéon (instrument complètement hors norme à cette époque) et les cordes du piano, mais également avec une utilisation parfois atypique des instruments, ou à travers des discours contradictoires: mélodiques au piano par exemple, tandis que SÅJ, au lieu de soutenir Wallin comme on pourrait s'y attendre, produit un flot arythmique et oppressant de percussions inopinées.

Je dois avouer que, généralement, j'ai quand même beaucoup de mal à apprécier les duos piano/batterie, notamment lorsqu'il s'agit de free jazz, parce qu'ils me paraissent souvent trop saturés et oppressants. Mais là, les nombreuses références et citations, souvent gaies et joyeuses, dansantes et enivrantes, permettent d'aérer ces longues improvisations, de redonner de la vie plus que de l'énergie à cette musique qui reste malgré tout énergique et puissante. ce qui donne un étonnant voyage en terre d'improvisation marquée aussi bien par Cecil Taylor et le be-bop, que par la chanson populaire et le boogie-woogie. De beaux enregistrements et une belle initiative pour cet hommage vibrant au regretté et virtuose Per Henrik Wallin.

Joe Williamson - Hoard (Creative Sources, 2011)

Ceci est le dernier post de l'année, mais également le dernier consacré à cette longue fournée de disques produits par le label portugais CS. Le dernier et un des meilleurs à mon goût. Hoard est un solo du contrebassiste canadien vivant dorénavant en Suède, Joe Williamson. Pour ceux qui ne le connaissent pas, on a déjà pu l'entendre dans le chef d'oeuvre du Free Quartett, Ballistik I-IX (aux côtés de Sven-Ake Johansson, Axel Dörner et Thomas Ankersmit), dans le trio Trapist avec Martin Siewert et Martin Brandlmayr, ainsi que tout récemment dans un autre trio avec Tony Buck et Olaf Rupp, Weird Weapons 2.

Après cette brève présentation, passons à la musique elle-même. On a deux pièces, d'environ vingt minutes chacune. Deux longues pièces en fait, car sur les deux l'archet ne s'arrête jamais, il y a constamment du son, à un volume la plupart du temps assez fort. Les deux pièces sont violentes, Joe Williamson paraît beaucoup jouer sur les cordes à vide et il se concentre principalement sur les textures, aucunement sur les notes ou les rythmes. Le son change avec la pression de l'archet surtout, pression qui est la plupart du temps beaucoup trop puissante relativement à la norme. Joe Williamson semble en vouloir aux cordes, il ne les caresse pas, on peut à peine dire qu'il les frotte, mais plutôt qu'il les malmène et les agresse avec des crins. Torture, agressivité et violence. Le son est dur, rêche, et plein d'aspérité. Car les cordes ne sont pas lisses, et ce sont leurs aspérités mêmes qui attaquent l'archet (ou s'en défendent) et surtout donnent du grain aux textures recherchées durant ces quarante minutes. Les deux pièces sont assez minimalistes, comme un bourdon qui peut ne pas bouger d'une corde durant une dizaine de minutes, mais il y a tout de même de nombreux micro-changements, qui se font selon la vitesse du frottement et la pression de l'archet. En tout cas, il s'agit d'un minimalisme à tendance harsh, car les textures sont denses et agressives la plupart du temps, et elles demandent une disponibilité surtout nerveuse assez entière. Ceci-dit, la palette des textures est assez large et variée pour retenir l'attention tout du long lorsqu'on accepte de pénétrer cet univers assez violent et torturé.

Cette richesse dans les couleurs doit certainement beaucoup à l'enregistrement de David Stäckenas qui a du mettre le micro le plus près possible de la basse, car toutes les aspérités du timbre sont présentes, mais également le grain même de l'archet, tout comme la dureté du cordier. Un enregistrement très près d'une contrebasse malmenée par un musicien violent qui désaccorde sa corde la plus grave afin d'accéder à des extrêmes peu entendues, et qui en même temps frotte le plus fort qu'il puisse son archet jusqu'à ce qu'il arrive à ces textures grasses, rugueuses, nerveuses, denses et envoutantes que nous retrouvons extrêmement souvent durant Hoard.

On est très loin du solo de Duboc par exemple (qui ne jouait que sur le cordier), mais Williamson explore aussi une technique de jeu particulière pour arriver dans ce solo vraiment réussi à la constitution de textures exceptionnelles et inouïes pour cet instrument. D'un côté c'est nerveux, agressif et bruyant, mais de l'autre, c'est fin, précis, original et brillant. Recommandé!

Tracklist: 01-Inadvertent attraction of suspicion / 02-Hoard

Olaf Rupp / Joe Williamson / Tony Buck - Weird Weapons 2 (Creative Sources, 2011)

Peut-être certains d'entre vous ont-ils déjà entendu le premier volet de ce trio, Weird Weapons, publié en 2005 sur Emanem. La suite, publiée par CS encore, garde la même configuration: Olaf Rupp à la guitare acoustique, Joe Williamson à la contrebasse, et Tony Buck à la batterie, pour deux longues  improvisations de vingt-cinq et trente minutes.

Une description minutieuse me paraît complètement impossible et inadéquate pour ces deux pièces. Il y a un aspect linéaire, l'intensité reste toujours la même, le timbre également ne change que très peu, tous les mouvements se font plutôt dans les changements de densité. La plupart du temps, batterie et contrebasse saturent l'espace, tous les instruments percussifs sont utilisés à un rythme frénétique, tandis que la basse de Williamson occupe un spectre harmonique proprement vertigineux, tout l'ambitus de la contrebasse est constamment utilisé. Quelque fois, nous avons un peu de répit, l'archet se fait moins tendu au profit d'un pizz plus aéré, les cymbales et la grosse caisse laissent quelque place à d'autres peaux moins virulentes et oppressantes. Et c'est à ces moments surtout qu'on peut apprécier la virtuosité et l'originalité d'Olaf Rupp, qui doit certainement beaucoup à sa technique de jeu inhabituelle (il pose sa guitare verticalement sur ses genoux). Le dialogue entre chacun est tendu, puissant, l'espace est très serré et parfois aux limites de l'oppression, heureusement que certaines baisses de tensions viennent alors équilibrer les nombreuses accalmies. A les entendre, on dirait parfois que des centaines d'espèces d'insectes grouillent autour de nous, pas du tout des insectes hostiles, juste des insectes qui font leur vie à nos côtés. Les sons fusent dans un magma rapide fort et très dense, comme une maille très fine d'une laine un peu rêche, rêche car il y a quand même quelque chose d'hostile et d'austère dans cette manière de laisser si peu d'espace.

Deux improvisations très vives et denses, peu conventionnelles et impressionnantes.

Pour vous faire une idée peut-être plus précise du son de ce trio, voici quelques extraits disponibles sur SquidCo.

Tracklist: 01-Shantung / 02-Buckram