Christoph Schiller/Birgit Ulher - Kolk (Another Timbre, 2012)

Étrangement, j'ai l'impression que Birgit Ulher ne fait jamais de disque de plus de quarante minutes. Comme si elle avait peur d'ennuyer ou de fatiguer l'auditeur avec ses méthodes d'exploration radicale et extrême de la trompette. Car si sa musique et ses couleurs sont passionnantes, c'est tout de même dur d'écoute, dur pour ses aspects bruitistes, extrêmes et minimalistes. Ceci-dit, c'est loin d'être critique envers la forme des improvisations pratiquées par cette musicienne, je dis ceci plutôt par admiration, car c'est extrêmement agréable de ressentir l'attention qu'elle peut porter au public, tout en ne faisant aucun compromis.

Pour Kolk, c'est Christoph Schiller (épinette, préparations) qui accompagne Birgit Ulher (trompette, radio, haut-parleur, objets). Ensemble, ils improvisent cinq courtes pièces où les aspects abrasifs et granuleux de la trompette étendue sont contrebalancés par la douceur et la délicatesse de cette sorte de clavecin qu'est l'épinette. De toutes manières, malgré les couleurs bruitistes et extrêmes, malgré l'absence de formes mélodiques, malgré les oppositions entre les deux musiciens, il y a toujours une forme de sensibilité et de délicatesse dans cette suite. Chacun de ces improvisateurs porte une grande attention à l'écoute, mais aussi à l'espace et au silence. Chaque pièce paraît être une mise en scène de l'espace sonore. Mise en espace du son et scénographie du bruit, deux formes qui amènent Christoph et Birgit à une exploration sonore intense des instruments comme de l'espace. Une exploration profonde, comme on peut s'y attendre de la part de ces deux musiciens, qui font sans cesse preuve d'originalité et de créativité avec une étendue impressionnante de techniques étendues, de préparations instrumentales, et de recherches sonores pures.

L'interaction entre les deux musiciens est profonde et intime, sans pour autant être dans un jeu d'imitation. Chacun possède son propre vocabulaire, singulier et original, mais chacun soutient l'autre dans une direction unique. Il s'agit de construire un seul et même espace, à l'aide de son propre langage, mais la singularité de chacun, même si elle est pleinement affirmée, tend à se fondre dans la recherche sonore et spatiale. Deux fortes personnalités au service d'un espace sonore à la fois, au service d'un univers sonore par pièce. Je parlais plus haut de l'attention de Birgit au public, mais celle-ci ne s'arrête pas là. C'est aussi à ses collaborateurs que Birgit porte une attention exceptionnelle. Il y a une forme de grande attention et de respect entre chacun, il y a toujours de la place et de l'espace pour le discours de l'un comme de l'autre, qu'il soit calme, bruitiste, silencieux, granuleux, harmoniques, corrosifs, etc. L'inventivité de chacun trouve sa place à tout moment, sans que jamais l'un ou l'autre prenne le dessus ou la direction.

Une suite d'improvisations intenses, profondes, et riches en couleurs, complètement exempte de hiérarchies. Une forme égalitaire et alchimique de dialogue entre deux univers distincts qui se mélangent pour former un espace de recherche, d'exploration et de créativité exceptionnelles. Très bon.

Informations, extraits, et interviews de Christoph Schiller ici: http://www.anothertimbre.com/page134.html

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