Affichage des articles dont le libellé est Burkhard Schlothauer. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Burkhard Schlothauer. Afficher tous les articles

James Tenney - acoustic phenomena / hymnic sounds

 


1988, James Tenney publie une histoire des consonances et dissonances : deux concepts harmoniques qui engagent notre perception et qui interrogent le système tonal. Parfois avec humour, parfois avec sérieux, James Tenney ne cessera durant ces années de composer sa musique autour de ces questions. Harmonium #2 - for Lou Harrison, tout comme critical band, les deux pièces sélectionnées sur ce disque, semblent ainsi être au cœur de ces interrogations.  Deux compositions pour ensemble instrumental réalisées par l’Open Music GERA, sous la direction de Burkhard Schlothauer, où se succèdent notes et accords tenus jusqu’à un climax central ou final. Ces deux pièces jouent soient sur des accords majeurs qui finissent par créer de la tension selon leur superposition, soit sur des partiels harmoniques qui glissent vers une magnifique nappe lisse et profonde.  Schlothauer et son ensemble réalisent ces deux pièces avec une précision et une finesse flagrante. On peut ressentir les heures de préparation et de plongée dans ces partitions. Chaque instrumentiste semble connaître et maîtriser chaque recoin microtonal et chaque battement de fréquence, et surtout chaque musicien semble prendre du plaisir à s’immerger dans ces pièces, à les partager et à nous y inviter. Et effectivement c’est un plaisir de voyager dans ces sortes de nuages où les consonances douces flirtent avec des dissonances légèrement tendues, où le flot harmonique nous entraîne dans un bain de notes rayonnantes et lumineuses. Pourquoi une note est-elle belle ? Pourquoi un accord suscite tant d’émotions et de perceptions ? James Tenney ne répond pas à ces questions, mais il les met en pratique tout simplement. Il utilise la beauté inhérente à la tonalité et à l’harmonie, en se servant de  leurs dissonances et de leurs systèmes de tension et de détente innés, pour créer des pièces fluides et complexes, des voyages sonores et perceptuels à travers une fondamentale ou un système d’accords simples.

 Extrait audio

 Page wandelweiser

radu malfatti - darenootodesuka (b-boim, 2012)

Une citation d'un mystérieux Francis Brown ouvre le disque par un questionnement simultanément métaphysique et musical: "do I cease to exist inbetween waves of sound?". C'est ce qu'on peut lire à l'intérieur de la pochette de darenootodesuka, une oeuvre au nom non moins mystérieux par l'un des compositeurs les plus radicaux et les plus extrêmes du collectif Wandelweiser. Radu Malfatti, le tromboniste qui s'est toujours démené pour faire exister le silence comme certains mystiques avec le néant. Mais ici, il n'est plus réellement question de silence, du moins pas formellement. Il s'agit d'une longue pièce de 48 minutes pour un sextet interprété ici par d'autres membres de Wandelweiser: Antoine Beuger à la flûte, Jürg Frey à la clarinette, Marcus Kaiser au violoncelle, Radu Malfatti lui-même au trombone, Michael Pisaro à la guitare, et Burkhard Schlothauer au violon. 

Le silence n'est plus réellement présent? pas sûr. En fait, l'orchestre joue si bas qu'on se demande parfois s'il y a du son, les accords successifs qui forment de longues vagues ne semblent avoir ni début, ni fin. Il faut presque doubler le volume de sa chaîne pour entendre ce qu'il se passe. Et encore... Ceci-dit, une fois à l'intérieur des vagues de darenootodesuka, on ne veut plus en sortir. Il s'agit de longs accords qui forment comme des aplats, comme des vagues de sons, des vagues jouées sur un rythme cyclique et cosmique. Les instruments ne semblent pas avoir une grande importance, il s'agit de créer des nappes neutres et inexpressives très calmement, très très calmement. Si doucement que le moindre bruit (toux, chaise), si faible soit-il, surgit avec une violence peu commune. En tout cas, c'est un plaisir de se laisser emporter par ces nappes chaudes, rondes, et accueillantes, de se laisser bercer par ces cycles organiques et cosmiques. La musique de Malfatti est d'une beauté inusuelle, la question existentielle qui ouvre le disque se résout dans une succession d'accords poétiques et chaleureux, sensibles, beaux. On aimerait parfois que ce soit plus fort, afin de se laisser envelopper plus facilement par la musique, mais en même temps, la délicatesse et la douceur de darenootodesuka ne font que renforcer sa sensibilité et sa profondeur méditative. On se laisse envelopper, mais sans s'oublier, la musique pose des questions, sur la complémentarité du son et silence, sur l'impossibilité de la musique sans le silence, sur la réalité métaphysique et existentielle du silence, sur l'importance de l'environnement durant l'interprétation et l'audition, etc. Et la musique, toute en douceur, répond à sa manière.

Une musique profonde, poétique et philosophique, mais aussi - et surtout - personnelle et radicale. A écouter.